‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 16 sur 331 · LIVRE H, CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE XXXV

Leur autorité néanmoins , loin d'en sonflrir la moindre atteinte , n'en fut que plus respectée. Les Apôtres, dira-t-on , avaient le don des miracles; et ce don, aujourd'hui peu commun, leur tenait aisément lieu de richesses. J'en conviens; mais ces miracles sans vertu n'auraient produit en leur faveur qu'une stérile admiration , sans les faire croire ni même respecter ; au lieu qu'accompagnés d'un désintéressement parfait, ils forçaient les cœurs à se rendre, et montraient à découvert qu'on n'en voulait pas à leurs biens , mais à leur conver j sion et au changement de leurs mœurs.

Ces miracles d'ailleurs leur tenaient tellement lieu de richesses; qu'ils éprouvaient cependant en mille rencontres JesYigueurs de la pauvreté , lorsqu'ils auraient pu vivre dans l'abondance. Voilà ce qu'on admirait dans eux, et ce qui était réellement plus digne d'admiration que les plus grands prodiges; je veux dire que des hommes isolés, et ne tenant à rien de tout ce qui captive les autres hommes , s'acqui tassent gratuitement du plus saint et du plus redoutable emploi, quoiqu'ils fussent dans l'indigence, et qu'ils eussent droit d'exiger quelques secours. Je u ai point vouhi , dit saint Paul aux Corinthiens, êtra à charge à personne , quoique je me sois vu chez vous dans le besoin. Cùm essem apud vos , et egerem , nulli onerosus fui{\). Et j'atteste^ dit-il ailleurs, la vérité de Jésus-Christ^ que, quoique Je pitisse recevoir les choses nécessaires , en vous préchant les vérités de la foi ^ j'aime néanmoins mieux mourir que de perdre la gloire qu'il y a d'annoncer r Evangile j sans en recevoir aucun émolument (2). C'est là en effet que tout minisire des autels trouvera sa véritable gloire, bien plus que dans l'amour du gain ou dans l'étalage des richesses. S'il ne les recherche pas , tôt ou tard on l'en comblera ; s'il les répand dans le sein du pauvre , on le chargera de mille bénédictions.

Est-il, au fond, gloire plus flatteuse et plus conforme à l'état sacerdotal, que celle de pouvoir dire comme saint Pierre : Je n'ai ni or ni argent ; mais ce que j'ai , je le donne , et je m'en sers à faire des heureux (3) ? Cette gloire nous vient , non du dehors , mais du dedans de nous. Elle n'est point le fruit du faste, des richesses, et de ces faux brillans qui préviennent le jugement de la raison, qui surpren ; nent son approbation et son estime ; mais, inîiniraent supérieure à

(1) 2Corint. il. 9.

(2) 1 Corint. 9.

(3) Actor. 3. V, 6.

tout cet appareil mondain , dont réclat cache le plus souvent mille petitesses sous une écorce de {jrandeur, la {]ioire d'épargner tout pour soi , ot de donner à ceux qui sont dans l'indigence , nous rend semblables à Jésus-Christ , qui s'est rendu pauvre lui-même pour nous enrichir. Voulez-vous , dit saint Grégoire de Nazianze , qu'on considère voire dignité, qui est toute spirituelle? ne tenez point aux choses temporelles ; prenez des entrailles de miséricorde, devenez les Dieux des pauvres ; car, ajoute-t-il , il n'est rien de si divin pour l'homnîe , rien qui le rende plus semblable à Dieu que d'ouvrir son cœur à la pitié , et de pourvoir comme lui aux besoins d'une foule de malheureux (1).

II. Ayez dans le sacerdoce , comme on s'en pique dans ce siècle, de l'or, de l'argent, bénéfices sur bénéfices , le monde vous recherchera , il est vrai , pour partager votre fortune; vous ne manquerez, dans votre abondance , ni de parasites ni deliides adulateurs. Charm d'entrer en part de vos plaisirs , on vous fera peut-être la cour commea à une idole. Des parens toujours insatiables vous ménageront , et ne vous perdront pas un moment de vue , pour ne pas perdre eux-mêmes votre héritage. Mais au fond, environné de cette courservile, en serez-vous plus estimé? Prendrez-vous pour considération et pour respect les basses flatteries d'un parent intéressé ou d'un adulateur parasite? Est-ce donc là la gloire dont un ministre des autels doiise montrer jaloux? D'ailleurs, tel qui vous fait la cour au dehors, en vous aidant à consommer vos revenus , peut-il ne vous pas mépriser dans le fond du cœur , lorsque, dans un état de modestie et de simplicité, il vous voit affecter, par une vanité déplacée, le luxe et la délicatesse des conditions les plus mondaines? Tel autre qui vous voit courir à l'argent , l'exiger avec âpreté , le fermer et craindre même d'en user , peut-il à ce coup d'œil vous regarder comme bon pasteur, et non plutôt comme un vil mercenaire , qui ne parle et n'agit qu'autant qu'il est payé? Il vous ôie dès lors toute sa confiance ; il méprise tous vos avis , peut-être même manque-t-il aux égards dus à votre caractère.

Que le sort d'un ecclésiastique désintéressé est différent! Que sa gloire est bien plus solide , et les honneurs qu'on lui rend plus mérités et plus constans ! Son détachement le rend tôt ou tard la terreur des méchans , l'admiration des grands , la ressource et la consola-

d) Orat, de pavp. amore.

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