‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 20 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXXV. SI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXXV. SI

entendre, et de fermer les yeux sur ce qu'on a résolu de ne pas corriger.

Criminel silence , s'il eu fut jamais ! honteux esclavage , où l'esprit d'avarice réduit un ministre de la parole , en étouffant dans lui cet esprit saintement libre , dont tout prédicateur de lEvanglle doit se piquer ! Placé, en effet, dans la chaire ou dans la maison du Seigneur, un homme ennemi de t fute exaction dans l'exercice de son miiiislère, ne connaîtra point tous ces honteux ménagemens. Interprète de la loi , sans l'affaiblir ni la taire , il ne dépend de personne dans ses redoutables fonctions , parce qu'il est exempt de toute vue de gain , et qu'il n'espère rien de ce qui peut lui être refusé. Dieu lui ordonne de parler d'annoncer sa loi; quelqu'opposée qu'elle soit à l'orgueil de l'esprit, et à tous les mouvemens du cœur de l'homme , il n'a garde de la déguiser -. malgré la délicatesse du siècle, il lui représente ses vices avec liberté parce qu'il ne dépend point de lui, et qu'il est aussi supérieur à ses richesses, que peu jaloux de sa faveur. Tout lui est sacré dans la loi qu'il annonce , et les vérités spéculatives que l'Evangile enseigne , et les vérités pratiques; et celles que l'on conçoit, comme celles qu'on ne conçoit pas; et celles que nous goûtons, comme celles que nous ne goûtons pas; et celles dont tout le monde est d'accord , comme celles dont on dispute. En un mol , parfaitement libre dans son ministère, rien ne l'arrête : ilse prèle tour àlourau bon et au mauvais plan , toujours sans politique avec l'erreur , comme sans indulgence pour le vice , parce qu'il n'attend rien pour lui, ni de l'un ni de l'autre.

Portez maintenant cet homme de la chaire de vérité au tribunal de la réconciliation; le pauvre atout au moins autant d'accès auprès de lui que le riche , quoiqu'il soit hors d'état de reconnaître ses services et de payer la moindre de ses attentions. Nulle acception de personne : il regarde de même œil, comme le veut saint Jacques, et l'homme qui a un anneau d'or ou un habit éclatant , et celui qui vient h son tribunal avec un habit malpropre (1). La reconnaissance n'entre pour rien dans rcxercice de ses devoirs : il ne pèse point au poids de l'or qu'il a reçu ou qu'il attend, les jugemens qu'il est chargé de rendre. La religion et la raison décident seules dans ses arrêts, et non la gratitude ou l'inclination. Parfaitement dégagé de toutes vues charnelles , il ne connaît ceux qui sont à ses pieds que sous le

(1) Jacoi. jEpist, c. 2. v. 2.

titre de pénitens; il les reprend avec douceur; il les exhorte avec zèle , il les presse avec une généreuse liberté de rentrer dans le devoir, et ceux-ci ne peuvent ni désapprouver ses avis ni se plaindre de ses remontrances. Enfin , moins il a les mains liées par l'intérêt , plus il est maître d'accorder ou de refuser grâce au nom du souverain juge dont il lient la place ; plus il se voit à l'abri , et des remords de sa conscience , et des reproches des pécheurs qu'il tâche gratuitement de convertir.

Heureuse indépendance ! "qui met un ministre des' autels en état d'aller, pour ainsi dire , tête levée et de montrer de la formeté dans tout ce qui a rapport à son ministère ! On ne saurait lui reprocher qu'il se rend à l'église pour un gain sordide, comme saint Bernard en taxait les ecclésiastiques de son temps , qui chantaient les offices divins, célébraient la messe , et administraient les sacremens uniquement pour de l'argent (1). Son zèle pour la maison du Seigneur peut paraître hardiment, et, éclater en mille rencontres^ où celui d'un avare paraîtrait suspect; et tandis que celui-ci ne peut gagner des âmes à Dieu , parce qu'il n'a de mouvement et d'ardeur que pour un gain frivole et périssable ; celui-là , au contraire , est en état de faire à Dieu les conquêtes les plus glorieuses , et de travailler utilement pour le bien spirituel du prochain , parce qu'il n'a nullement en vue son temporel.

De tout ce que nous avons dit, concluons, avec saint Paul écrivant à Timothée , que le caractère d'homme de Dieu, et plus encore d'homme apostolique , est absolument incompatible avec l'attachement aux biens du monde ; et que le monde honore , écoute et suit sans peine un pasteur qui , uniquement occupé à faire un riche fonds pour le ciel , se porte à ce qui est de la justice , de la piété , de la foi et de la charité (2).

(i) Propter hoc fréquentant ecclesias , missas célébrant , psaluios décantant, {Bernard. Serm. 6. in Psal, 90.)

(2) Tu autem, ô honio Dei... seclare... justitiam, pielatem, fideni, charitatem, etc. (1 ai Timoth, 6. 11.)

Page 1