LIVRE IV, CHAPITRE VII
On voit clairement par là combien le sacrifice que l'Eglise offre sur ses autels est un véritable holocauste , par lequel elle proteste parfaitement la grandeur et la majesté de Dieu, et toutes ses perfections adorables, et lui rend riiommage , le culte et l'honneur que lui doivent toutes les créatures.
II. Que la messe est un très-parfait sacrifice d'actions de grâces. Pour ce qui est de la seconde obligation de l'homme envers Dieu , qui est de lui rendre de dignes actions de grâces pour tous les bienfaits qu'il en a reçus, il est très-certain qu'il s'en acquitte par le très-saint sacrifice de l'autel d'une manière sans comparaison plus excellente , plus parfaite et plus avantageuse qu'il n'avait pu faire par tous les autres sacrifices qui lui ont jamais été offerts dans le monde; car, quelque grands et précieux qu'ils aient été, jamais les hommes n'y ont offert à sa divine Majesté tout ce qu'ils avaient reçu de sa libéralité; il se sont toujours contentés de lui en offrir seulement une petite partie , réservant la plus grande pour eux : comme quand Jacob lit vœu de lui offrir de tous les biens qu'il possédait, il ne s'engagea qu'à lui en donner la dixième partie : Je vous offrirai , lui dit-il , la dîme de tous les biens que vous m'avez don" nés (1). Ce n'est pas faire un grand présent à celui qui nous a tout donné de lui en offrir en reconnaissance une dixième partie , et d'en retenir pour soi les neuf autres.
C'est pourquoi ce saciilice d'action de grâces n'était pas si considérable par lui-même que par l'affection du cœur et par le resseuti-i ment intérieur, en témoignage duquel il était offert ; au lieu que dans le divin sacrifice de nos autels , nous offrons à Dieu une victime qui vaut beaucoup plus que tout ce qu'il nous a donné , puisque nous lui offrons son propre Fils. Il est vrai que c'est aussi lui-même qui nous^l'a donné , afin que nous le lui ofli'issions , et que nous eussions en lui de quoi satisfaire à tout ce que nous lui devions ; mais il est vrai aussi qu'en satisfaisant à ce que l'on doit par les dons mêmes qu'on a reçus , on ne s'en acquitte pas moins que si l'on payait de ce qu'on possède en propre.
Que si l'on considère l'affection intérieure et le ressentiment du cœur, il est sans doute que toute la reconnaissance dont les créatures sont capables est beaucoup au dessons des grâces et des faveurs qu'elles reçoivent de la souveraine bunté de Dieu. Mais pour suppléer
(1) De omnibus quac dederis niihi , décimas offeram libi. (fienes. 28. 22.)
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à ce défaut, nous offrons la reconnaissance et Taffection de Jésus- Cln^ist même, lequel, connaissant notre impuissance pour satisfaire à ce devoir, s'en est acquitté lui-même pour nous tous envers son Père , en lui rendant grâces pour tous les hommes des bienfaits dont il les a comblés, et particulièrement de celui qu'ils en reçoivent dans ce souverain mystère de l'autel. C'est pour cela qu'il est remarqué dans l'Evangile qu'en prenant le pain entre ses mains pour le consacrer, il leva les yeux au ciel et rendit grâces à son Père , ofin de satisfaire pour nous à ce devoir de reconnaissance et d'actions de grâces , auquel il savait que nous n'étions pas capables de satisfaire par nous-mêmes.
C'est aussi pour cela même que, toutes les fois que nous célébrons cet auguste mystère , nous disons en prenant le pain pour le consacrer, ces mêmes paroles que les saints évangélistes ont rapportées de Jésus-Christ consacrant son corps et son sang : Il prit le pain, et ayant les yeux levés vers le ciel en vous rendant c/rdces , il le bénit, etc. (\) ; comme voulant dire au Père éternel , que , si nous ne sommes pas suffisans pour lui rendre les actions de grâces qui lui sont dues pour un si souverain bienfait , il se souvienne au moins que son propre Fils a pleinement satisfait pour nous tous à ce devoir, et qu'il lui plaise de recevoir la digne reconnaissance qu'il lui en a témoifrnée pour suppléer au défaut de la nôtre ; car c'est pour cela que nous lui offrons ce divin sacrifice qui renferme toute l'action de grâce et la reconnaissance qui lui est due , et qui pour cette raison est appelée l'Eucharistie, c'est-à dire l'action de grâces.
m. Que la, messe est rm sacrifice propitiatoire pour les péchés. Le très-saint sacrifice de la messe est bien différent des anciens , en ce qui regarde le troisième devoir de l'homme , qui est de satisfaire à la justice divine pour ses péchés. Tous les sacrifices de la vieille loi n'étaient pas suffisans pour expier par eux-mêmes un seul péché, comme l'assure souvent l'apôtre saint Paul , particulièrement dans son épîlre aux Hébreux , où il dit qu il est impossible que le sang des houes et des taureaux été les péchés (2); et dans le même endroit : Au lieu que tous les prêtres se présentent tous les Jours à Biau , offrant plusieurs fois les mêmes hosties qui ne peuvent jamais ôter les péchés ; celui-ci^ ayant offert une seule hostie pour les péchés, s'est as-
(4) Accepit paiiem, et clevatis ociilis in cœluni , libi gratias agens, heiicdixit, etc.
(2) Inipossibile estsanguine lauioium cl lùicoruiu aufenipeccala. {Hchr. JO. 4.)