‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 13 sur 331 · IIVRE II, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

IIVRE II, CHAPITRE XXXIV

faibli par tant de rechutes et par une longue habitude. C'est ce qui faisait dire à saint Jean-Chrysostôme que rintempérance était un démon d'une espèce pariiculiùre, et démon plus malin et plus opiniâtre que les autres , un démon volontaire , s'il est permis de parler ainsi, et d'autant plus difticile à chasser que celui qui en est possédé aime son esclavage , et trouve son bonliour dans les fers dont il est malheureusement chargé (1).

Que reste-t-il donc à un coupable de celte espèce , que l'impénilence et la mort dans le péché? Il en porte une marque pres(pie assurée dans la malheureuse passion qui le domine. Saint Augustin la compare au gouffre infernal qui ne rend plus les malheureuses victimes qu'il a une fois englouties: semblable au puits de l'abîme, dit ce père, l'intempérance s'attache tellement ceux qu'elle a une fois séduits, qu'elle ne leur permet plus de revenir à la lumière de la sobriété (2). Après cela, je ne suis plus surpris des malédictions lancées dans les livres saints contre ce vice infâme (3). Je le suis encore moins des anaihèmes et des foudres dont l'Eglise a toujours frappé ceux de ses ministres qui s'en sont rendus les esclaves. Les canons apostoliques décernent contre eux la peine de déposition; le concile d'Agde soumet à l'excommunication de trente jours ou à des pénitences corporelles, les clercs qui seront convaincus de s'être enivrés (4). Les canons pénitentiaux condamnent à un jeûne de sept jours au pain et a l'eau le prêtre qui se sera enivré , ne fût-ce que par imprudence ; pendant quinze jours, si c'est par négligence, et pendant quarante jours, si c'est volontairement ou par niépiis. Dans prcsfjue tous les diocèses , ily a suspense encourue par le seul fait par tous les ecclésiastiques assez malheui^eux pour boire jusqu'à s'enivrer et causer du scandale.

Pour se préserver d'un vice si odieux tout ensemble et si funeste, voici quelques uns des moyens qui leur sont marqués par les conciles et par les pères de l'Eglise. Le premier et le plus essentiel de tous , disent les pères d'un concile d'Aquilée , c'est d'éviter avec soin les

(1) Ebriclasdœmon volunîariiis, ex voliiplate aiiimis iiuiilns. {liom. d8. in Mattli\ Hom. i. ad pop. Ântioch.)

(2) Ebrietns quasi puteus inferni , quoscumque siisccperit, ila foitiler sibi viiidicat, ut eosdem ipsos de inferni] tenebioso piileo ad sobrietatis Iiicem redire non perniiUat. (Senn. ad prcsbyt. v»o.s , £G. ad fralrcs Ereml.)

(3) Yîe vobis qui potentes estis ad bibendiun viniini ! {Isaiœ. c. 4. v. 22.)

(4) Clericus qiiem el)riuni fuisse constitcrit , aut Iriginta dics sit excommunicatus, aut corpoialisupplicio subdilus sit. (/h. t»08. c. 41.)

festins, les assemblées; les liaisons trop étroites avec les laïques, comme les sources funestes de plusieurs fautes et de plusieurs scandales de ce genre (1), Je conseille aux ecclésiastiques, disait saint Ambroise, de ne jamais se trouver aux festins des gens du monde. Ces sortes d'assemblées ont les plus grands inconvéniens pour des personnes consacrées; insensiblement on s'y prête aux excès qui s'y passent. N'eût-on rien à craindre de ce côté-là , on y est exposé à entendre des discours profanes ou dangereux, qui ne roulent guère que sur la vanité ; discours toujours critiques , où l'esprit se dissipe , où le cœur se dilate et s'épanouit , où la piété se perd ; discours souvent pernicieux et trop libres , où , sous l'écorce d'expressions honnêtes et innocentes en apparence , se trouve habilement enveloppé le poison de la licence et de la volupté (2). La position d'un ecclésiastique qui s'y trouve engagé me paraît d'autant plus critique et embarrassante , ajoute le même père , qu'il ne peut s'empêcher ni devoir tout ce qui s'y passe d'indécent , ni d'entendre tout ce qui s'y dit de mal, ni s'opposer à tout cela comme son état l'y oblige, sans s'attirer le reproche d'homme orgueilleux, de censeur importun ou de réformateur incommode (3). Saint Jérôme donnait le même avis à Népotien, en l'avertissant qu'un clerc souvent invité à des festins , qui ne sait point se refuser à l'invitation qu'on lui en fait, se rend méprisable aux laïques mêmes qui l'invitent (4). Ne nous y trouvons jamais de nous mêmes, ajoute le même père ; acceptons-les rarement, quelque instance qu'on puisse nous en faire (5). C'est d'après ces maximes qu'un concile de Tours défend absolument aux ecclésiastiques de se trouver aux festins des noces et aux autres qui seraient publics (6).

(1) Convivia et niniiam laicoruni familiaritatem , multaruni oiTensionnm et scandaloium originein , dibent clerici in quocumque gradu constituti declinaie ac fugere. (C. 1. de vitâ et hon. cleric.)

(2) Quàm prudenler convenire ecclesiasticis , et maxime mysteriorum ministrotum officiis arbilror, declinare extianeovum convivia! convivia quippè exlraneofum occupaliones liabent. {Lib. d. Offic. c. 20.)

(3) Voluptatibiis claudere aures non potest; prohibere putatur superbiœ. {Lib. 4 0/pc. c. 20.)

(4) Facile contemnitur cleiicus, qui sœpè vocatusad prandium, ire non récusât. {Epis t. 2. ad jNepot.)

<5) Nunquàm petentes, rare accipiamus rogati. (Ibid.)

(6) A nuptiarum consuetudine et aliis publicis conviviis omninô abslinere non tanliun Uorlanur , sed et jubemus. (^n, 1583.)

Page 1