‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 132 sur 331 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

tion , sans anticipation , sans confusion. La grandeur du Dieu qu'on prie , le caractère des personnes qui prient, les ordonnances dé l'Eglise au nom de laquelle on prie , exigent tout cela de ses ministres. On sait les réglemens pleins de sagesse et de piété qu'elle a faits sur cette matière ; je ne rapporterai que ceux des conciles de Bâle et de Trente. Le'premier veut qu'on chante les louanges de Dieu, non en courant etàla hâte, mais avec un respect et une gravité qui inspirent la dévotion et le respect, faisant une pause raisonnable au milieu de chaque verset (1). Ils ordonnent la même chose et prescrivent les mêmes règles -à tous ceux qui récitent en particulier ; les pères du concile de Trente , en les adoptant , enjoignent à tous ceux qui sont obligés au chant ou à la récitation des saints offices , de les célébrer gravement , distinctement , dévotement (2).

La même loi qui oblige les ministres de l'Eglise à réciter leur of^ fice avec respect, les oblige, à plus forte raison, à y donner l'attention de leur esprit. Les oracles sacrés n'ont que des malédictions pour celui qui fait l'œuvre de Dieu négligemment (3). La fin de la religion est de donner à Dieu des adorateurs qui l'adorent en esprit et en vérité ; l'Eglise, en prescrivant à ses ministres la récitation de l'office divin, a prétendu les obliger à un culte raisonnable , à un culte intérieur et spirituel ; et ce culte ne serait rien de tout cela , si la raison n'y avait aucune part, s'il était sans attention. Une prière sans attention peut-elle même être appelée une prière? A-t-elle la vertu de toucher le cœur de Dieu ou de fléchir la rigueur de sa justice? Quel honneur en reçoit-il ? quelle utilité en revient-il à lEglise ? quel avantage y trouverait celui qui la fait? Que sert , disait saint Augustin , le son confus de quelques paroles qui frappent l'air , si , tandis que la langue les prononce, le cœur est muet et ne parle point à Dieu? Quid prodest strepitiis verhormn , si cor est mnliiniF Ce qui fait le mérite de la prière , ce qui la i end efficace et agréable à Dieu, c'est l'attention. Prier sans attention, c'est traiter le vrai Dieu comme les païens traitaient leurs idoles , ces impuissantes divinités qui avaient des yeux et qui ne voyaient point , des oreilles et qui n'en-

(1) Laudes divinœper singulas hoias , non cuisim ac feslinanler, sed tractim et cum pausa decenti , prœserlini in medio ciijiislibet vei-siculi psalmorura , reverenter ab omnibus peisolvantur. {Sess. cap. Qualiter.)

(2) Omnes vero divina coaipellantnr obire officia hymnis et canticIsBei

nomen reverenter, distincte devoteque laudare. {Sess. 24. c. 42.)

(3) Mtdedictus qui facit opus Dei negligenlei-. {Jerem. 48.)

ten'iaient point : c'est mériter et attirer sur soi les anatlièmes lancés par le Sauveur sur ce peuple ingrat et charnel , (lui n honorait Dieu que du bout des lèvres , tandis que son cœur en éia.t é'oigné (1). C'est encore se fermer à soi-même les sources de la gi àce et de la miséricorde. Eh! comment voidez-vous que Dieu vous écoute dans vos prières , disait saint Cyprien , taudis que vous-même vous ne vous écoutez pas ? Comment vouh.'z-vous que Dif u pense à remplir vos besoins, si vous-même vous ne pensez pas à ces besoins au moment où vous les exposez (2) ? Enfin prier Dieu sans attention, c'est liriiter par le même moyen qui devait servir à l'apaiser et à le rendre propice.

Jugeons par là jusqu'à quel point ont dégradé la morale certains docteurs modernes, qui ont osé avancer qu'on satiNfait à l'obligation de son office en pr ommçant toutes les paroles qui le composent, sans y appliquer stn esprit, ou en pensant volontairement à toute autre chose (3). Quoi de plus injurieux à la majesté de Dieu ! quoi de plus extravagant et de plus impie que de se persuader que le souverain Être se tient honoré d'une manière de lui parler dont il n'est point d'homme un peu sensé qui ne se tînt offensé ! que de s'imaginer que l'Eglise , en députant ses ministres pour prier en son nom , ne se mette point en peine de quelle manière ils s'acquitteront de ce devoir? Si l'on veut en croire ces nouveaux docteurs, elle destine à ses ministres d'amples revenus , pour être présens de corps aux divins offices , et en prononcer seulement les paroles sans aucune application de leur esprit. Son intention est qu ils jouissent de ces revenus et qu'ils se les appliquent , malgré les pensées vaines et criminelles qu'ils roulent dans leur esprit , malf.ré les discours profanes et scandaleux qu'ils tiendront dans le lieu saint. Etrange théologie que celle-là ! Avoir exposé de tels principes , n'est-ce pas les avoir suffisamment réfutés? Outre l'attention superficielle, qui n'est digne ni de la majesté du Dieu qu'on prie , ni de la sainteté de l'Ej-lise qui prie , il faut donc l'attention au sens des paroles qu'un ecclésiastique doit entendre et qu il entend. Du moins , faut-il l'attention à Dieu eu à quelque chose qui nous porte à lui, qui nous rapproche de lui. Être

(1) Populus hic labiis me honorât, cor auleni eorum longe est a me. {Mai th. . 45. V 8 )

(2) Quomodo te audiri a Deo postulas , cum te ipse non .nuiliasPVis esse memoreni lui , cum logas , quauUo lu ipse nieuior lui non sis. i,l>e orat. Doininica.)

(3) Caramuel.

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