LIVRE IV , CHAPITRE IV
et vous glorifient , ô Seigneur, dans l'étendue de tous les siècles de ce que vous nous avez honorés et estimés, jusqu'à nous donner pour prêtre et pour pontife votre propre et unique Fils , et de ce que vous nous avez établis pour être ses ministres dans l'opération et dans Taccomplissement de ses souverains mystères.
Mais il faut bien prendre garde , quand nous disons que Jésus- Christ est l'unique , le principal et le souverain prêtre qui offre et qui agit par sa propre autorité dans ces samts mystères , que ce n'est pas seulement pour la raison que nous avons déjà touchée , qui est que les autres prêtres ne les oflVent et ne les célèbrent qu'en son nom , par son autorité et que comme ses ministres ; il y en a encore une autre beaucoup plus excellente et plus admirable ; c'est qu'autant de fois et en quelque heu du monde que l'on offre ces sacrés mystères^ Jésus-Christ s'y trouve réellement présent , et les opère et accomplit lui-même comme cause principale , réelle et efficiente par le ministère du prêtre, qui n'y tient lieu que d'instrument et de ministre de ce seul et souverain prêtre ; ce qui relève grandement la perfection et la dignité des divins mystères de la messe , et ce qui éclaircit et confirme encore d'une manière très-propre et très-parfaite cette vérité de l'Ecriture , que Jésus-Christ est'prêtre éternellement ; puisque toutes les fois qu'on offre le sacrifice dans l'Eglise , c'est lui seul qui l'offre par soi-même et comme cause principale.
C'est aussi pour cela que la représentation qui se fait des divins mystères de Jésus-Christ à la messe , est si propre , si vive et si naturelle , que plusieurs saints ne se contentent pas de dire comme nous que la messe est une représentation de tous les mystères de ce divin rédempteur; mais ils la relèvent encore davantage, en ajoutant que ces mêmes mystères y sont tous les jours continués et renouvelés par Jésus-Christ même opérant par le ministère des prêtres.
Le grand saint Grégoire dit dans une de ses homélies, « que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui a souffert et est mort une fois en sa chair mortelle , ne pouvant plus souffrir ni mourir de cette manière depuis qu'il est ressuscité d'entre les morts , veut néanmoins que sa passion et sa mort se réitèrent et se renouvellent dans le mystère de la messe , où il souffre et meurt de nouveau tous les jours , mais d'une manière mystique et non sanglante , c'est-à-dire douce et amoureuse ;, exposant aux yeux de son Père les douleurs de sa passion , et appliquant aux pécheurs le mérite de sa mort (1). »
(1) Ghiislus qui ia se resiugens a inofUiis, jain non moiitur, adliuc per saciam
284 DE LA jMESSE.
Et saint Cyprien assure que la messe n'est autre chose que la passion et la mort^m('me du Sauveur. « Le sacrifice que nous offrons est , dit-il , la passion même du Seigneur, c'est pourquoi nous n'y devons faire que ce que lui-même a fait (1). »
Saint Martial , l'un des soixante-douze disciples de Notre Seigneur, et le compagnon de Pierre , nous apprend » Que le cruel et sanglant sacrifice que la haine et l'envie des Juifs ont fait de Jésus-Christ sur la croix , afin d'exterminer de ce monde son nom et sa mémoire , est le même que nous offrons pour noire saiut sur le saint autel ; sachant que c'est l'unique remède qui peut nous délivrer de la mort et nous donner la vie ; et c'est aussi ce que ce divin Sauveur nous a commandé de faire en mémoire de lui (2). » Et c'est en effet dans le sacrifice de la messe , dit saint Laurent Justinien , que nous célébrons d'une manière toute mystique les mystères de la passion de Jésus- Christ et de la rédemption des hommes , suivant ce témoignage du Seigneur même, qui dit : Toutes les fois que vous ferez ceci , faites-îe en mémoire de moi (3j. » Et c'est pour cela que l'Eglise met en la bouche du prêtre ces paroles d'une oraison secrète de la messe : « Car autant de fois que nous célébrons la mémoire de cette hostie , c'est l'œuvre même de notre salut que nous exerçons (4). » Elle ne dit pas que nous représentons l'œuvre du salut des hommes , mais que nous l'exerçons et que nous la faisons , et c'est à cela que se réduisent toutes les paroles des saints que nous avons alléguées.
III. Que toute la vie de Jésus-Christ homme a été une messe perpétuelle. Ainsi, à le bien prendre , toute la vie de Jésus-Christ homme,
hosliam , in suo mysteiio pro nobis iteium patitur; nam quoties ei hostiam stiae passionis offeiimus , tolies nobis ad absoliUioneiii nostrain , passioiiem illiiis veparamus. {Greg. hom. 37.)
(1) PassioDomiiii est sacrificiiim ipsnm qiiod offerimiis , et ideo nihilnliiidquam quod ipse fecit , fncere debenius. Cypr., lib. 2. epist. ad Cccil.)
(2) Quod Judasi pev invidiam et odiimi immolavemnt , pillantes se Chiisti nomen a terra aboleie , hoc ipsum nos causa salulis nostrœ in ara sanclilicata perficinius : scienles hoc solo remedio, nobis vitam prœstandam , et mortem efTupendam ; hoc enini ipse Dominus jussil nos agere in sni coninieniorationeni. {Martial. in ep. ad Burdajal., cap. 3.)
(3i Chrisli nimique passionis, et humanœ redeniplionis niysleria in niissa niystice cclebrantur : hoc ipsiun Domino affirmante, qui ait: \\?e.c quotiescinnque feceritis, in rnei memnri;iin facielis. (Lmn-cnt. Justin., sp.rm. do Christi corp.)
(4) Quoties enim hujus hosliae coinmenioralio ceicbralur, loties opus noslrnc salutis exercelur.