LIVRE IV, CHAPITRE XI. é'sî
bli aucune loi écrite ni aucun culte particulier, chacun suivait en cela le mouvement et rinspiration intérieure, par laquelle il lui faisait connaître la manière dont il voulait être honoré et adoré. Mais le même Seigneur ayant depuis donné à son peuple la loi écrite , la principale partie de ses divines ordonnances fut particulièrement employée à leur marquer les différentes cérémonies qu'ils doivent observer dans leurs sacrifices , et avec lesquelles seules il voulait être adoré. Il leur marqua aussi tous les différens ministres qui devaient exercer les choses qui regardaient le culte de ses autels, comme les prêtres , les lévites , les chantres , les portiers , les exorcistes , et plusieurs autres , distribuant à chacun son propre ministère , et leur ordonnant à tous , sous de rigoureuses peines , de s'acquitter exactement de ce qui regardait leur propre devoir, sans rien entreprendre sur celui d'autrui. Tout cela se voit clairement expliqué en détail dans les livres de la loi , et spécialement daiis le Lévitique et le Deutéronome,
III. Et bien qu'il soit vrai que tous les préceptes de la loi qui ordonnait toutes ces cérémonies soient maintenant abrogés par TÉvangile, et qu'il ne soit plus nécessaire ni même permis de les observer, depuis ique nous en avons d'autres meilleurs , plus convenables et plus proportionnés à l'état et à la perfection de la loi évangélique, que l'Eglise, instruite et gouvernée par le Saint-Esprit , a saintement établis , après les avoir reçus par tradition de Jésus-Christ même et de ses saints apôtres ; et encore que dans la suite des temps il soit arrivé en particuHer divers changemens en plusieurs de ces cérémonies , il est néanmoins très-certain en général que Jésus-Christ s'en est servi de quelques unes , selon qu'elles étaient convenables au temps , au lieu et à sa personne. Ainsi nous voyons dans l'Evangile qu'il a quelquefois prié à genoux, comme dans le jardin, la veille de sa passion ; quelquefois debout , comme lorsqu'il fit sa prière après la cène ; d'autres fois en se prosternant le visage contre terre , ou en levant les yeux vers le ciel. Lorsqu'il institua le saint Sacrement , après avoir achevé la cène et les cérémonies de l'ancienne loi , pour commencer celles de la nouvelle , il lava premièrement les pieds à ses apôtres ; puis s'étant assis à table , il prit le pain dans ses mains, leva les yeux au ciel , rendit grâces à son Père , et ayant béni le pain , il le consacra^ le rom|jil et le distribua à ses disciples. Voilà quelles furent les cérémonies qu'il esiima être propres pour le temps , poiu- le lieu et pour la saison . *
Après que Jésus-Christ fut monté au ciel , les apôtres ayant reçu le Saint-Esprit , commencèrent aussitôt à user de cérémonies dans le mystère de la messe , et ordonnèrent celles que l'on devait garder pour le célébrer. Cela se voit dans les anciennes liturgies qu'ils composèrent , et dans celle du pape saint Clément {lih. 2 Constit. apost. can. 61), disciple et successeur de saint Pierre, et par plusieurs décrets des premiers pontifes et des anciens conciles , qu'il serait trop long et même inutile de rapporter ici , y ayant plusieurs auteurs qui traitent à dessein ce sujet dans les expositions de la messe. Et nous voyons , dans l'épître aux Corinthiens , que l'apôtre ordonne que les femmes soient voilées dans l'église et les hommes découverts ; et un peu après , dans le même chapitre , il ordonne encore plusieurs choses touchant l'ordre et la bienséance avec laquelle on se devait assembler pour communier; puis il ajoute : /e réglerai les autres choses lorsque je serai venu (1). Or, il est certain que ce n'était point les choses essentielles aux sacremens qu'il devait régler et ordonner; puisque Jésus-Christ les avait ordonnées , et qu'il n'y avait que lui seul qui le pût faire. Il ne s'agissait donc que d'établir quelques cérémonies touchant l'usage des sacremens ; et ainsi il est évident que les cérémonies de l'Eglise en général sont très-anciennes , et qu'en particulier il y en a plusieurs que nous avons reçues par tradition de Jésus-Christ et des upùlres, et que nous tenons les autres des souverains pontifes qui leur ont succédé , et des anciens conciles de l'Eglise.
IV. C'est une chose très-certaine et très-conforme à la vraie raison, que Dieu devant être honoré par des cérémonies extérieures, à cause de la nature des hommes qui sont corporels , il n'était pas convenable qu'il fût Ubre à chacun de s'acquitter de ce devoir eu sa manière et à sa volonté ; parce que la grande diversité de cultes et de cérémonies qu'il y aurait dans l'Eglise, aurait donné occasion à une iutinilé d'erreurs, d'ignorances et de superstitions très-pernicieuses. Mais cela devait être ordonné et établi par la loi de la sainte Eglise et par les ordonnances et les réglemens de ses ministres , comme un auteur grave de ce siècle Ta sagement remarqué en ces termes : « Ces cérémonies sont fondées sur ces paroles de saint Paul : Que toutes choses se fassent dans la bienséance et avec ordre. C'est pourquoi il faut qu'il y ait un ordre établi par l'Eglise dans toutes les
{!) CcCtera cum veneio disponam, (1 Cv)-. 11. 34.)