IIVRE III, CHAPITRE VI
nieux à se tromper et à se faire illusion, ils ont recours à mille vaines subtilités ; ils imaginent des distinctions où les canons n'en ont point mis. Hommes aveugles et insensés , si le bénéfice que vous possédez ne vous paraît pas suffis int pour contenter votre ambition, si les biens qui y sont aitacliés ne vous paraissent pas assez considérables pour vous obliger à réciter, eh! pourquoi l'acceptiez-vous^ pourquoi le retenez-vous '^ pourquoi ne le remettez-vous pas entre les mains du co'lateur ou du supérieur ecclésiastique? En quelle conscience pouvez-vous jouir du patrimoine de Jésus-Cluist, sans lui rendre le culte qui lai est dû? Qu'un minisire des autels est mercenaire! quil a peu de religion, si, étant consacré à Dieu, il croit être dispensé de le prier ! Je ne manque pas à ce devoir , dites- vous; à la bonne heure , mais comment le remplissez-vous? Apportez-vous les dispositions nécessaires pour bien réciter ? C'est ce qu'il faut examiner ici plus en détail.
III. L'office divin étant une prière publique , faite au nom de tout le corps de l'Eglise , on ne peut douter qu'elle ne doive être faite d'une manière digne du Dieu qu'on prie et de TEglise qui prie. Un respect profond, une attention soutenue , une dévotion fervente, une exacte fidélité à observer toutes les circonstances requises pour le ten)ps et dans tout le cours de la récitation, sont les caractères principaux que doit avoir cette prière , si Ion veut chanter les louanges de Dieu avec sagesse , ainsi que le Prophète nous y exhorte : Psallite sapienter (1).
Le respect , première disposition : l'homme étant composé d'ua corps et d'une âme , il doit également faire servir l'un et l'autre à témoigner à Dieu la dépendance et la soumission , le dévouement et les hommages qui sont dus à la supériorité de son être. De là, dans le culte religieux que nous lui rendons, en chantant ses louanges, deux sortes de respect : le respect intérieur qui est comme l'âme de notre culte, et le respect extérieur qui en est comme la marque et le symbole. Le respect intérieur est un pieux mouvement de notre cœur et de notre esprit humiliés et anéantis en présence du Sei;jneur qu'ils adorent; l'extérieur est une modeste retenue de tous les sens , qui , par un saint recueillement , honorent Dieu à leur manière. Le respect intérieur naît d'une vive con^iJération de la majesté de Dieu , devant qui nous ne sommes que néant : il consiste dans une crainte
(1) Psalm. 46.
religieuse, dans une sainte frayeur dont notre ame est saisie à la vue du grand Dieu à qui nous parlons , et qui veut bien , malgré notre bassesse et notre indignité, nous admettre à lui rendre nos hommages : crainte religieuse , sainte frayeur qui s'augmenteront considérablement en nous parla pensée qu'en chantant ici-bas les louanges de Dieu , nous unissons nos voix à celles des anges et des saints; par la pensée que nous faisons sur la terre ce qu'ils font et ce qu'ils feront éternellement dans le ciel. Eh quoi! dois-je me dire à moi-même en ces momens précieux , les séraphins s'abîment de respect en la présence de mon Seigneur etdemon Dieu, et moi , ver de terre , moi , cendre et poussière , je ne tremblerais pas devant cette majesté suprême , qui tient dans le ravissement tous les cœurs des bienheureux, toutes les puissances du ciel (1)!
Le respect extérieur , en nous retraçant vivement la grandeur de Dieu , nous lient dans un saint tremblement et nous inspire pour lui la même vénération que s'il affectait nos sens, que s'il se rendait visible à nos yeux. Une posture humiliée , en parlant à Dieu , est l'aveu tout ensemble et la marque du respect dont on est pénétré devant lui : la plus décente et celle qui paraît la plus convenable en priant serait de réciter à genoux. Le Fils de Dieu lui-même, modèle achevé de la manière d'honorer son Père céleste , mérita d'être exaucé , dit saint Paul , parce qu'en priant piosterné et le visage contre terre , il joignit le respect extérieur au respect intérieur (2). Une contenance modeste , un air composé , des sens mortiliés, une exacte fidéUlé à se conformer au chœur, et à en observer toutes les cérémonies , sont des moyens également propres à procurer le recueillement et à donner aux peuples une grande idée de notre sainte religion. Pensons que nous sommes en la présence de Dieu , disait saint Cyprien , et bientôt on nous verra devant lui dans la posture qui convient à des coupables ; bientôt on nous verra lui parler d'un ton suppliant , le seul propre à toucher et à désarmer son courroux (3).
Le môme respect demande qu'en récitant on prononce les paroles de l'office posément , distinctement , intelligiblement , sans précipita-
(1) Loqiiar ad Dominum nieum , cum sim pulvis et cinis. {Geii, c. 28. v. 27.)
(2) Exauflitiis est pro sua veverentia. (C. 5. v. 5.)
(3) Cositeiims nos siil) Dci conspectu slave ; placendulU est divinls OCuUs €t habitu coiporis et modo vocis, {De çrat, Dominica.)