LIVRE IV, CHAPITRE XIII
lu, dans je ne sais quels livres, que les prêlres doivent prendre garde de n'être pas trop longs et pas trop ennuyeux en disant la messe, et de n'y employer qu'un temps convenable, ont inféré de là qu'ils sont obligés de s'accommoder au goût et à la disposition de ceux qui assistent à la messe, et préférer leur satisfaction à la raison, aux règles de l'Eglise, à la bienséance qui est due au culte de Dieu et à mille autres semblables obligations. C'est pourquoi j'ai estimé que ce n'était pas assez d'avoir montré en général l'obligation qu'ont les prêtres d'observer avec une pieuse exactitude toutes les cérémonies de la messe ; mais qu'il était encore à propos de traiter en particulier de l'espace de temps qui est nécessaire pour s'en acquitter d'une manière digne d'un si saint et si auguste mystère.
I. Exposition du doute et des raisons sur lesquelles on les prétenA appuyer. Le doute est de savoir s'il vaut mieux être court que long à célébrer la sainte messe. Les raisons de douter qu'on allègue sur ce sujet sont si frivoles et si ridicules, qu'elles ne méritent pas d'être écrites. Il y en a seulement une qui a quelque force en apparence,et dont ceux qui sont dans ce doute font beaucoup d'état. La charité, disent-ils, le doit emporter sur toutes les autres choses , comme étant la reine de toutes les vertus. Si donc ceux qui entendent la messe s'ennuient d'ordinaire lorsqu'elle est trop longue, s'ils en reçoivent de l'incommodité à cause de leurs affaires et de leurs occupations , et même du scandale , cette longueur leur étant un sujet de s'impatienter et de murmurer contre le prêtre , n'est-ce pas une chose qui semble très-conforme à la charité , que le prêtre soumette sa propre satisfaction et sa dévotion particulière à la nécessité d'éviter tous ces dégoûts , ces ennuis et ces incommodités que le prochain en souffre ?
Pour résoudre cette question , il faut d'abord séparer les choses claires et certaines de celles qui sont incertaines et douteuses. Je suppose donc comme une vérité claire , constante et dont on ne peut douter, que la messe a une certaine durée déterminée, ou un certain espace intérieur et essentiel , dont on ne peut rien retrancher sans être en faute. Cette proposition générale est très-certaine, parce qu'il est commun à toutes les choses créées d'avoir leurs bornes et leurs limites. Personne ne doute qu'il ne faille beaucoup plus de temps pour réciter tout le livre des Psaumes que pour en réciter un seul, pour célébrer une messe que pour dire un Pater i c'est donc une nécessité que la messe ait un certain terme et un certain espace
de temps déterminé, qui lui soit propre et essentiel, et duquel on ne puisse rien retrancher; or, la diflicullé est de savoir quelle est cette durée et cet espace de temps. C'est à quoi l'on répond par la conclusion qui suit.
IL Conclusion générale par laquelle on satisfait au doute proposé. Tous les prêtres sont obligés d'employer à la célébration du saint mystère de l'autel un espace de temps commode et suffisant pour trois choses : 1° pour bien et distinctement prononcer tout ce qui se doit dire à la messe; 2° pour y observer toutes les cérémonies ordonnées par l'Eglise, avec toute la bienséance et la gravité convenables ; o" pour y pouvoir conserver une attention et une présence d'esprit actuelle à tout ce qu'on y dit et qu'on y fait.
Expliquons maintenant chacune de ces choses en particulier. Quant à la première, il est indubitable que tout ce que l'on récite à la messe doit être prononcé d'une manière grave et distincte , et que c'est pécher contre le respect et la révérence qui est due au saint mystère , de se trop précipiter dans ses paroles et de ne les prononcer qu'à demi en les étouffant dans sa bouche , ainsi qu'il a déjà été montré ; on doit se proportionner en cela à la gravité et à l'importance des choses qu'on lit et qu'on prononce. On peut parler vite et à la hâte en déduisant le fait d'un procès , parce qu'il suffit d'en bien entendre la substance et le fond; mais on ne prononce pas de même une harangue devant un roi. On lui parle avec un poids et une gravité proportionnée à sa grandeur et à l'importance du sujet que l'on traite avec sa majesté. Et si quelqu'un était assez malavisé pour lui parler sur des affaires importantes avec l'air et le ton précipité d'un clerc ou d'un greffier qui lit quelques écritures qu'il a faites ou copiées, on le rejetterait comme un fou , parce que sa manière de parler serait contraire à la bienséance et à la gravité que demande la dignité de la personne à qui il parlerait et à l'importance des affaires qu'il traiterait avec elle.
Toute la règle que donnent les théologiens et les canonistes touchant la manière de réciter tout ce qui se doit dire à la messe, consiste précisément à proférer chaque parole avec tout le poids et la gravité avec laquelle on parle d'ordinaire à un roi ou à un prince sur des affaires de haute importance. La moindre faute qu'on commet contre cette règle est au moins un péché véniel.
On doit entendre de même la seconde chose pour laquelle il faut employer à la messe un temps commode et suffisant. Car tout prêtre