‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 19 sur 331 · LIVRE II," CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE II," CHAPITRE XXXV

voir lie la langue aux ministres des autels ; elle en corrompt Tintégrilé , et les force en mille rencontres , ou à absoudre le crime ou à favoriser l'erreur ; tout au moins à retenir la vérité captive , lorsqu'ils devraient, comme dit Jésus-Christ, la faire retentir jusques sur les toits (1).

IV. D'où vient qu'une infinité de ministres prolestans sont attachés à l'hérésie , la prêchent contre leurs propres lumières , et lui servent de remparts pour se maintenir comme dans un fort armé contre l'Eglise de Jésus-Christ ? C'est que leur intérêt est attaché à leur erreur, et leur fortune à leur perverse doctrine. Un émolument présent les fait parler; un plus grand émolument les ferait taire : mais comme il ne se présente pas à eux hors du sein de l'hérésie , c'en est assez pour les y retenir, et pour les faire toujours pencher du côté de la croyance où ils trouvent à satifaire^^leur cupidité : au lieu que , tout intérêt mis à part, ils tiendraient aussi un tout autre langage ; Ms penseraient et parleraient en hommes libres , ce qu'ils ne sauraient faire , dès qu'ils ne sont pas à lépreuve d'un gain , et qu'un emploi plus ou moins lucratif suffit pour les faire passer du mensonge à la vérité , et de lu vérité au mensonge.

D'où vient que, sans sortir de l'Eglise catholique , tant d'ecclésiastiques revêtus , comme dit saint Paul , des dehors de la piété , mais renonçant à ce qu'elle a de solide , s'insinuent de maison en maison (2) , pour y débiter secrètement leurs erreurs , et s'égarer euxmêmes en égarant les autres : tandis que d'autre part tant de pasleurs chargés de les reprendre et de les corriger^ sont comme autant de sentinelles endormies , que la clameur et les ravages de l'erreur ne sauraient éveiller ? C'est que les uns et les autres cherchent à s'enrichir dans la milice de Jésus-Christ ; ceux-là , secrètement soudoyés par l'homme ennemi , sèment à pleine main l'ivraie dans le champ du père de famille ; ceux-ci , au contraire , le laissent impunément ravager, ou pour quelque intérêt secret qui les retient dans Tinaction , ou par la crainte d'ennemis puissans , qui , connaissant leur faible , n'ont qu'à les menacer de donner atteinte à leur temporel , pour leur fermer la bouche.

Ainsi en ira-t-il du confesseur au pénitent , s'il se laisse honteusement captiver par l'avarice. Son intérêt particulier- l'emportera bien- Ci) Matth. 20. V. 27.

(2) Timoth. «, 3. V. 5. 6.

lôt'sur ceux'de la justice de Dieu. Les présens ou l'argent feront infailliblement pencher la balance en faveur du coupable , dès que le coupable saura donner, et qu'on accpplera ses dons : lui-même dictera Tarrôt de sa réconciliation ; lui-même prononcera sur la peine due à son crime : dès qu'il est riche et libéral , de criminel qu'il est, il devient son propre juge , ou tout au moins un homme à qui l'on doit de rindulgence à proportion de ses bienfaits. La crainte de l'éloigner par un juste refus d'absolution fait manquer de fermeté au confesseur, plutôt que de paraître manquer de reconnaissance; et dans le tribunal le plus indépendant, il montrera une âme, non seulement lâche , mais vénale , qui achète une poignée de bien au prix du sang de Jésus-Christ même.

Ainsi dans la chaire de vérité un ministre de la parole , intéressé et reconnu pour tel, n'osera-t-il déclamer contre l'avarice, parce qu'il en est lui-même atteint , que les actes en sont sensibles , et qu'on pourrait lui dire avec raison : Médecin, guérissez-vous vous-mcme {\). S'il croit qu'en attaquant le vice du siècle , ou en combattant l'erreur dont ses auditeurs sont infectés , ils feront sentir leur chagrin par le retranchement de quelquhonoraire , c'en est assez pour lui faire épargner, et ce vice favori qu'on aime, et cette erreur du temps qu'on adopte ; il n'osera les attaquer dans un long cours de sermons , ni même les nommer. En vain Dieu lui a-t-il ordonné d'annoncer à l'hérétique qu'il mourra dans son erreur, et à l'impie qu'il périra dans son impiété : en vain lui a-t-il intimé que , s'il se lait nonobstant ces ordres, il répondra corps pour corps, âme pour âme , de ceux qui se perdront pour n'avoir pas été instruits dans la chaire de vérité ; son intérêt secret l'emportera sur le devoir : au risque de la perte de ses auditeurs, il épargnera leur faible, de peur qu'ils ne le prennent lui-même par le sien -, il traitera même sa conduite de prudence, tout inconnue qu'elle ait été aux apôtres et aux prophètes : et , quoiqu'elle n'ait pour principe qu'une molle condescendance, fruit malheureux de sa honteuse avidité , il osera entreprendre de la justifier. A quoi bon , vous dira t-il , révolter tout un auditoire , lorsqu'on a d'ailleurs tant d'aiiires matières sur lesquelles on isl l'avorablement éconté ? Il est des vérités qui choquent, comme il y a des erreurs où Ion se phiit. (^est sagesse par conséquent de laisser à l'écart les unes et les autres, de savoir taire ce qu'on ne veut pas

0) Luc. 4, 23.

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