LIVRE m, CHAPITRE VII
lois de l'Eglise, et pour couvrir sa désobéissance: il ne sont pas moins frivoles que les premiers; quelques réflexions courtes et solides suffiront pour les détruire et pour les dissiper. Principe incontestable dans la morale comme dans le droit : la loi du supérieur doit l'emporter sur la coutume qui tend au relâchement et à l'anéantisssement des règles. Toute coutume qui déroge aux saints canons est bien moins un usage à suivre qu'un abus à retrancher, dit le pape Innocent III (1). Il faut la rejeter comme pernicieuse, disent les pères du quatrième concile de Tolède, dès qu'elle est contraire à des maximes constamment reçues , ou qu'elle va à troubler l'ordre de la discipline ecclésiastique (2). En parlant de soi-même, le Sauveur ne dit point qu'il est la coutume, mais qu'il est la voie, la vérité et la vie. Suivre la coutume, c'est marcher dans la voie large, et cette voie conduit infailliblement au précipice et à la perdition. Il y a dans l'Église des lois sur l'abstinence et sur le jeûne , sur l'observation et sur la sanctification des jours consacrés au Seigneur ; lois saintes, mais presque universellement transgressées de nos jours, parce grand nombre de mauvais chrétiens qui ne connaissent plus ni jeûnes ni fêtes que pour les violer. Dira-t-on pour cela que ces lois ne subsistent plus ou qu'elles sont abrogées. Non sans doute, l'Eglise parle , elle exhorte et presse ses enfans d'obéir; s'ils ne le font pas, elle les menace de la colère de Dieu , et les abandonne à sa justice. Il en sera de même de la loi de l'habit long qu'elle fait à ses ministres ; solennellement portée dans les conciles, adoptée par les premiers pasteurs, renouvelée continuellement, et pour ainsi dire , inculquée presque chaque jour par chacun de ceux qui leur succèdent, elle a tout ce qu'il faut pour lier les consciences; s'ils la violent, après avoir été pour eux une matière de péchés elle deviendra la cause de leur perte , et la matière de leur condamnation au tribunal de Dieu, qui les jugera, non selon les coutumes du monde, mais selon les règles de sa justice et selon les maximes de son évangile.
Cependant , dites-vous , ce sont des hommes irréprochables , des saints. Eh! quels saints, grand Dieu! ou comment en donner le nom à des hommes qui vivent habituellement dans la désobéissance à l'E-
(1) Consuetudo quae canonicis obviât institulis, nullius débet esse momenti. (Cap. 3. ad nostrum de consuet.)
(2) Perniciosa consuetudo nequaquam est recipienda , quae , majoruiU iûStUuta preeleriens , omnein Ecclesiœ ordinem peituibat. {Can. 19.)
260 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
glise? Qu'on vante tant qu'on voudra ces saints à robe courte , je ne les tiendrai jamais pour tels ; je ne puis regarder leurs venus comme solides , dès qu'elles n'ont pas pour base l'obéissance à l'Eglise , ou qu'elles ne vont pas à l'observalion de toute la loi (i) : vertus fausses et défectueuses, qui n'en ont que l'apparence. Hypocrites, pourraiton dire à ces fantômes d'ecclésiasticpies, comme le Sauveur aux Pharisiens hypocrites, le bien que vous faites, il fallait le faire; mais il ne fallait pas omettre ce que l'Eglise vous prescrit sur l'habit de voire
état (2).
Quant à l'odieux prétendu de l'habit long , et à l'exclusion qu'il donne de la compagnie de ce qu'on appelle les honnêtes gens , c'est un fantôme que des ecclésiastiques mondains se font à eux-mêmes , pour avoir le plaisir de le combattre. Ce qui rendra un ecclésiastique méprisable aux yeux du monde , ce ne sera jamais un habit de soimême respectable ; ce sera une opposition mont>trueuse de mœurs et de conduite avec un habit qui n'annonce que la sainteté. Ce que le monde ne peut souffrir, ce sont les variations éternelles , et les contradictions perpétuelles d'un homme consacré, qui prétend allier les honneurs et les avantages de la cléricaiure , avec les usages et les modes du siècle; voulant avoir, pour parler avec les pères du concile de Trente, un pied dans les choses divines et un autre dans les choses de la terre. Que, sous l'habit de sa profession, il montre au monde un homme solidement vertueux , bien établi dans la pratique des vertus ecclésiastiques et au dessus de la tyrannie du respect humain ; qu'il fasse briller à tous les yeux le flambeau de l'innocence , de la gravité, de la modestie, de la retenue qui conviennent aux personnes de ^on état; qu'il soutienne tout cela par un caractère de constance et de fermeté; le monde , tout malin et tout corrompu qui'il est, le respectera, l'admirera, il sera forcé de se taire, ou s'il parle, ce ne sera que pour applaudir : une vertu solide a des droits inaliénables sur les éloges du monde et sur ses hommages. En interdisant aux ecclésiastiques l'habit court, on ne leur interdit donc pas tout commerce avec le monde ; destinés qu'ils sont à le réformer , à l'édifier et à le sanctifier, ils doivent y paraître, on ne leur défend pas même de se pro-
(1) Qiiicumque totam legem servaverit , offendat autem in uno , factus est omnium leus. {Jac. c. 2. V. 10.)
(2) HypociitiB hœc opoiiuU faceie et illa non oiuiUere. {Maith. c. 23-