‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 190 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII

gardent son service, et l'exirême sévérité avec laquelle il en punit le violement, et jusqu'aux plus petites fautes qu'on y commet, nous fassions gloire de nous en acquitter d'une manière digne de la grandeur de notre ministère; c'est-à-dire avec toute l'application, la vigilance , la ponctualité , le soin , la gravité , la vénération et la bienséance qu'on y peut humainement apporter. Ce qui ne se doit pas faire par la crainte'du châtiment ; car, encore qu'il soit de la justice et de la prudence d'avoir cette crainte , il n'est pas néanmoins raisonnable que ceux qui sont dans une si haute et si excellente dignité l'exercent par un motif si bas et si servile. L'état où Dieu a élevé les prêtres est le plus saint, le plus éminent et le plus parfait oîi un homme puisse arriver, puisque c'est à eux particulièrement que le Sauveur du monde a dit avec tant de bonté : Je ne vous appellerai plus maintenant serviteurs^ mais je VOUS appellerai mes aitiis (1) ; et qu'il leur confie en effet ses plus grands secrets et ses plus hauts et plus augustes mystères. Il est donc juste qu'ils fassent gloire de bien soutenir ce titre si éminent et si honorable , qu'ils répondent à un si grand excès d'amour par un grand amour , à une si grande grâce par une digne reconnaissance , à de si grands et si, divins mystères qui leur sont confiés par un culte et une piété très-grande, et par de très-profonds respects.

Il ne faut que jeter les yeux sur la conduite qu'on tient dans le monde en des choses qu'on ne doit regarder que comme des bagatelles et des formalités vaines et inutiles, pour y apprendre ce que nous devons faire pour des choses aussi grandes et aussi divines que le sont les mystères et les cérémonies de l'Eglise. Considérez dans toutes les cours des rois combien les officiers qui approchent de plus près leurs personnes font gloire de porter les marques de leurs charges, et de les exercer avec honneur; combien ils sont soigneux de se trouver à leur lever et à leur coucher , et de les servir à table ; avec quels respects et quelle soumission ils exercent envers eux les devoirs et les fonctions de leur ministère ; combien ils sont curieux d'en savoir exactement toutes les cérémonies , et avec quelle circonspection et quelle ponctualité ils les observent? On n'y manquerait pas en un seul point pour quoi que ce soit; tout s'y fait par ordre, par règle et par mesure. On y sait exactement en quelle posture on se doit tenir, et quelles démarches chacun doit faire selon

(1) Jatu non dicam vos serves , scd amicos. (Jounn, 15. 15.) II. 22

son rang et sa qualité : en quels termes et jusqu'où il doit faire paraître sa déférence et sa soumission , et mille autres semblables mesures que l'on garde inviolablement à l'égard des princes et des personnes royales. Ce qui devrait bien nous apprendre quelle circonspection , quel soin , quelle vigilance , quelle application et quelle exactitude nous sommes obligés d'apporter à l'observation entière des cérémonies qui regardent le culte et le service de Dieu même , qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (1), devant qui tous les anges et tous les saints et les esprits bienheureux sont dans une très-continuelle et très-profonde adoration. Qu'ils le louent donc sans cesse avec nous de ce que , dans sa grandeur et sa majesté suprême , il daigne se servir de si basses et si viles créatures telles que nous sommes pour célébrer de si hauts et si souverains mystères.

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