LIVRE V, CHAPITRE I
tourner de bons prêtres de l'exercice de ce même ministère , qui n'est pas moins nécessaire ni moins utile dans lEglise de Dieu qu'il est critique et dangereux. Ils sont aussi obligés d'entendre les confessions des fidèles et de les conduire dans les voies du salut , que ceux-ci de déclarer leurs péchés au prêtre , et de soumettre toute leur vie à son jugement pour la réformation de leurs mœurs. Une peut sans péché se refuser au besoin des fidèles , s'il a les talens et la capacité nécessaires pour la conduite des autres ; celui qui les enfouit ou qui les laisse infructueux , n'a que trop lieu de craindre l'arrêt porté contre le serviteur inutile. Rien qui irrite davantage le Seigneur, dit saint Jean-Chrysostôme, que l'uiditTérence avec laquelle on voit périr son frère sans se mettre en peine de lui prêter une main secourable. Combien parmi nous d'aveugles , de boiteux , de malades de toutes les espèces , qui réclament nos soins , notre zèle et notre compassion , en nous regardant comme les médecins des âmes ! Tristement couchés sur les bords de la piscine sacrée de la pénitence , combien d'hommes perclus qui attendent le mouvement de l'eau pour être guéris de toutes leurs infirmités ! Ils se plaignent avec plus de justice que le paralytique de l'Evangile , qu'ils n'ont point d'hommes qui les jette dans l'eau de la piscine évangélique , au moment précieux et précis où l'ange du Seigneur vient la troubler. Parlons sans figure. Combien d'âmes qui , depuis trente et quarante années gémissent sous la tyrannie du démon et dans l'esclavage du péché , faute d'un minisire charitable qui les en retire! Combien qui , depuis l'âge le plus tendre , croupissent dans des habitudes criminelles d'intempérance et d'impureté , d'avarice et d'injustice ! combien dont toute la vie n'a été qu'un enchaînement de crimes et de scandales ! Combien d'aveugles volontaires plongés dans les ténèbres d'une crasse et coupable ignorance ! Tant de pauvres pécheurs accablés sous le poids de leurs iniquités, que deviendrontils si le prêtre se refuse à leurs pressans besoins ? Hélas ! il faudra qu'ils deviennent la proie des flammes éternelles. Ce sont des enfans abandonnés et affamés qui demandent à leur père spirituel un pain qu'il était obligé de leur rompre , et ce père barbare a la cruauté de le leur refuser (1). On ne doit pas se jeter soi-même dans le sacré tribunal, j'en conviens ; il y aurait de la présomption et de la témérité à le faire. Mais quand c'est la voix de Dieu qui nous y place , il
(1) Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis. {Thren, c. 4. v, 4.)
y a alors plus de" périls à résister qu'à obéir. La voie sûre en celte matière est celle que nous trace saint Grégoire-le-Grand , de redouter et d'éloigner ^ autant qu'il est possihlc , le fardeau de la conduite des dmes qu'on veut nous imposer^ et néanmoins de s'en charger quand on est forcé de l'accepter et qu'on aies forces suffisantes pour le porter (^i). Après tout ce qui vient d'être dit, on voit quelle est l'utilité du ministère de la réconciliation , et quels sont les avantages qui en reviennent à l'Eglise. De toutes les fonctions ecclésiastiques, il n'en est point de si propre à corriger les vices et à faire fleurir les vertus, que la bonne administration du sacrement de pénitence. « Je ne sais, » disait sur cela Richard de Saint-Victor, si Dieu peut accorder à un » mortel une plus grande grâce que celle de pouvoir changer , par » le ministère d'un homme, les pécheurs au point de les rendre en- » fans de Dieu, d'enfans du démon qu'ils étaient. On dira peut-être » que la résurrection d'un mort est quelque chose de plus grand ; «j'en conviendrai, ajoute cet illustre écrivain, si l'on veut convenir » que c'est une plus grande merveille de ranimer un corps qui doit » mourir une seconde fois , que de rendre la vie à une âme qui doit » vivre autant que Dieu. » Nulle fonction plus propre que celle-ci à procurer la conversion des pécheurs. Donnez-moi le pécheur le plus endurci, j'en espère tout, dès que je le verrai fréquenter le sacrement de la pénitence avec les dispositions et la docilité requises. En faut-il davantage pour convaincre tous les directeurs des âmes de l'utilité de la fonction qu'ils exercent? Si les anges étaient capables de jalousie , ils porteraient envie aux hommes qu'ils voient exercer un ministère si auguste. Quelle estime n'en doivent donc pas faire les prêtres qui s'en trouvent honorés? Quelle ardeur ne doiventils pas avoir pour le remplir avec fruit? Pour peu qu'ils aient d'amour de Dieu , pour peu que le zèle du salut des âmes soit capable de les toucher, ils s'estimeront heureux^ ils tiendront à grand honneur de pouvoir exercer une fonction si utile et si propre à procurer la gloire de leur souverain maître ; ils regarderont comme la plus grande faveur, la grâce que Dieu leur a faite de les y destiner et de les y apphquer. Aussi voyons-nous tout ce qu'il y a dans le sanctuaire de bons prêtres, de prêtres qui ont l'esprit de leur état; nous les voyons, dis- je, se prêter à cette fonction , et porter les fidèles à s'approcher souvent du sacré tribu-
(1) Pastor. fart. 1. c. 6. : , .< ,