‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 200 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XV

Sur quoi je dis , en second lieu , qu'encore que le prêtre ait une cerlitude évidente de cette mauvaise disposition des assistans qui s'ennuient , se fâchent et s'impatientent de ce que la messe dure plus long-temps qu'ils ne voudraient , il ne doit pas laisser pour cela de la dire toujours avec tout le loisir et toute la quiétude que demande la dévotion que Dieu lui inspire. Cette conclusion n'étant considérée que superficiellement paraît un peu dure et sévère ; mais si l'on en pèse et examine bien la raison , on la trouvera évidemment certaine et constante en bonne théologie.

Saint Thomas traitant à dessein de l'ordre qu'on doit garder dans l'exercice de la charité (1) , dit qu'il y a des choses qui doivent toujours tenir le premier rang et être préférées aux autres, selon celte parole de l'épouse, c'est-à-dire de l'Eglise ou de Tàme sainte : Il a ordonné et réglé en moi la charité (2). Et ce qu'il établit dans sa conclusion , qui est suivie de tous les théologiens touchant cet ordre, est que Dieu doit tenir le premier et le principal rang dans la charité, qu'il doit être aimé sur toutes choses, et sans comparaison plus que toutes les créatures ; de sorte que tout ce qui regarde l'honneur et le culte divin doit être préféré indispensablement et sans contradiction à toutes les autres choses. Après Dieu chacun est obligé de s'aimer soi-même plus que son prochain , selon l'être spirituel, c'est-àdire son âme et les biens spirituels qui lui appartiennent. Et c'est en ce sens qu'il est vrai , selon le proverbe , que la charité qui est bien réglée est de commencer par soi-même , et d'aimer après soi les âmes et les biens spirituels des autres ; après lesquels on peut aimer ses propres biens temporels et ceux du prochain. Et à l'égard de ces derniers biens qui regardent le corps , on a la liberté de préférer les commodités, les avantages et les intérêts d'autrui aux siens propres ; ce qu'on ne peut pas faire à l'égard des biens spirituels de l'ûme ; car c'est de ces biens que Jésus-Christ a dit lui-même : Que servirait h l'homme de gagner tout le inonde^ même en ce qui regarde le bien spirituel des âmes, s'il laissait périr la sienne (.3) ?

Il est donc clair, selon saint Thomas et tous les autres théologiens, que ce serait un vice et un dérèglement, si les prêtres , pour s'ac-

(1) De ordine diligendonim excaritale. {S. Thnm. 22 q. 2. 6.)

(2) Ordinavit in nie caritateni. (Cant. 2. 4.)

(3) Quid prodest honiini si universum niunduru lucietur, animae vero siiae de- Irimenlum patiatm? {Matth. 16. 20.)

commoder à la mauvaise disposition de ceux à qui la juste durée d'Une messe cause du dégoût, de l'ennui et de l'incommodité , ne disaient pas la messe de la manière qu'ils savent être la meilleure , la plus pieuse et la plus proportioimée à la grandeur et à la sainteté de cette action qui est toute divine , et qui regarde si particulièrement le culte et l'honneur de Dieu ; car cette incommodité et cet ennui que ces personnes souffrent de la longue durée d'une messe ne regardent que le corps , ce serait préférer une petite satisfaction temporelle du prochain au culte et au service de Dieu même , et à l'utilité spirituelle qu'ils reçoivent en célébrant ce divin mystère avec toute la quiétude et l'attention qui conviennent à leur dévotion et à la grandeur de l'action qu'ils exercent.

On répliquera peut-être que la trop longue durée d'une messe ne donne pas seulement de l'ennui et du dégoût à ces sortes de personnes , mais qu'elle leur est encore un sujet de scandale , parce qu'elles prennent de là occasion de se laisser aller à l'impatience , au murmure , à la médisance et à d'autres péchés. Ce qui est sans doute très-dommageable à leur âme , et qu'ainsi il semble que le prêtre, pour détourner ce mal spirituel du prochain , se doit priver de cette commodité particulière et de ce loisir volontaire qu'il prend pour satisfaire à sa dévotion.

Pour répondre à cette difficulté qui paraît pressante , je dis, premièrement, que je ne crois pas que ce puisse être un sujet de scandale à ceux qui assistent à la messe , de ce que le prêtre la dit avec beaucoup de loisir , de quiétude et de gravité , quoiqu'ils en souffrent de l'ennui et de l'incommodité. Cela paraît évidemment en ce que si eux-mêmes qui ont tant d'éloignement pour les prêtres qui sont longs à célébrer et qui cherchent toujours les plus courts et les plus expéditifs , se demandaient , dans le fond de leur conscience , lesquels s'acquittent le mieux de leur ministère , ils se rendraient à eux-mêmes ce témoignage, que ce sont ceux qu'ils fuient; et quoique la sensualité leur fasse dire de bouche le contraire, la conscience et la raison les en font juger tout autrement dans leur cœur ; de sorte qu'on peut dire que le véritable scandale qu'ils reçoivent vient de ceux qui disent la messe promptement et à la hâte , et non pas de ceux qui le font à loisir et avec toute la bienséance et l'allention convenables.

Mais, supposé même que cela soit réellement pour ces personnes un sujet de scandale et une occasion d'impatience , de murmure et

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