CHAPITRE XV
Si les prêtres doivent abréger la messe ou s'efforcer de la dire proinpteiiient , pour s'accommoder au goût et à la disposition des assistans, et pour ne leur pas être ennuyeux et incommodes.
Nous avons déjà dit qu'il y a des personnes qui , pour donner quelque apparence de justice à la précipitation indécente avec laquelle on voit souvent célébrer le mystère adorable de l'autel, se ser-
(1) Adluic quoque, quod valde dolendum est, conqueri vobiscum volo , qiiod sunt aliqui , et maxime potentes islius mundi , qui dum veniuiit ad ecclesiam , non sunt devoti ad laudes Dei , sed cogunt presbytorum ut aljbreviet missam , et ad eorum libitum cantet; nec e; licet morem ecclesiasticum seqiii propter isforuin gulam et avaritiam ; qualenus unus punclus diei ad ofTicium et reliquum diurnum spatium sinuil cuui nocte ad eoium depuletui voluptates, {Auj, serm. 231 de tcmfore.)
vent du prétexte de se vouloir accommoder aux besoins et aux goûts du peuple, et de n'être pas ennuyeux à ceux qui y assistent; il est donc à propos d'y répondre ici et d'examiner à l'ond jusqu'où peut aller l'oblijjation qu'ont les prêtres de se conformer au goût et à la disposition du peuple ; et de préférer la satisfaction de ceux qui assistent à leur messe à leur dévotion particulière ; ce qui se doit entendre du temps qu'on y ajoute volontairement et pour le mieux , à celui qui est essentiel et nécessaire , et duquel on ne peut rien retrancher pour quelque cause que ce soit.
On n'entend pas non plus parler ici de ces messes qui sont efleclivement d'une longueur extrême et excessive , et qu'on doit pour cela se dispenser de dire en public, mais seulement de celles qui n'ont qu'une durée suffisante ,et proportionnée au respect et à l'attention qui doivent accompagner tout ce qui se fait et qui se dit dans la célébration d'un si saint et si auguste mystère.
Je dis donc , premièrement , qu'un prêtre ne doit pas croire que le juste loisir qu'il se donne pour célébrer avec le respect et l'attention qu'il doit , cause de l'ennui et du dégoût à ceux qui assistent à la messe ; car chacun est obligé de juger avantageusement de son prochain. Or , il est certain que c'est un grand mal de se faire un sujet de dégoût et d'ennui d'une chose qui est en soi très-bonne, très-vertueuse et très-louable , comme il a déjà été montré. Ainsi un prêtre qui célèbre la messe ne peut avoir cette pensée de ceux qui l'entendent sans violer le précepte de l'Evangile qui nous défend de juger les autres. Mais il doit juger au contraire que comme sa dévotion le porte à la dire avec beaucoup d'attention ;, de révérence et de loisir , les assistans sont aussi dans la même disposition pour l'entendre.
Mais on dira peut-être que celte pensée qu'on a pieusement pour le prochain , n'a point lieu en cette rencontre , parce que la plupart du monde se plaint assez hautement lorsqu'un prêtre est trop long à dire la messe. Et en effet, le monde est aujourd'hui si éloigné des choses de Dieu, et a si peu de retenue et de respect pour le culte de ses autels , que lorsqu'un prêtre se donne le temps et le loisir de célébrer saintement, dignement et comme il faut le très-adorable mystère de la messe , on entend la plupart de ceux qui y assistent se plaindre qu'il est ennuyeux et incommode , qu'il ne sait pas lire , qu'il n'est pas assez habile homme , qu'on le remarque bien pour ne le pas entendre une autre fois^ et d'autres semblables choses.