LIVRE IV, CHAPITRE XVI
lorsqu'il commençait à prêcher publiquement; il fit encore la même chose sur la fin de sa vie , le lendemain de sa dernière entrée dans Jérusalem , pour montrer par là combien il fait état que l'on garde pour sa maison tout le respect qui lui est dû , et qu'on n'en approche qu'avec beaucoup de piété et de bienséance. Aussi rEvanjjéliste remarque que ses disciples, voyant qu'il traitait de la sorte ces gens qui trafiquaient dans le temple , se souvinrent et reconnurent que c'était de lui que le prophète roi avait dit : Parce que le zèle de votre maison m'a dévoré^ les opprobres de ceux qui vous ont outragé sont tombés sur moi (i).
Il est encore à remarquer que nos éghses ne sont pas seulement appelées des maisons de Dieu , pour la raison qui fait que ce nom est tant de fois et si absolument attribué à l'ancien temple de Jérusalem. On lui donnait ce nom , parce que Tarche du Seigneur y était gardée , parce qu'on y rendait à Dieu des hommages et des adorations par une multitude de sacrifices qu'on y offrait à sa divine Majesté , et que c'était dans ce lieu qu'il recevait les prières et les supplications que lui faisait le peuple dans tous ses besoins.
Mais ce nom convient beaucoup plus proprement aux églises des chrétiens, et pour une raison principale qui leur appartient uniquement, qui est que le même Dieu y habite réellement dans le trèssaint Sacrement de l'autel , où la personne du Verbe divin et du Fils unique de Dieu réside d'une manière plus particulière qu'en tous les autres endroits de la terre. Car il n'y est pas seulement par sa divinité , selon laquelle il se trouve dans toutes les parties du monde par sa présence , par son essence et par sa puissance ; mais son humanité sainte, qui est maintenant dans le ciel assise à la droite du Père éternel , est aussi réellement et en personne dans cet auguste sacrement, telle qu'elle est dans le ciel, avec la même gloire, la même grandeur et la même majesté, quoique cachée sous les accidens et les espèces sacramentelles , selon la promesse que ce divin Sauveur en avait lui-même faite à ses disciples , lorsqu'il leur dit en les quittant pour monter au ciel : Assurez -vous que je suis moimême toujours avec vous jusqu'à la fin du monde (2).
C'est sans doute une gloire et un privilège très-singulier pour le
(1) Zelus domus tiu-e comedit me , et opprobiia exprobranlium tibi ceciderunt super me. {Ps. 68. 10.)
(2) Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationera seculi. (Matih, 28. 20.)
peuple chrétien d'avoir ainsi Jésus-Clirist vrai Dieu toujours réellement présent et habitant parmi eux dans toutes les églises ; en sorte qu'il n'y a point de bourg ni de village si petit ni si pauvre où le Seigneur n'ait sa propre maison et où il ne demeure aussi véritablement que chaque habitant particulier dans la sienne. C'est un honneur que cet adorable Sauveur a voulu faire à son peuple par une faveur toute particulière, mais que ce peuple ne reconnaît pas avec toute l'estime et la vénération qu'il en devrait témoigner. C'est pourquoi, afin de me dispenser de m'étendre sur beaucoup de choses qui regardent ce point, j'ai dit d'abord qu'il suffisait d'ouvrir les yeux de la foi, et de considérer par elle que les éghses sont des maisons de Dieu , et que Jésus-Christ est toujours réellement présent dans chacune en sa propre personne, et tel qu'il est dans le ciel. Et l'on doit tenir aussi pour une vérité très-certaine , lorsqu'on dit que sa divine Majesté est ainsi présente sur nos autels , qu'elle y est accompagnée d'une infinité d'anges qui l'adorent et le louent sans cesse. C'est la pensée et le sentiment commun de tous les saints ; aussi est-il supposé comme une chose indubitable dans le Rituel des chartreux de Miraflores en Espagne , qui est un des plus anciens de l'Eglise , qui le dit aussi tous les jours dans ses prières du soir; et l'apôtre même le semble confirmer assez clairement lorsqu'il dit : Considérez donc que vous ne vous êtes pas maintenant approchés d'une montagne sensible et terrestre; mais vous vous êtes approchés de la, montagne de Sion ^ de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste^ d'une troupe innombrable d'anges , de l'assemblée et de l'Eglise des premiers oiés qui sont dans le ciel , de Dieu qui est le juge de tous , des esprits des justes qui sont dans la gloire , de Jésus qui est ^le m,édiateur delà nouvelle alliance (1). Ce qui étant très-certain et hors de tout doute, il ne faut qu'ouvrir les yeux et considérer attentivement, pour être intérieurement persuadé du profond respect et de la grande vénération qu'on doit avoir pour ces saints lieux qui sont les maisons et la demeure ordinaire de Dieu même et de toute la cour céleste.
IL Du respect qui est dû aux églises , en comparaison de celai qu'on a eu autrefois pour quelques lieux saints. Ce n'est pas d'au-
(1) Non accessistis ad tractabilein montem el accessibilem iguem , sed accessistis ad Sioii moatein et civitatcm Dei viveiilîs , Jérusalem cœlestem, et multoruni niilliuin angeloiiun freqnentiain et Ecclesiain primitivomm. ( Heh\ 12. IS. 22. 23.)