LIVRE Iir, CHAPITRE VI
cher l'office divin qui est le culte que l'Eglise ordonne à ses ministres de rendre au Seigneur. Troisième raison : parce qu'ils sont établis pour offrir des dons et des sacrifices pour les hommes (1), et entre les sacrifices qu'ils doivent offrir, après celui de nos autels, il n'en est point qui approche du sacrifice de louange offert au Père éternel pour tout le corps de l'Eglise par ceux qui en sont les minisires. Quatrième raison : médiateurs publics entre Dieu et les hommes, un de leurs principaux devoirs, dit saint Jean Chrysoslôme, est d'intercéder sans cesse auprès de Dieu pour les besoins des peuples et pour leurs iniquités (2). Interprètes des vœux de l'Eglise et de ses soupirs , ils sont obligés de représenter à Dieu les scandales qui désolent cette mère affligée, les troubles qui la divisent, les plaies qui la défigurent. Chargés auprès de Dieu des intérêts des peuples , ils sont obligés de se présenter tous les jours au pied de son trône , pour calmer son courroux, pour demander la grâce des coupables. Premiers officiers de sa maison , leur caractère et leur emploi ne les approchent plus près de la majesté suprême que pour être plus à portée de soUiciter, et plus sûrs d'obtenir tout ce qu'ils lui demanderont en faveur de leurs frères: Legatus intercedit deprecatorqite est apud Deum, Un ecclésiastique qui ne prie pas, n'appartient plus à l'Eglise qui prie sans cesse ; il n'est plus lié à son esprit de prière et de charité ; c'est un canal aride , une nuée sans eau , plus propre à infecter le champ du Père de famille , qu'à le fertiliser en attirant les bénédictions du ciel sur les peuples.
Enfin , substitués par l'Eglise au simple fidèle que ses occupations et les embarras du siècle empêchent de vaquer continuellement à la prière, c'est aux ecclésiastiques à suppléer à son défaut, et à l'acquitter envers Dieu de ce devoir essentiel. Vouloir qu'un magistrat , un mihtaire, un négociant , un laboureur , un artisan quittent leurs travaux pour vaquer à la prière à certaines heures marquées , ce serait demander l'impossible. Cependant , il faut que le précepte de prier toujours soit accompli dans l'Eglise ; tous ayant besoin de grâces et tous recevant à chaque instant des faveurs sans nombre de la main libérale de Dieu, tous doivent le remercier des anciennes et lui en
(1) TJt offerat dona et sacrificia pro peccatis. {AdHel. c. 5. r. 4.)
(2) Pro universo terrarum orbe legatus intercedit, deprecatoique est apud Deum , ut omnium tiominum , non \ivenlium modo, sed et mortuorum, peccatis propitius fiât. {Lib.Q. de Sacerd. c, 6.)
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demander de nouvelles. Le seul moyen de concilier cette prière continuelle de tout le corps des fidèles avec les occupations indispensables de chacun , a été de charger et oblijjer les ecclésiastiques de rendre à sa majesté suprême , au nom de tous, le tribut d'hommages qu'elle avait drot d auendre de chacun en particulier; moyen admirable qui concilie tout : cette obligation de toujours prier , que le simple fidèle n'eût pu remplir par lui-même , il la remplit au moins par le ministère des ecclésiastiques, députés de toute la société , de tout le corps de l'Eglise , pour perpéti-er sur la terre le sacrifice de louanges que le Sauveur rendait à son Père. Obligation sainte qui, les élevant au dessus delà chair et des sens, les transporte au ciel, et les associe aux habiians de ce bienheureux séjour ; obligation délicieuse et pleine de charmes, qui, les mettant à poitée de s'entretenir presque continuellement avec Dieu , leur donne le moyen de décharger en son aimable sein les peines d'un criti(|ue ministère, et de dissiper les ennuis d'un triste et long exil ici-bas; mais en même temps, obligation étroite et redouiable , à laquelle on ne manqueiait sans cause légitime, qu'en se rendant coupable d'un péché mortel et digne de l'enfer. Obligation de tous les temps et de tous les lieux ; obligation perpétud'e et invariable qui ne souffre d'exception, ni pour les ecclésiastiques frappés de censures, ni pour ceux qui auraient été dégradés ou déposés , ni pour ceux qu'un crime réel ou prétendu aurait associés aux forçais, à moins que leurs travaux ou d'autres obstacles ne suspendissent leur obligation. A cela pi es, il n'y a que la maladie ou l'impossibilité qui puissent la faire cesser.
Et cependant, hélas! comment est-elie remplie celte obligation si essentielle et si grave ? Ah ! s'il nous était permis de sonder les consciences, si nous pouvions suivre dans le détail de la conduite certains ecclésiastiques, que de mystères d'iniquités nous découvririons, que d'infractions nous apercevrions à la loi dont il s'agit ici ! ]Nous verrions des ministres sa^is reli;;ion qui , au vu et au su des laïques scandalisés , sont dans la malheureuse et ancienne habitude de ne point dire d'olfice ; q;ii s.ins scrupule en omettent des parties notables; qui ne se croient obligés à le réciter que quand ils doivent célébrer. Combien d'autres qui, par des excès volontaires et fréquens, se mettent hors d'état, ou de réciter ou de satisfaire en récitant ? D'autres s'en di pensent sous mille prétextes fi ivoles; sous prétexte de la moindre occupation extérieure ou de la moindre affaire , sous prétexte d'une infirmité légère, ou de Ja modicité de leur bénéfice. Ingé-