‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 168 sur 331 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Que le sacrifice de la messe renferme en lui seul ces quatre sortes de sacrifices , et satisfait à ces quatre devoirs qui nous obligent à les lui offrir.

Si l'on considère avec attention tout ce qui vient d'être dit , on reconnaîtra clairement combien le sacrifice de la nouvelle alliance est élevé au dessus de la vieille loi , en ce qu'il a fallu que la multiplicité des hosties judaïques ait cédé la place à l'unité de la victime chrétienne , comme l'Eglise même le dit tous les joutas dans l'une de ses oraisons. Aussi, parce qu'il était impossible , conmie dit l'apôlre (1), que le sang de toutes les victimes ôtât les péchés , cette même loi qui ordonnait tous ces divers sacrifices , renvoyait tout le monde à celte adorable victime, laquelle seule les pouvait effacer, comme les contenant en vertu et par éminence , et opérant dans les âmes tous les effets qu'ils signifiaient , et qui se trouvent tous réunis en celui de la loi nouvelle ; de sorte que le sacrifice de la messe est unique, elle seul par lequel nous pouvons nous acquitter de ces quatre devoirs dont nous avons parlé. C'est ce que nous allons tacher de montrer avec toute l'évidence possible.

I. Que la sainte messe est un véritable et parfait holocauste. Il est constant que , pour nous acquitter de notre premier devoir envers Dieu , qui est de lui rendre l'hommage et l'adoration que nous lui devons, nous ne lui pouvions offrir aucun holocauste qui marquât mieux sa suprême grandeur, ni qui lui fût plus proportionné que celui que nous lui offrons à la messe, puisque c'est le premier né de toutes les créatures , dont la vie est sans comparaison plus précieuse que toutes les vies des hommes et des anges ensemble. Ainsi, par l'oblalion

(4) Deus , qui legaliuui differentiam hoslinium unius sacrifiai perftclionc sanxistit, etc. (1 Co,-. 5. 7.)

IIVRE ÏV, CHAPITRE Vil. 301

de ce divin sacrifice , nous protestons de la manière la plus excellente que la souveraine majesté de Dieu est telle qu'on ne lui doit rien offrir de moins qu'un sacrifice qui soit d'un prix et d'une valeur infinie.

Le prophète Isaie , voulant nous donner une véritable idée de la grandeur et de la majesté de Dieu, dit ( cap. 40 , 15 , 17 , 10 ) : « Que toutes les nations ne sont devant lui que comme une goutte d'eau et comme un petit grain qui fait à peine pencher la balance ; que tous les peuples du monde sont devant lui comme s'ils n'étaient point , ou comme un vide et un néant ; que tout ce que le Liban a d'arbres ne suffirait pas pour allumer le feu du sacrifice qu'on lui devrait offrir, et que tout ce qu'il y a d'animaux serait trop peu pour être un holocauste digne de lui. >•

Ce que ce saint prophète dit pour relever la souveraine majesté de Dieu est quelque chose ; mais il aurait pu ajouter beaucoup davantage , sans en jamais dire assez. Comme il dit que tout ce qu'il y avait de bois sur la montagne du Liban et tous les animaux qui s'y reliraient ne suffisaient pas pour être un holocauste digne de la grandeur et de la majesté de Dieu, il pouvait dire en la même manière, et avec la même vérité , que tout l'univers et toutes les créatures qu'il contient étaient trop peu pour cela ; que quand tous les hommes lui offriraient leur vie en sacrifice , et quand tous les anges et toutes les créatures du ciel et de la terre se joindraient avec eux pour ne faire tous ensemble qu'un seul holocauste , tout cela n'aurait encore rien d'égal à la suprême grandeur de Dieu.

Et c'est aussi ce qui nous doit faire davantage admirer la sagesse, la bonté et la puissance de Jésus-Christ , qui éclatent merveilleusement en ce qu'il a pu et qu'il a voulu donner, et qu'il a en effet donné à son Eglise un sacrifice égal et proportionné à la grandeur infinie et à la souveraine majesté de Dieu. En sorte que nous pouvons dire avec vérité que l'excellence et la dignité du sacrifice que nous lui offrons répondent parfaitement à sa souveraineté, qu'il en est honoré à l'égal de ce qu'il est , et qu'il n'est pas possible de lui en offrir un qui soit plus digne de lui, et par lequel nous puissions exprimer plus parfaitement l'excellence et la suprême grandeur de sa souveraineté.

Outre le témoignage que nous donnons de la grandeur, de l'excellence et de la majesté infinie de Dieu , en lui offrant une victime si précieuse et si relevée , nous faisons encore en cela même une très-

éclatante protestation de sa puissance , de sa sagesse et de sa bonté inlinie , qui sont les trois attributs ou peifections principales auxquelles se réduisent toutes les autres qui sont en lui. Nous protestons la souveraineté de son empire sur toutes les créatures, par la foi et la créance certaine que nous avons qu'elles sont toutes parlaitement soumises aux ordres de sa volonté , et qu'il en dispose absolument pour en faire tout ce qu'il lui plait dans le ciol et sur la terre; puisque par un seul signe de sa volonté , la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ , et la substance du vin en son vrai sang. Et les accidens, dont la nature est de ne pouvoir être sans quelque sujet auquel ils soient attachés , subsistent néanmoins par eux-mêmes sans aucun sujet , comme s'ils étaient de véritables substances. L'humanité même du Fils de Dieu, qui est dans le ciel, élevée au dessus de toutes les créatures et environnée de gloire, est l'hostie qui est immolée sur l'autel, sous ces accidens du pain et du vin , et y sert de nourriture aux fidèles à qui elle se donne tous les jours à manger. Et tout cela se fait par la soumission et par l'obéissance que tout ce qui est créé doit et rend à Dieu qui le veut ainsi.

La sagesse divine a aussi éclaté d'une manière admirable dans ce moyen si excellent et si convenable qu'elle a trouvé pour des choses qui étaient si difficiles, et qui même paraissaient entièrement im-r possibles an jugement des hommes et des anges; car, tout le genre humain étant dans la corruption du péché , et n'y ayant point dhomme qui ne fût devenu l'ennemi de Dieu , nous étions tous réduits à Timpuissance d'apaiser sa juste colère irritée par notre orgueil et par notre ingratitude ; mais, par un ingénieux artifice de cette même sagesse , il s'est trouvé un vrai homme qui lui a offert pour tous les autres hommes un sacrifice si agréable et si relevé qu'il leur a mérité , dans toute la rigueur même de la divine justice , le pardon de leurs péchés, et que Dieu même en a été honoré à l'égard de ce qu'il est.

La bonté de Dieu ne pouvait pas non plus paraître avec plus d'éclat que dans ce sacrifice ; car, le propre de la bonté étant de se communiquer, pouvait-on imaginer , ni même désirer une communication plus grande que celle d'un Dieu qui , s'étant fait homme , donne son corps à manger et son sang à boire à tous les hommes , et à chacun d'eux en particulier , sous les espèces du pain et dii vin, et se renferme dans leurs propres entrailles , afin d'être uni à eux aussi étroitement que l'est la nourriture avec celui qui la reçoit.

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