LIVRE IV , CHAPITRE V
notre sacrifice , et qui a été le corps même de' notre 'prêtre (J)?.> Le Fils de Dieu, embrassant donc ce dessein de la sa^fcsse divine, ou plutôt cet ingénieux aiiilice de rexlréme amour qu'il avait pour les hommes, et qui lui faisait désirer si ardemment le remède dont ils avaient besoin dans une si déplorable chute , accepta aussitôt cet oflice de grand et souverain prêtre , et se chargea de la rédemption des hommes, pour lesquels il devait s'offrir lui-même en sacrifice. Et dès lors il offrit à son Père éternel tout ce qu'il devait faire et souffrir pour eux en son temps. Ce qui fut si agréable aux yeux de son Père, qu'à l'instant même il accorda aux hommes le pardon de leurs fautes , les reçut en sa grâce et en son amitié , et les combla de toutes sortes de faveurs et de bienfaits : et tout cela en vertu et dans la vue du sacrifice qui se devait offrir pour eux, et qui était déjà comme offert et accepté par la justice divine.
Mais , encore que ce soit une vérité que toutes les grâces et les faveurs que Dieu faisait aux hommes ne leur étaient accordées qu'en considération du sacrifice qui devait ensuite être offert pour eux, néanmoins sa divine Majesté voulait que pour recevoir ces mêmes bienfaits, ils lui donnassent des gages et des assurances que l'on paierait pour eux dans un temps convenable le prix juste et suffisant de leur rédemption , et ces gages étaient les divers sacrifices d'animaux et de plusieurs autres choses que l'on offrait à Dieu , qui figuraient tous ce divin sacrifice et cette oblation pure que Dieu s'était promise depuis tant de siècles, et qui étaient , à l'égard dé ceux qui les offraient, comme une protestation solennelle qu'ils faisaient que toutes 'Jes grâces qu'ils recevaient ne leur étaient données qu'en vertu de cet unique sacrifice.
II. De là vient que dès le commencement du monde les hommes justes et saints, par une inspiration de Dieu, se sont appliqués à lui offrir des sacrifices (Ge?î., 4) : comme Abel qui, en offrant d'ordinaire à sa divine majesté ce qu'il avait de meilleur et de plus gras dans ses troupeaux, lui rendit son sacrifice si agréable, dit saint Jérôme {in Quœst. hehr.)^ qu'il l'approuva visiblement par le feu qu'il envoya
(1) Quis tani jnstiis et sanctus sacerdos, qiiam unicus Filius Dei? Quid (am congruenter offeiretur pro tiominibus et ab hominibiis, quani caro? Et quid tam aptuni huic immolation!, quam caro moitalis? Quid tam miindiim pvo viliis mortalium quam caro nata ex utero virginali ? Et quid tam grate oITerri , et suscipi potest, quam caro sacrificii nostri , corpus effeclum ipsius sacerdolis nostri. (^«j., lii. 4 de Trin., cap, 14.)
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du ciel pour le consumer. Et la première chose que le saint homme Noé fit après le déluge en sortant de l'arche [Gènes. ^ 8), fut d'élever un autel et d'y offrir à Dieu un sacrifice de toutes les bêtes et des oiseaux purs qui étaient dans l'arche ; et le texte sacré porte que l'odeur de ce sacrifice fut si douce et si agréable à Dieu^ qu'il lui promit , même avec serment , de ne plus faire périr le monde par les eaux. Il fit même une alliance éternelle avec lui et ses enfans , et voulut que l'ar-en-ciel en fût comme le signe , afin que toutes les fois qu'il paraîtrait il se souvînt de ce pacte qu'il avait fait avec eux, et qu'il empêchât les eaux d'inonder encore la terre. Et depuis lui , son fils Melchisédech , que l'Ecriture appelle le prêtre du Dieu trèshaut, offrit ce mystérieux sacrifice du pain et du vin, qui était la figure du sacrifice de l'Eglise que Jésus-Christ, le vrai prêtre, y devait établir pour durer jusqu'à la fin des siècles. Nous lisons aussi d'Abraham, son huitième arrière -neveu, qu'il a souvent élevé des autels et offert des sacrifices à Dieu. Ses deux fils Isaac et Jacob , le saint homme Job et beaucoup d'autres saints patriarches ont fait la même chose. Et nous savons enfin que quand Dieu voulut faire à son peuple la faveur de lui donner la loi écrite , la principale chose qu'elle renfermait était la diversité des sacrifices et les différentes cérémonies avec lesquelles on les devait offrir. Et il est certain que les sacrifices que les hommes offraient durant cette loi, n'étaient, comme dit saint Paul, que des élémens faibles et stériles, parce que d'eux-mêmes ils n'avaient ni force ni vertu , sinon par la foi de ceux qui les offraient; et Dieu ne les avait agréables qu'en considération de ce grand sacrifice , par lequel Jésus-Christ se devait offrir luimême d'une manière sanglante sur la croix ^ et que durant le cours des siècles il devait continuer tous les jours par une immolation mystique, amoureuse et non sanglante.
C'est pourquoi l'on doit particulièrement faire allention à une chose qui est souvent répétée dans les livres de la loi, qui traitent des sacrifices qu'elle ordonnait alors d'offrir à Dieu ; c'est que ces sacrifices étaient une odeur très-agréable à Dieu. Car si l'on considère ce qu'ils étaient en eux-mêmes, l'on n'y trouvera rien qui pût être de bonne odeur; au contraire tout y était dégoûtant et capable de faire soulever le cœur; on n'y voyait qu'une épaisse et puante fumée du sang, des chairs et des entrailles des animaux égorgés qu'on y brûlait. C'est pourquoi Dieu parlant de ces anciens sacrifices, selon ce qu'ils étaient en eux-mêmes , dit par Isaïe : Qu'ai-je affaire de