CHAPITRE XVI
Du respect et de la vénération qu'on doit avoir pour les églises et pour tous lesi lieux sacrés où l'on offre le saint sacrifice de la messe.
Pour accomplir entièrement ce traité du culte extérieur et des cérémonies avec lesquelles ont doit célébrer le saint sacrifice de la messe, il nous reste encore à expliquer deux points qui sont très-importans : l'un regarde le respect et la révérence qui est due aux églises et aux saints lieux où Ton célèbre cet adorable sacrifice; l'autre la propreté et la netteté dans lesquelles on doit tenir les ornemens , les vases , le linge et toutes les autres choses qui servent à ce sacré ministère. Ces deux points regardent tous les chrétiens; mais ils sont plus particulièrement nécessaires aux prêtres et aux ecclésiastiques, qui y sont beaucoup plus étroitement obligés que les autres hommes, parce que c'est un devoir de leur propre ministère d'en prendre le soin, et de les observer par eux-mêmes ou par d'autres avec toute l'exactitude que demandent des choses si saintes et si vénérables , comme saint Ambroise le témoigne par ces paroles ; « C'est particulièrement au prêtre qu'il appartient de parer le temple de Dieu avec toute la bienséance convenable ; en sorte que la beauté de ses ornemens donne même de l'éclat a la cour du Seigneur (1).
(1) Maxime sacerdoti convenit ornare Dei teniplum décore congvuo, ut Çtiam hoc cultu aula Douiini resplendeat. {Amb.^ lib, % de offic, o, 21.)
I. Que les églises sont proprement et en effet des maisons de Dieu. Pour le premier point, qui est le respect qu'on doit avoir pour les églises où l'on offre le saint sacrifice de la messe, il suffit, pour être persuadé de l'obligation d'y satisfaire , d'ouvrir seulement les yeux de la foi, et de considérer qu'elles sont proprement et véritablement des maisons de Dieu. C'est le nom que le Seigneur même leur donne en plusieurs endroits de l'Ecriture, comme quand il dit à ceux qui vendaient dans le temple : Ne faites pas de la ^naison de mon Père une maison de trafic (i). Et quand il rapporte ces paroles de son prophète : Ma maison est la maison de prière (2). L'action qui est rapportée en ces deux endroits de l'Evangile est très-remarquable et de grande considération pour notre sujet. Car le divin Sauveur qui a toujours eu une douceur et une modestie admirables , et qui n'a jamais fait paraître le moindre emportement lorsqu'on Ta offensé par des paroles outrageantes et injurieuses, lorsqu'on a entrepris sur sa vie, les uns en le voulant précipiter du haut d'un rocher, les autres tenant déjà des pierres pour le lapider : dans toutes ces occasions, et dans toutes les autres où il a été maltraité par les pécheurs , il a toujours eu une douceur et une bonté extrêmes pour eux , sans avoir jamais fait paraître aucune marque de sévérité , de colère ou d'indignation contre qui que ce soit. Au contraire , ses disciples lui demandant un jour la permission de faire descendre le feu du ciel sur des Samaritains qui avaient refusé de le recevoir et de lui donner logement dans un bourg, il leur en fit réprimande, et leur dit qu'il n'était pas venu pour perdre les hommes , mais pour les sauver.
Cependant la première fois qu'il alla à Jérusalem avec ses disciples, ayant trouvé dans le temple des gens qui vendaient des bœufs, des moutons et des colombes , il entra dans une extrême indignation contre ceux qui profanaient ainsi la sainteté de ce lieu, quoique leur trafic ne fût que de choses nécessaires pour les sacrifices; jusque-là qu'ayant fait un fouet de cordes il les chassa tous du temple , jeta par terre l'argent des changeurs , renversa leur table et les traitî comme des voleurs; puisqu'en effet il leur reprocha qu'ils faisaieni de sa maison une retraite de voleurs (Joami., 2, 14, 15). Cela n'esi pas seulement arrivé celte première fois qu'il entra dans le temph
(1) Nolitc faceve (loimiiii Paliis mei domnm negolialionis. {Joaiin. 2. 16.)
(2) Domus niea doimis oratiouis. {lilaHh, 2i. 13; ^s, 56. 7,)