‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 141 sur 331 · LIVRE ni, CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

LIVRE ni, CHAPITRE YII

duire dans les cours des princes et des rois de la terre. Si /avec les vertus de leur profession, ils oseut y porter les habits qui en sont les marques, je ne crains pas de le dire, ils y paraîtront avec distinction. Témoins les saint Vinceutde Paul , lesCondren, les Ollier, les Bourdoise, les père Bernard, les père Eudes et une infinité d'autres saints ecclésiastiques. Encore aujourd'hui , les religieux et les {généraux d'ordre , les chefs des communautés ecclésiastiques , des évêques même que nous pourrions nommer par honneur , sont reçus à la cour en habit long, et n'y voudraient pas paraître autrement. Des rois trèschrétiens, qui se font gloire d'un si beau nom, ne se rendront jamais difljciles , et passeront toujours sur tout ce qu'il pourrait y avoir en cela de contraire au cérémonial de leur maison. C'est ce que plus d'une fois témoigna un roi dont la mémoire sera toujours précieuse à l'Eglise, un roijustement surnommé le grand, qui n'en mérita jamais mieux le titre que par le sentiment de sa piété , et par la protection qu'il accorda à la religion.

Mais riiabit long est incommode et embarrassant, surtout à la campagne. A ceux qui font cette objection, je demande -.cet habit est-il plus embarrassant aujourd'hui pour les prêtres et pour les ecclésiastiques, qu'il ne l'était pour eux depuis le treizième siècle, ou même qu'il ne l'avait été depuis la naissance de l'Eglise pour tous les fidèles? Est-il plus incommode pour les clercs, qu'il ne Test pour les religieux et pour les femmes qui ne le quittent jamais? S'il était vrai qu'il eût quelque chose de gênant (car il est certain qu'il ne gêne point grand nombre de bons ecclésiastiques et de saints prélats que nous connaissons,» et qui dans un autre habit paraîtraient bien déconcertés et bien empruntés), si,dis-je, cet habit avait quelque chose de si gênant , il faudrait regarder cette gêne comme une des peines de l'état saint qu'on a embrassé ; en y entrant , il faudrait se soumettre à cette peine , et se condamner à la souffrir comme on en supporte une infinité d'autres plus grandes, attachées à une profession qui nous rend les ministres d'un Dieu crucifié. Osons-le dire avec la liberté qui convient aux ministres de l'Évangile, si cet habit paraît gênant, ce n'est et ce ne peut être qu'à ces ecclésiastiques mous et efféminés, qui ne s'occupent que de parures et d'ajustemens, qui ne cherchent que le repos, qui ne soupirent qu'après le plaisir ; trop semblables à ces moine:, dont parle saint Bernard , on peut dire d'eux que les provinces épuisées peuvent à peine fournir des étoffes assez précieuses pour leur délicatesse. Tout ce que le luxe a pu inventer

de plus brillant et de plus fastueux , n'a rien de trop pour leur mollesse et pour leur vanité (1). Sont-ce donc là les ministres d'un Dieu né dans le sein de la douleur et de l'indigence , dont toute la vie ne fut qu'un enchaînement de travaux et de souffrances? Sont-ce là les successeurs de ces grands apôtres , dont le pénible ministère , consacré par les persécutions , fut marqué au sceau des conlradiciions et des croix ? De tels ministres sont-ils bien propres à étendre le royaume de Dieu , à for mer Jésus-Christ dans les cœurs , et à perpétuer dans l'Eglise les fruits précieux de sanctification qu'il est venu apporter sur la terre ? 0 miserandam sponsavi talihiis créditant paraiiymphis! s'écrie sur cela saint Bernard (2).

Ce que disent certains ecclésiastiques également rehàchés et ennemis de la règle, que Dieu regarde bien moins la forme des vêtemens que la bonne vie, d'autres l'avaient dit avant eux, dès le temps de saint Bernard (3). Le saint docteur répondait, et nous répondonsavec lui , que la difformité et le dérèglement dans les vêtemens est une marque assez certaine du dérèglement des mœurs, et de l'irrégularité de la conduite (4). Eh ! que veulent dire , ajoute ce père si zélé, ces vains fantômes d'ecclésiastiques , qui veulent l'être sans le paraître? qui sont militaires par l'habit, clercs pour les revenus; également dépourvus de toutes les qualités du bon soldat et de l'ecclésiastique parlait ; qui veulent avoir les honneurs et les biens de l'état ecclésiastique , sans avoir part aux charges et aux fonctions attachées à un ministère pénible (5). A les voir parés comme des femmes, vêtus d'habits d'une forme et d'une couleur étrangère à leur profession, à les voir nourrir des cheveux prodigieusement allongés , mollement parfumés , scandaleusement frisés , excessivement poudrés , vous les prendriez pour des époux plutôt que pour des clercs , dit saint Jérôme (6). Ce qu'il y a de plus scandaleux encore, c'est de les voir se

(1) Vix in nostris provinciis inveninius quo vestiri digaemur. {Apolog. ad Guilel. ahbat.)

(2) Lib, 3, de consid, c. 5.

(3) Nuin (le vestibus cura est Deo et non magis de moribns. {Ihid.)

(4) At forma iiaec vcslium , deforniitatis nienliuniet monim iiidiciiira est. (Uid.) (0) Qiiid sibi viilt quod cleiici aliud esse, aliiid videii voiunt? Nenipe

habita milites , qiiœstii cleiici , actu neutnim Jexliibent. Nam neque pugnant ut milites , neque ut cleiici evangelizant, {Ibid.)

(6) Taies cum videris, spoasos magis existiinato quam clericos. (Epist. ad Eustoch,)^

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