‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 133 sur 331 · LIVRE III, CDAPITRE Vl · texte numérisé non relu

LIVRE III, CDAPITRE Vl

volonfairement distrait pendant une partie notable de son office ou ce qui revient au même , ne faire aucun effort pour renvoyer les distractions qui surviennent en le récitant , c'est se rendre coupable du même péché quil y aurait à l'omeitre tout-à-fait, cVst-a-dire coupable d'un péclié mortel. Et sur ce pied-là , que de prévarications en cetie foule d'ecclésiasiiques, qui ne connaissent point d'autres prières que les égaremens éternels d'une récitation précipitée et indécente de leur bréviaire ! C'est pour eux un fardeau dont ils cherchent à se sou1af»^er promptement.

Les moyens de se procurer l'attention dont nous parlons , sont , avant de commencer l'office , de prendre quelques momens pour se recueillir , de se mettre en la présence de Dieu , de purifier son cœur par un acte de contrition, et de désavouer toutes les distraclions qui surviendront. Dans la récitation , il faut garder soigneusement ses sens , écarter tout objet distrayant , et se rappeler à ceux qui peuvent favoriser l'attention. Malgré toutes ces précautions, vient-on à s'apercevoir de l'égarement de son esprit? il faut le rappeler promptement par un vif sentiment de la présence de Dieu, sans efforts et sans contention. Pensons , dit saint Cyprien déjà cité , que le Seigneur a les yeux attachés sur nous, que, continuellement attentif à la manière dont nous nous acquittons de ce devoir de religion , il nous fera rendre un jour le compte le plus exact et le plus rigoureux ; cette pensée toute seule suffira pour nous tenir dans le respect et dans l'application où nous devons être en récitant. Peu d'ecclésiastiques sont fidèles à ces règles ; le grand nombre les néglige ; et n'est-ce pas pour cela que la plupart s'acquittent si mal de leur office ? Il récitent au sortir d'une compagnie dissipante , d'un entretien plein de bagatelles, qui ne leur a rempli l'imagination que d'idées profanes et dangereuses ; ils récitent au sortir d'une dispute vive et animée , oij ils se sont livrés à des sentimens dindignation et de colère ; ils disent leur bréviaire après une longue séance de jeu, désespérés de la perte qu'ils y ont faite, et tout hors d'eux-mêmes à force de murmures et d'imprécations ; ils le disent le soir accablés de sommeil , ou après s'être répandus la meilleure partie du jour dans les cercles , l'esprit encore plein de toutes les futilités qui s'y débitent. Et plût à Dieu qu'eux-mêmes ne s'y prêtassent point à je ne sais combien de discours indécens ou licencieux ! Les moins coupables sont ceux qui récitent plongés, absorbés, pour ainsi dire , en mille affaires séculières, qui font tout le sérieux et toute l'ocit. iO

242 OBLIGATIONS d'État du sacerdoce.

cupation de leur \ie. En récitant dans toutes ces circonstances et dans une infinité d'autres , dont le détail serait ennuyeux , est-il étonnant qu'on n"ait pas l'aUenlion que demande l'Eglise ?

Cette attention ne suffirait pas cependant encore , si elle n'était accompaj^née de la dévotion , qui en est le premier fruit et comme la récompense. Le concile de Latran ordonne à tous les ecclésiastiques, en vertu de la sainte obéissance , de célébrer l'office divin , tant celui du jour que celui de la nuit, avec toute l'application et la dévotion possibles (1). C'est dans le cœur que la prière a sa source, et c'est du cœur qu'elle tire tout ce qu'elle a d'efficacité , de mérite et de vertu. Sans la dévotion, l'attention de l'esprit ne serait qu'illusion, qu'une spéculation sèche et vide de sentiment , qui dessécherait le cœur sans le toucher. Si nous regardons l'office divin comme un culte que nous rendons à Dieu , c'est la dévotion qui le rend ; si nous l'envisageons comme une prière, c'est la dévotion qui l'oflie : or, cette dévotion, selon saint Thomas , n'est autre chose qu'une douce pente de notre cœur vers Dieu , im prompt mouvement de notre volonté , qui se porte avec ferveur à tout ce qui est de son service (2). Elle consiste , dit Richard de Saint-Victor, en de fréquentes et ferventes élévations de notre cœur vers Dieu, selon les sujets variés qui en sont répandus dans les psaumes (3). Ce sont comme autant de flèches perçantes, qu'un cœur embrasé d'amour lance vers le ciel , et porte jusqu'au trône de Dieu et jusqu'à son cœur. La dévotion ajoute à l'attention une tendre affection du cœur, qui goûte les bonnes pensées , qui se nourrit des vérités saintes , qui s'édifie des exemples de vertus que fournissent abondamment toutes les parties de l'office divin (4). Tantôt c'est un saisissement respectueux à la vue des grandeurs de Dieu ; tantôt c'est une joie pure qui de l'âme rejaillit jusque sur les sens. Mon âme altérée soupire après vous, Seigneur, dit avec le prophète le ministre qui récite avec piété; mon âme soupire après vous, et ma chair est pénétrée en mille manières de la même ardeur (5). Mon cœur et mes sens tressaillent de joie pour le Dieu vivant , s'écrie-t-il

(1) Praecipienles ut divinum officium diinniim paiiter ac noctnrnum, quantum Deus dederit, studiosi célèbrent pariler ac dévote. {Sub Innoc. III.)

(2) Est actus voliintalis piomplccad faniulatum. (2. 2. Qiiœst. 82. art. 1. ad. 6.)

(3) Qiiid aliud est devoiio , uisi fervida mentis in Deum dircetio?

(4) Si cuni iinmolatni- hoslia taudis, jungalur sensus veiljis, affectio sensui. {Berti., Serm. 4. in cant.)

(5) Sitivit in te anima niea ; qnaai nmltiplicitcv libi caro mea ! [Psalm, %.)

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