‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 166 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VI

autres graves auteurs ont recueillies ensemble soient en elles-mêmes très-différentes , et en très-grand nombre , on peut néanmoins les réduire toutes à quatre principales.

La première était de reconnaître , par une protestation publique et solennelle , la majesté , la souveraineté , Texcellence et le pouvoir absolu que Dieu a sur toutes choses , comme en étant le Créateur et le Seigneur universel , et de lui rendre en cette qualité l'honneur, le culte, la vénération et tous les hommages qui lui sont dus. Et comme ce litre est le plus haut et le plus parfait sous lequel on peut offrir à Dieu des sacrifices, n'ayant égard qu'à ce qu'il est en lui-même; c'était aussi sous ce titre et pour cette raison qu'on lui offrait l'holocauste , qui était le plus parfait de tous les sacrifices , par lequel les hommes protestaient leur propre néant et la suprême grandeur de Dieu. C'est pour cela même qu'il ne devait rien rester de l'holocauste, et que la victime qu'on y offrait y devait être entièrement consumée par le feu, afin que l'on sût que tout ce que la créature est, et tout ce qu'elle a vient de Dieu , et lui doit être offert pour son honneur et pour sa gloire.

A considérer ce premier devoir de l'homme dans la rigueur, si Dieu n'avait pas pour nous cet excès d'amour et de bonté qu'il nous a toujours fiiit paraître , il pouvait très-justement obliger tous les hommes à lui offrir en sacrifice leurs propres vies , ou celles de leurs enfans , et toutes les autres choses qui leur auraient été les plus chères et les plus précieuses, tout cela lui étant dû comme au Créateur et au Seigneur de toutes choses. Aussi avait-il ordonné , dans la loi, qu'on lui offrirait tous les premiers nés des hommes et des animaux mêmes , en reconnaissance de son pouvoir souverain et absolu sur toutes les choses. D'où vient qu'il répète tant de fois cette parole : Toutes choses sont à moi (Genes. , 12). Il commanda même à Abraham qu'il avait choisi pour être le père des fidèles , de lui offrir en holocauste son fils unique qu'il aimait comme lui-même ; mais il l'empêcha néanmoins de le tuer, sa grande bonté et son amour pour les hommes ne pouvant souffrir l'eflusion du sang humain. Il se contenta de l'humble et prompte obéissance avec laquelle ce saint patriarche s'était aussitôt disposé à lui offrir, non seulement la vie de son fils, mais sa propre vie; et lorsqu'il avait déjà le coup levé pour égorger ce cher fils sur le bûcher, il lui arrêta la main par un ange ; et un bélier s'étant trouvé auprès de lui embarrassé par les cornes dans un buisson, le saint patriarche le prit et l'offrit à Dieu au lieu de son fils.

Et à l'égard du commandement qu'il avait fait à son peuple de lui offrir tous les enfans premiers nés , il se contentait de la simple cérémonie avec laquelle ils les lui offraient, en protestant seulement qu'ils étaient à lui et qu'ils lui étaient dus. Et sa divine Majesté les ayant reçus comme étant effectivement à lui , les renvoyait aussitôt à leurs pères , sans avoir jamais permis qu'on lui sacrifiât aucune hostie humaine. C'est pourquoi quand les saints pères (1) parlent du sacrifice que Jephlé fit de sa fille , quoique ce fût par un motif de piété et de religion , ils le considèrent comme un exemple des vœux indiscrets et téméraires auxquels on s'engage par légèreté et par précipitation. Sur quoi saint Ambroise dit fort bien qu'il vaut mieux ne rien vouer que vouer, des choses que Dieu déteste et qu'on ne peut accomplir sans commettre un parricide.

Dieu qui n'a jamais permis qu'on lui offrît en sacrifice des victimes humaines , a eu cependant cetle rigueur pour son propre Fils. Il a consenti qu'il lui fût immolé sur l'autel delà croix^ parce que, comme le premier né de toutes les créatures , il était lui.seul une hostie suffisante pour tout le monde ; et c'est de là que l'apôtre conclut que la mort que Jésus-Christ a soufferte pour tous les hommes, a le même effet que si tous les hommes étaient morts et avaient sacrifié à Dieu leur propre vie ; carsiun seul est mort pour tous, dit-il., donc tous sont onorts , et Jésus-Christ est mort pour tous (2). Or, celte Conséquence ne peut avoir aucune force qu'en .Ïésus-Christ seul, dont la vie était sans comparaison plus précieuse et plus estimable que celle de tous les hommes ensemble. Et ce qui fait voir l'excellence du sacrifice qu'il en fait pour nous à son Père, c'est l'horrible confusion qu'en ont reçue les démons, qui, n'ayant jamais quitté cetle orgueilleuse insolence qu'ils ont eue dès le commencement de se vouloir égaler à Dieu , n'avaient pointcessé depuis de lui ravir sa propre gloire, en se faisant rendre des honneurs qui n'étaient dus qu'à lui seul. Car, non contens àson imitation de faire immoler des bêtes sanglantes pour le braver, ils forçaient ceux qu'ils avaient aveuglés de leur sacrifier des hosties humaines, et jusqu'à leurs propres enfans , comme nous voyons que Dieu même s'en plaint par l'organe du prophèle-roi, qui dit : Ils ont immolé leurs

(1) Ita Nazianz., de Machah. ; Amh\, lib. 3 ùffic, cap. 12; Rieron. stip. Jer.^ 7; Aufj., lifj. 1 , qvœst. in lib. Judiciim., 12.

(2) Si uinis pro omnibus mortuus est, ergo omnes mortni sunt, et pio omnibus moi'tuus est Chiislus. (2 Cor. 5. v. 14 et 15.) ,

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