CHAPITRE PREMIER
De l'administration du sacrement de pénitence en général.
(1) Les prêtres de la loi nouvelle reçoivent dans leur ordination deux sortes de puissances , ainsi que nous l'avons déjà remarqué plusieurs fois : une puissance sur le corps naturel de Jésus-Christ qu'ils sacrifient , une autre puissance sur son corps mystique qu'ils sanctifient. Par la première ils produisent Jésus-Christ sur l'autel ; par la seconde ils le produisent dans le cœur des fidèles ; deux puissances du prêtre qui sont si divines , qu'en les exerçant le prêtre ne parle plus en homme, mais en Dieu : Ceci est mon corps ^ dit-il en offrant le sacrifice à l'autel ; je t'absous , dit-il au pécheur en le réconciliant au sacré tribunal. La puissance qu'il exerce à l'autel est plus noble, n'y ayant ni ne pouvant y avoir rien de plus grand que de produire le corps d'un Dieu et de l'offrir eu sacrifice : celle qu'il exerce dans le tribunal delà pénitence est pins critique et plus difficile ; aussi l'Eglise ne la confie pas à tous ceux à qui elle donne le pouvoir de consacrer le corps de son divin époux , mais à ceux-là seulement en qui elle reconnaît la science , la prudence et les autres qualités nécessaires pour un ministère si redoutable. Avant de l'exercer , ils doivent premièrement s'en former une haute idée ; ils doivent examiner ensuite s'ils ont les qualités requises pour une fonction si importante , et ne rien négliger pour la bien remplir.
(1) Sevoy,
I. Après Toblalioii du divin sacrifice , de tous les ministères attaebés au sacerdoce , celui de la réconciliation des pécheurs est sans contredit le plus sublime et le plus critique , le plus utile et le plus nécessaire , le plus méritoire et le plus consolant que le prêtre puisse exercer dans l'Eglise de Dieu. En le considérant sous ces différens points de vue , pourrait-il ne pas l'estimer ou manquer de zèle pour le remplir dignement ?
Ministère sublime : jugeons-en par les fruits de sanctification qu'il produit dans les âmes et par les litres dont sont décorés les prêtres établis pour l'exercer. C'est par cette fonction , dit un célèbre missionnaire du dernier siècle , qui s'y est employé avec le plus grand succès pendant près de cinquante ans (1) , que le péché est détruit dans les âmes ; que ces âmes , qui étaient la retraite des démons et une espèce d'enfer par le péché, redeviennent le sanctuaire de la divinité , et en quelque sorte un paradis animé ; c'est par celte fonction que, délivrées de la puissance de Satan dont elles étaient esclaves, elles sont ressuscitées à la grâce de Jésus— Christ , qu'il rentre en elles , qu'il en prend de nouveau possession , que ce Dieu Sauveur leur applique le fruit de ses souffrances et les mérites de son sang, pour les purifier de toutes leurs taches et de toutes leurs souillures, par le bain mystérieux qu'il leur fait de ce sang divin , dans celte piscine salutaire. Enfin, c'est par la puissance de délier, exercée par les prêtres que , d'enfans de colère qu'ils étaient , ils deviennent les enfans de Dieu et les dignes objets de ses tendres complaisances.
De là les titres augustes dont les ministres de ce sacrement sont décorés. Titre déjuge : le Père éternel a remis toute son autorité entre les mains de son Fils , dit saint Jean-Chrysostôme , et ce même Fils a remis aux prêtres l'exercice plein et entier de cette même autorité , en les substituant à sa place pour décider du sort de tons les pécheurs et de leur réconciliation avec lui (2). Dépositaire de toute sa puissance dans le sacré tribimal,ils y prononcent des sentences qui donnent la vie aux pécheurs^ ou qui les laissent dans un état de mort. Ils tiennent en main les clefs du royaume des cieux pour l'ouvrir ou le fermer aux hommes , selon qu'ils le jugent à propos. Titre de
(1) Le père Eudes, en son livre du bon Confesseur, pag. i6 et siiiv.
(2) Pater omne judicium dcdit Filio. Cœterum video ipsum omne judicium a Dei Filio esse illis traditiim. '^Lih. 3, ie Sacerd. c. 4 )