LIVRE in, CHAPITRE VI
en d'autres occasions (1). De là , ce goût tendre qui le porte à tout ce qui est du service de Dieu ; de là , ces larmes abondantes qu'une sainte ferveur lui fait répandre en présence du Seijineur, et dont il arrose son sanctuaire (2). De là , ces saintes langueurs , ces doux ravissemens où il entre à la vue des promesses de son Dieu , et de la céleste patrie où il doit un jour le contempler et le posséder. Il ne peut plus que gémir sur la longueur d'un triste exil en cette vallée de larmes ; il baigne continuellement de ses pleurs les liens terrestres qui l'attachent à un corps mortel , et qui l'empêchent de s'élancer vers l'objet de son amour (3).
Pour exciter en nous cette dévotion , dit saint Augustin , un excellent moyen sera d'entrer dans les sentimens de piété si admirablement exprimés dans les hymnes , dans les cantiques et surtout dans les psaumes qui composent les divins offices. Nous l'avons déjà remarqué, on trouve dans les psaumes toutes les affections, tous les sentimens qui conviennent à une âme chrétienne, en quelque situation qu'on puisse la supposer. Tous les autres livres de l'Ecriture enseignent à aimer Dieu , à le prier, à fléchir sa colère par la pénitence : les psaumes ont cela de plus, qu'ils sont autant de formules de prières , de componction , d'actions de grâces et de méditations consolantes ; il n'y a qu'à se les appliquer et se les rendre personnelles. Ce n'est point pour un temps ni pour les besoins particuliers de David, que ces mouvemens si tendres lui furent inspirés. Ils renferment tous les temps , tous les hommes et tous les besoins. C'est de nos périls et de nos tentations , de nos fautes et de nos gémissemens , de nos désirs et de nos espérances que l'Esprit saint y a fait mention. 11 a voulu que ces divins sentimens y fussent marqués, afin que nous n'eussions qu'à nous y abandonner, selon les circonstances et les différentes dispositions de notre âme. Il l^ut donc que le même esprit qui les a dictés, anime la voix de ceux qui les prononcent. Ainsi, dit le même saint docteur, si le psaume est une prière où le prophète sollicite le secours divin, implorez de même sa miséricorde pour vous et pour les fidèles que vous représentez , comme ministre
(1) Cor meum et caro mea exsullaverunt in Deum vivum. (Psaîm. 83.)
(2j Fuerunt mihi lacrymœ meœ panes die ac nocle. {Psalm. 4J.)
(3) Sitivit anima mea ad Deum fortem , vivum : quando veniani et appareboanle
facieni Dei ? fneiiint milii lacrymoe mese panes die ac nocte,duni dicitur uiihi
quolidie , ubi est Deus tuus ? {Uid.)
^44 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE,
public de l'Eglise : Si orat psalmus , orate (1). Quand , par des {^émissemens profonds et redoutables , il exprime la douleur dont son cœur est pénétré à la vue de ses péchés , excitez-vous sur ce modèle aux sentimens d'une vie pénitente et d'une sincère componction : Si gémit, gemite (2). Quand il admire les merveilles opérées par le bras toutpuissant du Créateur, entrez en de semblables sentimens d'admiration et de joie , de le voir connu et glorifié de ses créatures. Si son cœur se dilate , par des cantiques d'actions de grâces , pour les bienfaits sans, nombre dont il se voit comblé par la^ main libérale de son Dieu, entrez dans les mêmes sentimens d'une tendre reconnaissance pour des faveurs plus grandes que vous en avez reçues : Si gratulaiur^ gaudete (3). Si , méprisant la terre et ses biens frivoles, il s'élève au ciel par l'espérance qui lui fait entrevoir et saisir par avance la couronne de gloire , soupirez comme lui après les délices de ce bienheureux séjour, où ce Dieu de bonté veut vous rendre heureux du même bonheur dont il jouit : Si sperat, sperate (4). Si, effrayé des justices du Seigneur, il est consterné à la vue des châtimens éternels dont il frappe ses ennemis , laissez percer votre cœur et votre chair d'une semblable crainte de ses jugemens redoutables. Mais surtout quand le prophète ravi à la vue des perfections de son Dieu , et attendri sur ses bienfaits , laisse embraser son cœur des flammes saintes qui le dévorent , abandonnez-vous comme lui aux transports de l'amour divin : Si timet^ timete (5). Dites avec lui et dans les mêmes sentimens que lui : Je vous aimerai , ô vous qui êtes mon Dieu , ma force , mon appui et mon libérateur (6) ! Sentimens bien dignes de la religion et de la piété du saint roi qui les a exprimés ! mais en même temps sentimens bien rares aujourd'hui parmi ceux-là même qui par devoir prononcent tous les jours les paroles où ils sont contenus : pourrait-on les supposer en tant d'ecclésiastiques mondains, qui ne soupirent que pour le monde et pour ses biens frivoles ; qui passent toute leur vie dans les délices d'une vie molle , oisive et sensuelle ? Aussi comment s'acquittenl-ils de leur office ! Ils le commencent dans
(1) Psalm. 3.
(2) Ihid.
\ (3) Ihid.
(4) Psalm. 3.
(5)'iitVi.
(6) Diligani te, Domine, fortidido iiien ; Domiiins firmamenlum meuni , et lefugimiimeîiiii, et liberator iiiotis. {Paalm. 27.)