‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 193 sur 331 · LIVRE IV, CUAPITRE XIH · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CUAPITRE XIH

étant obligé d'observer et de pratiquer poncliiellement toutes les cérémonies ordonnées dans le Missel pour célébrer le saint sacrifice , ainsi qu'il a déjà été prouvé , il est évident qu'il y doit donner pour cela tout le temps qui est nécessaire pour le bien faire. Et ce que nous avons dit de la manière de réciter et de prononcer les prières et toutes les paroles de la messe , qui est de le faire avec toute la bienséance et la gravité convenables et proportionnées à la grandeur et à la sainteté du mystère , se doit aussi entendre de l'observation des cérémonies ordonnées par l'Eglise pour le célébrer ; car la nature même des choses veut que les moyens soient proportionnés à la fin pour laquelle ils sont ordonnés. Toutes ces cérémonies n'ayant donc été ordonnées que pour signifier et représenter de trèshauts et très-augustes mystères, et étant même des actes de ce culte , auquel les Grecs ont donné le nom de Latrie , par lesquels nous rendons immédiatement à la suprême majesté de Dieu les hommages et les adorations qui lui sont dues , il est constant qu'on les doit exercer avec toute la bienséance et le respect que demandent des choses si sublimes et si adorables ; et c'est à quoi sont destinées les cérémonies de l'Eglise , sans l'observation desquelles on ne peut pas célébrer les divins mystères , sans les exposer à la risée des impies et des hérétiques , sans donner du scandale. et ôter la dévotion à ceux qui les voient célébrer à la hâte , et contre le respect et la bienséance qui leur est due , et sans offenser Dieu même au lieu de l'honorer.

La troisième chose pour laquelle il est encore nécessaire d'employer un espace de temps suffisant et convenable à la célébration du saint mystère de la messe , est afin de pouvoir conserver en le célébrant une continuelle attention à tout ce que l'on y dit et ce que l'on y fait. Cette condition paraît un peu rigoureuse , mais elle n'est pas moins véritable et nécessaire que les deux autres. 11 n'y a personne qui ne convienne que le prêtre est obligé d'avoir toute l'attention possible à ce qu'il fait et à ce qu'il dit à la messe, et que ce serait un péché mortel et très-grand s'il négligeait volontairement de s'y appliquer. Lors donc qu'il n'emploie pas à la célébration de la messe l'espace de temps qui est moralement suffisant et nécessaire pour avoir cette atiention et celte présence d'esprit à tout ce qu'il y fait et qu'il y dit , il fait la même faute que celui qui se laisserait aller à des distractions volontaires , puisqu'il se met volontairement dans une impuissance morale d'apporter à ce saint mystère toute l'attention qui lui est due.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici est certain et incontestable , et oblijje {Généralement tous les prêtres , de quelque état , qualité , ou condition qu'ils soient , en tout temps , en tout lieu , en toutes occasions, et sans aucune exception. De sorte que nul ne peut se dispenser, pour quelque cause ou prétexte que ce soit , d'employer à dire la sainte messe un espace de temps suffisant pour pouvoir lire et prononcer distinctement et avec révérence tout ce qui s'y doit dire , pour y pratiquer toutes les cérémonies ordonnées avec toute là bienséance convenable , et pour rapporter toute l'attention qu'on doit avoir à tout ce qu'on y fait et qu'on y récite ; parce que , comme il a déjàeté montré , cet espace de temps est intérieur, essentiel et nécessaire pour faire dignement une action si sainte et si divine.

III. Je ne doute point qu'il ne prenne envie à quiconque lira ceci de savoir quelle est donc précisément la quantité de temps qui est nécessaire pour célébrer la messe ; mais c'est ce qu'on ne déterminera point ici , où l'on ne s'est proposé que de dire les choses que l'on sait certainement , et que l'on peut assurer comme des vérités de théologie. Or, on ne peut pas sur cette difficulté donner une règle certaine et générale pour toutes sortes de personnes. Il faut à l'un plus de temps et à l'autre moins ; mais il y a toujours cela de général et de certain , que chaque prêtre doit satisfaire aux trois conditions que nous venons de marquer, et voir combien de temps il lui faut pour cela ; et ce qu'il estimera lui pouvoir suffire pour s'en bien acquitter, sera justement ce qu'il sera obligé d'y employer (1).

Je, conseille à tous ceux qui liront ceci , et je les conjure par l'amour que nous devons avoir les uns pour les autres en Jésus-Christ , de considérer chacun en particulier tranquillement et sans passion

f (1) D'après Benoît XIV {Notif. 34, n. 30), Ligori (^Theol. lib. 6, tract. 3, c. 3, 11. 400), et le coniniun des bonr théologiens catholiques , l'on ne peut taxer de péché grave le prêtre qui met un quart d'heure à dire la messe ; supposé qu'il y apporte l'attention convenable , qu'il fait décemmeut toutes les cérémonies , et prononce bien toutes les paroles ; car tous sont d'accord que l'omission coupable d'une cérémonie intra missam , ou sa grave altération ne peut guère être excusée de péché grave , bien que cette cérémonie n'appartienne pas à une partie essentielle du sacrifice. Mais tous sont d'accord à accuser de péché grave un prêtre qui célèbre en moins d'un quart d'heure , quand même ce serait une messe peu longue, comme celle do Beata in sahhato , et encore qu'il n'omît rien , parce qu'il y a irrévérence grave à traiter si, légèrement un sacrement si auguste.

Ces mêmes théologiens estiment qu'il est convenable de ne pas mettre plus d'une demi-heure à célébrer une messe basse , à cause des assislans.

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