‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 197 sur 331 · LIVRE IV, CUAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CUAPITRE XIV

d'une piété très-louable , de se porter, autant qu'il est possible , à l'extrémilé contraire, et qu'il est juste que les personnes vraiment religieuses , et qui ont dans le cœur un véritable amour pour l'honneur et le culte de Dieu , s'opposent de toutes leurs forces à celte malheureuse coutume , et s'appliquent soigneusement à la détruire par une contraire.

II. Tout ce qui a été dit dans celte conclusion suppose que l'on doit toujours garder les lois de la prudence , qui veut que l'on s'accommode en toutes rencontres au temps , au lieu et aux autres semblables circonstances , autant que les choses mêmes le souffrent.

Considérons par exemple ce que doit faire un curé qui est obligé de dire la messe pour ses paroissiens , et qui sait qu'ils ne la peuvent aller entendre ailleurs que dans leur église. S'il s'aperçoit qu'une trop grande longueur les incommode , et soit à quelques uns une occasion de ^ne point entendre la messe , il doit préférer leur commodité à sa dévotion particulière, et s'accommoder à leurs besoins autant qu'il le peut faire , sans manquer aux conditions que nous avons marquées comme nécessaires pour la bien dire. De même aussi les religieux qui sont obligés à des exercices réglés et à des devoirs de communautés, doivent s'accommoder de telle sorte à toutes ces obligations , qu'ils y satisfassent toujours, sans rien retrancher du temps qui est essentiellement nécessaire pour célébrer les saints mystères dignement et comme ils doivent; car nous ne parlons ici que du temps que chacun y peut mettre de plus selon sa volonté et sa dévotion, auquel par conséquent on doit toujours préférer celui qui est d'obligation. Ce sont ces cas et d'autres semblables que nous croyons devoir être exceptés de cette conclusion et de cette règle générale , et dans lesquels nous devons suivre la vraie prudence qui règle toutes les actions de vertu, et sans laquelle elles sont toutes défectueuses.

C'est cette prudence qui oblige aussi généralement tous les prêtres qui célèbrent le saint sacrifice dans les églises où il va beaucoup de monde , à n'y pas être extraordinairement longs ; ce qui se doit entendre d'une longueur excessive, comme d'une heure ou d'une heure et demie , et non pas de celle que les gens du monde appellent une longueur extrême , quoiqu'elle ne le soit pas en effet , mais seulement par rapport à la mauvaise coutume contraire et à leur peu de piété , qui font qu'ils y assistent comme à une action indifférente et passagère. Car, selon cet abus et leur mauvaise disposition, les

messes les plus courtes que Ton peut dire en observant toutes les conditions nécessaires pour le bien faire, sont toujours d'une Ion;;ueur excessive. C'est pour eux un ennui mortel de demeurer seulement une demi-heure à entendre la messe , et ils passent souvent plusieurs heures, et quelquefois même tout le jour en des impertinences et des niaiseries ridicules.

Pour marquer plus particulièrement ce que j'entends par une longueur de temps e^ccessive , je dis que quand la messe ne dure que trois quarts d'heure ou près d'une heure , pourvu qu'elle n'aille point au delà, ce n'est point une longueur excessive ; car, encore qu'on la puisse célébrer en moins de temps, le prêtre ne doit pas pour cela se restreindre à toute la brièveté possible ; mais il se doit donner quelque espace de temps libre et volontaire , en sorte qu'il puisse exercer son ministère tranquillement et avec toute la gravité qui convient à une action si sainte et si vénérable.

C'est véritablement une chose bien insupportable et une tentation visible du démon , que tant de personnes qui n'ont rien à faire , et qui passent à leur aise et sans ennui plusieurs heures à des entretiens frivoles et inutiles , à des bagatelles et des niaiseries , au jeu , à des médisances et à d'autres occupations semblables , et peut-être pires , ne puissent entendre^a messe , sans compter tous les momens qu'elle dure et sans se plaindre d'une trop grande longueur. Ils font bien voir par là qu'ils n'y assistent pas tant par un véritable esprit de dévotion , que pour garder quelque bienséance selon le monde. Car les personnes qui se piquent d'honnêteté et qui sont un peu au dessus du commun , se font un honneur d'aller tous les jours à la messe ; et cela est assurément très-louable et très-bon ; mais y assister avec si peu de dévotion , et s'y ennuyer si fort dans le peu de temps qu'on y emploie , en comparaison de celui qu'on perd en des choses vaines et inutiles , c'est un vice contre lequel le grand saint Augustin s'est élevé de son temps , par ces paroles : « Je veux me plaindre encore avec vous d'une chose qui est très-digne de nos larmes , c'est qu'il y en a quelques uns parmi vous , et même des plus puissans selon le monde , qui non seulement n'ont point de dévotion pour entendre les louanges de Dieu, lorsqu'ils viennent à l'Eglise, mais obligent le prêtre d'abréger la messe , et de chanter à leur fantaisie. La passion de contenter leur intempérance et leur avarice fait qu'ils ne lui permettent pas seulement de suivre l'ordre et la pratique de l'Eglise; ils donnent un moment à l'oflice divin , et destinent tout le reste du

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