‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 209 sur 331 · LIVRE IV, CHAPITRE XVIl · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVIl

leries des hérétiques et des infidèles qui les voient dans un état si méprisable.

II. Il ne suffit pas de dire ici , pour excuse , que les églises sont pauvres , comme la plupart le sont en effet; car il n'est pas besoin d'une grande richesse pour l'ajustement et la propreté dont il s'agit ; il ne faut que l'amour et la crainte de Dieu , et du zèle pour son honneur et pour le culte de sa majesté suprême. Ou ne demande point que toutes leséghses soient magnifiques dans leur construction, que les ornemens en soient riches et éclatans , et qu'il n'y ait rien dans tout le reste qui ne soit de grand prix et dans un ajustement et une propreté exacte et étudiée , quoique cette prétention soit très- juste en elle-même ; car à quoi l'or, l'argent et tout ce qu'il y a de précieux et d'éclatant dans le monde , peut-il être plus justement employé qu'au culte et au service du commun Seigneur et du Créateur du monde? C'est à l'honneur et à la reconnaissance qui lui est due , que les hommes doivent , autant qu'il leur est possible , faire servir tout ce qu'ils ont de plus estimable et de plus somptueux , quoi qu'en puissent dire les hérétiques qui traitent de superflu tout ce qu'on emploie à l'embellissement et au culte des autels , et qui en murmurent , comme Judas murmurait autrefois de ce qu'on avait répandu des parfums de grand prix sur les pieds de Jésus-Christ, Et plût à Dieu qu'ils eussent souvent occasion de murmurer sur ce sujet ! les reproches qu'ils nous feraient sur des choses si justes et si raisonnables, seraient très-avantageux à l'Eglise , et ne serviraient qu'à découvrir davantage le peu de fondement et de^ raison qu'ils ont en cela aussi bien qu'en tous leurs autres égaremens.

Mais le plus grand mal en cela est que les hommes vraiment pieux et zélés pour la gloire de Dieu , ont une bien plus grande et plus juste raison de se plaindre et de s'affliger de l'extrême pauvreté de la plupart des églises , qui sont destituées de toutes les choses qui appartiennent au service de Dieu , ou du moins de la propreté et de l'ornement qui est nécessaire pour le lui rendre avec quelque bienséance. Et cette pauvreté des églises est d'autant plus déplorable , que les hommes sont plus excessifs dans le luxe et la somptuosité de leurs habits , de leurs meubles , de leur table et de toutes leurs autres dépenses. Qu'on entre dans une église ; on la trouve nue , déchirée , sans ornemens , et destituée de la plupart des choses nécessaires aux saints ministères ; au lieu que les maisons des hommes sont ornées de tapisseries de soie et de riches amcublemens , leurs garderobes

pleines de riches et somptueux habits, et de toutes sortes de beau linge , et leurs buiïets chargés de vases d'or et d'argent de très-grand prix. Et cela ne se voit pas seulement chez les rois , les princes et les grands du royaume , mais ce qui est plus insupportable , chez les personnes même ordinaires et du commun. Cet excès étant donc , comme il est en effet , très-grand dans le monde, fait que l'on a bien plus de sujet de déplorer la misère et la pauvreté des églises.

Mais enfin , quelque pauvres qu'elles puissent être , on ne doit pas se dispenser au moins de les tenir propres et nettes autant qu'il est possible , aussi bien que toutes les autres choses qui doivent servir au saint ministère ; en sorte que l'ajustement et la propreté qu'on s'efforcera de garder dans ce qu'elles ont même de plus pauvre, marque et fasse connaître que c'est la maison de Dieu. H n'est point besoin pour cela d'avoir des richesses ; il ne faut qu'aimer et craindre Dieu , et avoir dans le cœur un vrai désir de sa gloire. Avec cela tout ce que nous avons dit se fera sans peine pour son service ; et si cela ne se fait pas , c'est une marque très-grande , non pas tant d'un défaut de richesses que d'un manquement d'amour et de crainte de Dieu.

III. Je rapporterai ici , pour l'édification des prêtres , ce qui est ordonné dans les statuts des chartreux, et qui s'observe dans toutes les communautés religieuses et ecclésiasiiques , touchant la propreté et la netteté des choses qui doivent servir à l'église et aux saints mystères de l'autel. Après le dénombrement de toutes ces choses , et particulièrement du hnge qu'on emploie au saint sacrifice de la messe, ou ajoute ces paroles : « Que toutes les choses dont nous avons parlé soient tenues dans une propreté honnête et religieuse , et surtout que le corporal et la palle de l'autel soient toujours très-nels, et qu'on les change autant qu'il en sera besoin, aussi bien que les ornemens, tant du prêtre que de l'autel ; et nous ordonnons au sacristain de prendre garde à toutes ces choses avec tout le soin et toute la dili gence possible , afin qu'il ne paraisse jamais rien de mal propre , de sale ou de déchiré en tout ce qui servira au saint ministère de l'autel (1). » Et dans le même chapitre il est aussi ordonné que tout le

(1) Omnia aiileni piœdicla imuida sint, et honesta ac leligiosa , et prœserlim corpovale et palla aUaiis, qiiani pmissima sint , et qiioties opiis fuerit , nmtcntur, quciuadiuoduiii et alla quaxpie tam saceidotis quain aUaris paramenla ; et iii liis curandis volunius saciislam cum oniiii diligentia iiivigilaie , nequid vile aut rui)-

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