LIVRE IV, CHAPITRE XI
choses qui regardent le culte extérieur de la religion , même à l'égard des plus petites. Car si on les laissait à la disposition de chacun , il se ferait une infinité de choses sans règle et contre la bienséance. Et d'ailleurs, TEglise, qui n'estime pas qu'il y puisse rien avoir de petit dans un si haut et si auguste mystère , ne peut pas souffrir que la moindre des choses qui le concernent se fasse sans une attention grave et respectueuse. Ce qui s'allie parfaitement avec cette parole de saint Cyprien : On doit avoir soin de plaire à Dieu , même dans ses habits. Ajoutez à cela que l'uniformité que garde l'Eglise dans toutes ces choses extérieures , donne plus d'éclat à la dignité ecclésiastique , et rend l'unité de l'Eglise plus recommandable, aussi bien que le soin et la vigilance des pasteurs (1). »
Il semble , à le bien considérer, que Dieu ayant autrefois déterminé par des lois si expresses et si particulières , les cérémonies avec lesquelles il voulait être honoré dans les sacrifices de la vieille loi , il était bien juste qu'il y eut aussi d'autres semblables lois proportionnées aux divins mystères de l'Evangile, comme il y en a en effet qui sont étab'ies par l'Eglise pour les cérémonies de la messe et ponr les autres choses qui regardent le cidte et !e service de Dieu. Tous les prêtres et les fcclésiastiquessont obligés à l'entière et exacte observance de ces règles et de ces lois, en sorte que l'omission ou le violement d'une seule, quelque petite (lu'elle soit, est ;iu moins un péché véniel ; je dis pour le moins, parce que, selon la manière de parler des théologiens , la faute que l'on commet en cela est en soi un péclié mortel ; mais elle peut n'être aussi qu'une faute vénielle , étant considérée par rapport à la petitesse de la matière ou du sujet en quoi on pèche , ou pour d'autres causes qui ont coutume de rendre seulement véniels les péchés qui de leur nature étaient mortels.
V. Si quelqu'un trouve que c'est être trop sévère de dire que
(J) Hi litus fundantur in illis verbis Pauli, 1 Cor. 14: Oinnia secundimi ordinem fiant in lobis^ et ideo opoitet in his omnibus, etiam niinutissiniis , ceilum oïdinem ab Ecclesia constitni , tum quia si bœc lelinqiicientur uniuscujusque aibitrio , niulla indecore et iniprudeiiter fièrent : tum etiani quia existiniavit Ecclesia , in tani alto et sacio ministciio nihil esse levé existimandnm,quoniinus maxinia decentia et giavitale fiât. L'bi optinie quadrat ilkul C>priaui in expositione Orationis domiiiicœ : placendum est divinis oculis etiam in babitu corporis. Denique quia ba;c uniforniitas, quœ in bis omnibus seivatur, ad splendorem oflicii ecclebiastici speclat , et unitateni Ecclesiae comuiendat et pastoiuin ejus curam ac sol- Ucitudineni. {Suar,, tom, 3 j dist. 84 ^ sect, 1.) ,
l'omission ou le violement de la moindre chose qui rp.gardé les cérémonies , ou la moindre faute qu'on y commet par négligence ou par mépris , comme changer ou mal prononcer quelque parole , est un péclié et une oflense devant Dieu , qu'il sache que ce n'est point une sévérité ni une exagération , mais une vérité propre et certaine; et pour le bien entendre, considérez combien il faut peu de chose pour faire un péché véniel. Il n'y a personne qui ne sache qu'une parole ou une pensée indifférente , qui n'a point en soi d'autre vice que celui d'être inutile, est quelque chose de bien plus léger et moins important que les fautes dont nous parlons, et qu'on s'y laisse aller avec plus de facilité ; et néanmoins l'Evangile nous aprend qu'une parole inutile est un péché , et que nous en rendrons compte au jugement de Dieu. Pourquoi donc ne croirons-nous pas que les fautes que l'on commet en un sujet où il n'y a rien qu'on doive estimer léger, et qui ne demande une circonspectiun et une exactitude extrême , sont des péchés dont Dieu nous fera rendre compte avec d'autant plus de rigueur, qu'ils regardent le plus haut et le plus sacré de tous les mystères ? On doit juger de même des péchés que l'on commet par omission ou par ignorance , et qui nous sont souvent inconnus. Nous voyons dans la sainte Ecriture que Dieu nous menace souvent de la punition qu'il en fera en son jujjement , et néanmoins on ne peut douter qu'ils ne soient beaucoup plus légers et plus excusables que ceux que l'on commet dans les plus petites choses qui regardent les cérémonies des saints mystères.
Et afin qu'on ne m'impute pas la sévérité de cette doctrine , et que l'on sache qu'elle est véritable et solidement appuyée , j'ai cru qu'il était à propos de la faire voir dans les auteurs les plus graves et les plus savans théologiens qui en ont traité à fond et avec le plus d'étendue. Ce sera une consolation pour ceux qui liront ceci de l'apprendre par leurs propres paroles. 11 est juste qu'on se rapporte à eux de ces choses qui regardent l'école de la théologie. C'est pour cela que nous ferons parler ici le docte et célèbre Suarez , qui a sagement traité ce sujet des cérémonies de la messe. Cet auteur fait deux demandes : l'une est de savoir si les prêtres sont obligés d'observer en célébrant la messe tout ce qui est prescrit et ordonné dans le Missel et dans le Rituel ordinaire; et l'autre, jusqu'où va celte obligation d'observer et d'accomplir toutes ces règles et ces cérémonies , et il y répond ce qui suit :
« Je dis premièrement que les prêtres sont tenus d'observer entiè-