‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 163 sur 331 · LIVRE IV, CUAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CUAPITRE V

cette multitude de victimes que vous m'offrezF fout cela m'' est a dégoût; je n'aime point les holocaustes de vos hcaers^ ni la graisse de vos troupeaux, ni le sang des veaux ^ des agneaux et des boucs (1); je n'en puis plus souffrir l'odeur, elle m'est en abomination. Mais il est dit que ces sacrifices étaient de bonne odeur devant Dieu, parce qu'ils figuraient et représentaient l'unique et le véritable sacrifice de son Fils, dont parle l'apôtre, quand il dit aux Ephésiens ; Jésus-Christ nous a aimés , et s'est livré lui-même pour nous , en s' offrant à Dieu comme xme ablation et tme victime d' agréable odeur {^).

III. Le temps heureux de la grâce, que l'apôlre appelle avec beaucoup de raison (Galat., 4, 4) l'accomplissement de tous les temps, étant donc arrivé , et Jésus-Christ ayant achevé l'ouvrage de la rédemption du monde, fondé l'Eglise et établi la nouvelle alliance par ce divin sacrifice qu'il a fait de lui-même à son Père sur la croix,, [il n'aurait pas été convenable que la re]i;;ion chrétienne et catholique, qui est sans comparaison la plus parfaite qu'il y ait jamais eu dans le monde, fût demeurée sans avoir ses propres sacrifices, par lesquels elle pût rendre à Dieu le culte et l'honneur qui lui sont dus; car de lui présenter les mêmes sacrifices qu'on lui offrait anciennement, cela ne convenait nullement à la dignité de la nouvelle alliance, parce que, ces sacrifices n'ayant été que la figure et l'ombre des choses que Jésus-Christ a accomplies , la vérité étant venue , la figure a dû cesser.

C'est pour cela qu'avant que de mourir, la veille de sa passion , il institua le sacré mystère de l'eucharistie, par lequel, en prévenant le sacrifice sanglant qu'il devait faire de lui-même sur l'autel de la croix , et faisant l'office de vrai prêtre , selon l'ordre de Melchisédech , il offrit lui-même à Dieu son Père son propre corps et son propre sang , d'une manière mystique et non sanglante , sous les espèces du pain et du vin ; et il ordonna , comme le remarque le saint concile de Trente, que le même sacrifice qu'il allait offrir sur la croix fût tous les jours continué et renouvelé dans son Eglise. Il ne faut donc point considérer le sacré mystère de l'autel comme si c'était un autre sacrifice que celui de la croix; c'est le même quant à la substance ,

(1) Qiio niilii multitudineni victiniciium vestrarum ? pleniis siiiii. Ilolocausta arietuni , et adipem pinguiimi, el saiiguinem vitiilorum, agnoruin et hircorum nolui. (Is. 1. 41.)

(2) Ctiristus (liiexit nos , et tiadidit senietipsiim pio nobis oWationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. (jEphes. 5, 2.)

è94 DE LA messe;

puisqu'en l'un et en l'autre c'est le même Jésus-Christ qui est offert par lui-même. Que si l'un est différent de l'autre , ce n'est qu'en la manière de Toblation ; et celte différence consiste en ce que sur la croix Jésus-Christ a été sacrifié une fois seulement d'une manière sanglante et cruelle , au lieu qu'à l'aulel il est tous les jours sacrifié d'une manière non sanglante et toute mystique , mais aussi réellement que sur le Calvaire.

El afin que cet auguste et divin sacrifice ne pût rien perdre^ de sa valeur et de son excellence, par la faute et l'indignhé des prêtres, qui ont la puissance de consacrer son corps et de l'offrir, il a voulu toujours retenir le nom et la dignité de prêtre éternel, et l'exercer véritablement et actuellement , en offrant par lui-même , comme principal prêtre , tous les sacrifices qui s'offrent tous les jours dans l'Eglise , les autres prêtres n'exerçant ce ministère extérieur que comme ses instrumens et ses ministres. El en effet, tout ce que font les prêtres en célébrant la messe , est d'offrir au Père éternel , comme ministre de Jésus-Christ, le même sacrifice que ce Fils bien-aimé lui a offert sur la croix.

IV. Dire du sacrifice de la messe que c'est le même que celui de la croix , c'est renfermer en peu de paroles, toutes ses grandeurs et ses excellences -, car cela étant , il doit aussi avoir la même vertu , là même valeur, la même suffisance et le même mérite ; il doit être aussi précieux et aussi agréable au Père éternel qu'il l'était alors ; enfin on lui peut attribuer une infinité d'autres grands avantages qui sont très-dignes de toute considération et de l'attention de notre esprit. Or, que ce soit réellement et en substance le même sacrifice , c'est ce que l'Eglise, au concile de Trente, a décidé {sess. 22, c. 2) comme une vérité de foi fondée sur la tradition des apôtres et sur la doctrine des saints pères. « Le même Jésus-Christ qui a été une fois offert sur la croix d'une manière sanglante, dit ce saint concile, est ici tous les jours sacrifié par une immolation non sanglante ; la même hostie qui a été immolée sur le Calvaire l'étant encore sur les autels de l'Eglise catholique , par le même sacrificateur agissant en la personne des prêtres , et n'y ayant différence entre ces deux sacrifices qu'en la manière de l'offrande. »

C'est ce qu'enseignent généralement tous les saints pères et les saints docteurs de l'Eglise. Saint Ambroise le dit en ces propres paroles, dans une de ses homélies sur saint Paul :« Ce sacrifice que nous offrons est le même que Jésus-Christ a offert ; ce divin Sauveur,

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