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CHAPITRE XXXV

Du désintéressement dans les ministres de Jésus-Christ.

(3) C'est en vain que les ministres des autels voudraient, sur le modèle des séculiers, s'attirer de la considération et du respect par la voie des richesses. Cette voie leur est interdite , et ne peut même que les décrier. On passe aux séculiers les mouvemens qu'ils se donnent pour avoir de quoi fournir aux bienséances de leur état. Les doubles appartemens , l'équipage , les meubles riches et précieux , tout ce qu'on appelle grandeur empruntée leur sert comme de supplément au défaut d'une grandeur réelle. De la dignité sans éclat ^ et du mérite sans fortune , les laisserait peut-être croupir dans une espèce d'obscurité. Pour maintenir leur rang et donner un certain lustre à leur autorité , il convient qu'ils se montrent quelquefois avec un appareil imposant; et qu'en fra| pant les yeux des peuples, qui ne jugent ordinairement des grands que par ce qui les environne , ceux-ci figurent avec éclat dans le monde , s'ils veulent y être considérés.

Il n'en est pas de même des ministres des autels : la considéra-

(d) Sess. 2.

(2) Attendite vobis, ne forte graventur corda vestra in crapulà et ebrietale. (Luc, 31. 34.

(3) Le P. Belon.

lion qu'on a pour eux a quelque chose de plus solide, parce qu'elle porte sur le fond même de leur dignité. Comme leur élat, qui est un état de dcnûment et de pauvreté évanjjélique , est opposé à celui des laïques ; qu'il est d'ailleurs très-difficile d'en acquérir la perfection en ce point, et de s'y conformer ; ce déniunent même , qui a je ne sais quoi d'héroïque^ fait leur véritable [jloire;, autant que le sordide atlachement dont les uns pourraient être atteints, et le faste déplacé des autres leur attireraient le mépris et rindijjnaiion du public.

Qu'on dise, tant qu'on le voudra , qu'un Ecclésiastique qui n'a ou qui ne se réserve que le nécessaire , est ordinairement méprisé ; que si dans cet état, autant que dans tous les autres, on n'a pas soin d'amasser , tôt ou tard grands et petits vous délaissent ; votre caractère est avili , votre ministère en souffre , au Ueu d'en être respecté. Malgré ces faux-fuyans qu'inspire la cupidité, il sera vrai de dire que l'auioriié des minitres des autels et le respect qui leur est dû s'acquièrent et se maintiennent bien plus par la pratique des vertus de leur état , et en particulier par un désintéressement marqué , que par tous les trésors du monde. Un détachement parfait imprime un certain respect et une confiance particulière pour un prélat ou un prêtre qui ne tient point à la terre, et qui est tout-à-fait désintéressé : on honore malgré qu'on en ait un homme qui, dans un poste élevé ou dans un opulent bénéfice, se montre également ennemi de l'éclat des richesses et de l'avarice dont elles sont communément accompagnées.

C'est devant des hommes de ce caractère , que les grands du monde font gloire de s'abaisser ; ils en recherchent la compagnie ; ils écoulent leurs paroles comme des oracles; et, après avoir fléchi devant eux pendant leur vie , ils révèrent encore après leur mort leurs cendres et leur tombeau.

Aussi les Apôtres, parfaitement au fait de la dignité dont Jésus- Christ les avait révélas, n'en!reprirent-ils point de la soutenir par la voie des richesses; les trésors des Fidèles étaient à leurs pieds, ils ne d:iignaient pas y toucher, Disciples d'un Dieu pauvre , ils n'eurent d'autre iniérêt (jue les siens , dardcur cpie pour les faire connaître, d'ambition que pour les biens du Ciel ; ils se chargèrent de paître les hrebis de Jésus-Chiist sans les dépouiller, de les enrichir dans leurs besoins, et de ne rien vouloir pour eux au-delà du nécessaire (1).

(1) Piœier victiim et vcstitum , nil se aliud nec liabere nec velle gloriabantur. {Hieron. Epist, 83, ad Océan.)

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