LIVRE V, CHAPITRE I
nal. Ils savent (et c'est une longue expérience du ministère qui les en a instruits), ils savent que c'est là presque le seul moyen d'extirper les vices, de nourrir les vertus et de procurer le salut des chrétiens; et voilà ce qui les affectionne à un ministère où ils considèrent encore plus la gloire de Dieu que les trésors de mérite qu'ils y peuvent acquérir.
Je ne puis me résoudre à omettre ici le beau , mais juste parallèle que faisait au siècle passé un célèbre missionnaire , du ministère de la prédication avec celui de la réconciliation, dans lesquels il était ég;alenient versé (1). Si le prédicateur apostolique gagne à Dieu des âmes, disait ce grand homme, le confesseur les sauve. Celui-là ébauche l'ouvrage du salut, celui-ci y met la dernière main et lui donne sa perfection. Le prédicateur intime aux hommes les volontés de Dieu; le confesseur les fait exécuter. Le premier indique des remèdes sûrs pour la guérison des maladies spirituelles ; le second les applique à chaque malade en particulier. Le prédicateur, en attaquant et combattant les vices de loin, les affaiblit; le confesseur les attaque de près et les extermine. L'un exhorte les pécheurs à se réconcilier avec Dieu, l'autre les réconcilie en eQ'et avec le Père des miséricordes. Le prédicateur annonce aux hommes les mystères augustes par lesquels le Rédempteur les a sauvés ; le confesseur applique aux âmes les mérites et le sang du divin Rédempteur qui les sauve. L'orateur chrétien prêche à la vérité la terreur des jugemens de Dieu ; le ministre du sacrement de la pénitence , non seulement représente Jésus-Christ comme juge, mais exerce en effet son jugement sur les monarques de la terre, comme sur les peuples. En fautil davantage pour exciter le zèle de tous les prêtres dans l'exercice d'une fonction si ^"sanctifiante , et pour leur faire comprendre l'importance du ministère dont ils sont chargés?
Nous leur dirons encore qu'il n'en est point de plus consolant. C'est une troisième raison pour eux de s'y adonner. L'apôlre saint Jacques nous apprend que celui qui contribue à la conversion du pécheur sauve une âme de la mort et couvre la multitude de ses péchés (2). Jugeons par là du bien que fait et des fruits de bénédiction que recueillera dans l'Eglise de Dieu un prêtre zélé qui , par un long et saint
(1) Le père Eudes , dans son livre du Bon Confesseur, pag. 82 et suiv., de l'édiW tion de Caen,
(2) Qui converti fecerit peccatorem ab errore viœ'suae , salvabiraniniamjejus a morte , et operiet muUitudinem peccatoruin. {Jac, c. 5. v. 20.)
exercice de son ministère dans le sacré tribunal , aura fait changer dos pécheurs sans nombre , dont , après Dieu , la conversion lui est due. Quelle consolation pour lui à la mort et dans le moment critique où il lui faudra rendre compte de son administration, de pouvoir présenter à son juge tant d'àmes qu'il aura retirées de l'enfer en les retirant du péché ! Mais quel titre plus sûr pour demander à Dieu la récompense qu'il promet au dispensateur fidèle des biens de sa maison, que le souverain bonheur qu'il aura procuré à ses frères par l'exercice de son mmistère? Si, selon les paroles mêmes de ce divin Sauveur, il y aura dans le ciel plus de joie pour la conversion d'un seul pécheur que pour la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de pénitence, quel rang ne tiendra pas, parmi les habitans de ce bienheureux séjour, un prêtre zélé, qui, par^^le ministère de la réconciUation, y aura placé tant d'àmes (1)?
Après des promesses si magnifiques et si consolantes, qu'on ne se décourage donc point à la vue de ses faiblesses ; qu'on se laisse encore moins effrayer de cette multitude de dangers inséparablement attachés à l'exercice d'une fonction si redoutable. Craignons les écueils qu'elle présente à chaque pas; défions -nous de nous-mêmes et de nos talens; nous avons raison, et il faudrait absolument désespérer du succès , si nous ne comptions que sur nos propres forces. Mais pouvons -nous ignorer quelles sont les bontés du maître que nous servons , et ses miséricordes sur ceux qui se confient en lui ? Laissons à nos supérieurs, qui nous tiennent la place de Dieu, le soin déjuger de notre capacité : eux seuls répondront de l'événement et des suites. Être appelé de Dieu à exercer une fonction dans son Eglise , c'est un titre assuré pour avoir de lui les grâces nécessaires , afin de s'en bien acquitter, dit saint Augustin (2), Saint Thomas disait, dans le même sens, qu'en appelant à un emploi, Dieu donne toujours les grâces nécessaires pour le bien remplir (3).
C'est ce que paraissent n'avoir point assez considéré tant de prêtres nonchalans et trop timides , qui , traînant dans le monde un sacerdoce également oisif et inutile, passent toute leur vie dans
(1) Dico vobis quod ita gaudiani erit in cœlo super uno peccatoie pœnitentiaiu agente , quain super uonaginla novem justis , qui non indigent pœnitentia. {Luc. c. 15. V. T.)
(2) Sœpe olficiura irapertiendi , meritum est accipiendi.
(3) Illos quos ad aliquid eligit Deus , ita prseparat ut ad id ad quod eligimlur, inveniaatur digai. {i'art, 2. 2«œ*f. 27.) ,