‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 184 sur 331 · LIVRE IV, CUAPITRE XI. 32i · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CUAPITRE XI. 32i

faut exercer sur soi-même ; au lieu que le culte extérieur dont nous voulons parler n'a nulle difficulté en soi qui empêche qu'on ne s'en puisse toujours acquitter très-parfaitement , et même avec plaisir ; parce qu'étant tout réduit à certaines règles qu'il est très-facile de savoir, on y satisfait avec toute la perfection requise , en observant seulement ces règles en la manière qu'elles sont prescrites. C'est pourquoi il est raisonnable de dire que Dieu est en quelque sorte plus oflensé de la négligence qui paraît dans l'exercice extérieur d'une chose si facile qu'on fait pour son service et dans une occasion si importante, que de l'indisposition même intéiieure du cœur.

Aussi est-ce une chose qu'on doit tenir pour certaine , que quiconqne néglige le culte extérieur de la messe , est aussi très-mal disposé en ce qui regarde le culte intérieur, qui consiste dans la pureté , la sainteté , laitention de l'esprit , et la disposition du cœur qui est convenable pour célébrer dignement. En quoi il semble que s'accomplit à la lettre cette parole de notre Sauveur : Celui qui est injuste dans l'S petites choses , sera aussi injuste dans les grandes (1). Lorsqu'une personne ne fait pas fidèlement une chose qui est facile , et où elle sait qu'il y va du culte , de l'iionneur et du service de Dieu , peut-on croire qu'elle soit fidèle dans les choses grandes et difficiles? Aussi ai-je toujours estimé que c'est une maxime très-véritable et très excellente , que l'on doit s'appliquer toujours à bien faire les choses les plus faciles , pour s'accoutumer à bien faire ensuite les plus pénibles. Et il est certain que quand des piètres sont soigneux , exacts et circonspects dans le culte et les cérémonies extérieures de leur ministère , c'est une disposition pour obtenir de la divine Majesté la grâce dont ils ont besoin pour vaincre les plus grandes difficultés , et une marque que leur intérieur répond parlai : tement à tout ce qui paraît au dehors.

Tous les prêtres et les ecclésiastiques sont d'autant plus obligés à se perfectionner de plus en plus dans la pratique des cérémonies qui s'observent dans la célébration des saints mystères et dans tout le culte divin , que les hérétiques de ce temps font plus d'efforts pour les rendre méprisables. Comme ils tiennent les premiers rangs parmi les enfans de l'Eglise catholique , ils doivent aussi tous être les premiers à faire {;loire de s'opposer autant qu'ils peuvent aux insultes de ses ennemis , et au mépris qu'ils font du culte et des cérémonies

(1) Qui in jnodico iniquus est, el iu majori iniquuseut. {Luc. 16. 10.)

qu'elle observe saintement dans l'office divin et dans son adorable sacrifice. Plus ils les décrient et les condamnent, plus aussi nous devons être exacts , circonspects et appliqués à les faire avec toute la révérence et la gravité possibles , de peur que notre peu de soin et de respect ne leur donne occasion de les tourner en raillerie , et de se confirmer davantage dans leurs erreurs et leurs extravagances.

II. Pour donner plus de fondement et de clarté à cette doctrine , il faut remarquer que l'homme est composé de deux substances différentes , qui sont l'âme et le corps , et que Dieu étant le créateur de l'une et de l'autre , il le doit reconnaître , adorer et servir dans toutes les deux : Car on croit de cœur pour être justifié , et on confesse de bouche pour être sauvé (1). Il ne suffit pas de croire , et d'avoir la foi dans le cœur, il faut encore la confesser hautement de bouche devant les hommes. De même aussi ce n'est pas assez d'avoir intérieurement de la piété et d'honorer Dieu dans son âme , il faut qu'elle paraisse aussi dans le culte et la révérence extérieure.

Aussi voyons-nous que dès le commencement du monde les saints et les justes se sont appliqués à honorer Dieu par des cérémonies extérieures, en fléchissant les genoux devant lui, en tenant leurs mains et leurs yeux élevés vers le ciel , en lui dressant des aulels et en lui offrant des sacrifices , comme faisait l'innocent Abel. Ce qui s'est depuis continué et augmenté dans la suite des temps dans les hommes justes et craignant Dieu , comme on le peut Voir par unfe infinité d'exemples dont toute la sainte Ecriture est remplie.

Nous voyons même dans les histoires profanes que les gentils usaient de plusieurs différentes cérémonies dans le culte sacrilège de leurs idoles , parce que le démon qu'ils y adoraient , et qui persévère toujours dans l'orgueil et l'insolence qu'il a eue dès le commencement , de vouloir usurper Ihonneur et l'adoration qui est due au vrai Dieu , sachant que ce culte extérieur, qui est la marque de l'adoration intérieure , n'appartient qu'à l'être souverain , se faisait adorer à son imitation avec des cérémonies extérieures qu'il leur ordonnait d'observer dans les sacrifices qu'ils lui offiaient.

La différence qu'il y a eu en cela , selon la diversité des états et des temps , est que dans l'état de la loi de nature , Dieu n'ayant éta-

(1) Corde enira credituv ad justitiam , oie auteni confessio fit ad salutem. {Rom, 10. 10.)

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