‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 215 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

une molle indolence , quelquefois même clans un cercle de visites et d'amusemens frivoles. C'est à quoi réfléchissent encore moins ces riches bénéficiers, qui, contens de jouir des fruits temporels et des prérogatives attachées à leur place , ne se mettent nullement en peine d'en acquitter les charges, et négligent une des plus essentielles obligations de leur état. Sans zèle comme sans goût pour Tadministration du sacrement de la pénitence, ils se déchargent de cette fonction si importante sur des subalternes ou sur des étrangers; loin d'attirer le pécheur au sacré tribunal, ils Téloignent par des manières dures et rebutantes. Si quelquefois ils le reçoivent, c'est de si mauvaise grâce, d'une manière si dure et si sèche, qu'il ne peut se résoudre à y revenir. Se présente-t-il à un de ces pécheurs à qui l'usage fréquent de la confession serait nécessaire pour l'arracher à ses habitudes , pour le prémunir contre les tentations ou raffermir dans la pratique du bien , la crainte de s'attirer du travail les empêche de lui donner confiance à revenir. Au risque de commettre et de faire commettre un sacrilège , ils aiment mieux se débarrasser tout d'un coup de ce pénitent, en le réconciliant dès la première fois. Tel autre aurait de l'attrait pour la communion fréquente; ils ne prennent pas la peine de l'y former, de l'y disposer, ou même de l'entendre. De tout cela qu'arrive-t-il? Que la portion du champ confiée à de tels ouvriers devient en peu de temps , faute de culture , comme une terre en friche , hérissée d'épines et toute couverte de mauvaises herbes , qui suffoquent la bonne semence (1). Dans telle ou telle église, gouvernée autrefois par de bons prêtres, on a vu long-temps la piété et les vertus fleurir sous la conduite et par les soins des confesseurs exacts : elle n'eut pas plutôt changé de pasteur, qu'on y vit régner tous les vices par la nonchalance et la lâcheté des mercenaires auxquels elle fut abandonnée.

Tel est le ministère de la réconciliation des pécheurs ; ministère également important et sublime. C'est à nous de voir si jusqu'ici nous l'avons rempli avec la fidélité et la perfection que demande une fonction si sainte. Revêtus de toute l'autorité et de toute la puissance de Dieu dans le sacré tribunal , nous y sommes - nous conduits par son esprit, y soutenant les intérêts de sa justice, en même temps que ceux de sa miséricorde? Travaillons -nous également à établir

(1) Per agrum honiinis pigfi transivi et ecce toluin lepleverant urticae, et

operueraiU superficiem ejus spinœ. {Prov. 24, v. 30.)

dans le cœur des pénitens la vie et le royaume de Dieu, et à leur donner la paix de la conscience? Car voilà ce que tout confesseur doit se proposer en entrant dans le sacré tribunal , et ce qu'il y doit remplir avec la plus grande exactitude. Pouvons-nous nous flatter de n'avoir manqué à aucun de ces devoirs? Avons-nous eu soin, comme ministres de Jésus-Christ , que nous représentons en cette fonction , de nous revêtir de sa justice et de sa charité , de son zèle et de sa douceur, de sa patience et de son humilité? N'aurions-nous point à nous reprocher d'avoir administré, dans un état de mort, un sacrement qui a la vertu de donner la vie aux morts? Encore aujourd'hui n'aurions-nous point quelque attachement secret pour le péché jusque dans le tribunal destiné à détruire le péché et à punir le pécheur? N'est-il point à craindre que le poison de la cupidité, de la sensualité ne vienne s'y mêler et infecter la pureté de nos cœurs? Ne s'y glisserait- t-il point au moins de l'amusement ou de la curiosité ; de l'amour-propre ou de la vanité ? Cet auguste sacrement ne serait-il point flétri en nous par des intentions criminelles ou par des vues trop humaines? Est-ce toujours la gloire de Dieu et le salut des âmes que nous cherchons dans l'exercice d'un ministère tout divin? Etablis par Jésus-Christ pour être les juges de tous , avons-nous autant de zèle pour le salut des pauvres que pour le salut des riches? Ne mettons-nous point de distinction entre les qualités, dans un lieu 011 l'on ne doit avoir égard qu'à la qualité de pécheurs? Voilà sur quoi nous devons sérieusement nous examiner. Passons aux choses que doit faire le ministre du sacrement de la pénitence pour se bien acquitter d'une fonction aussi importante et aussi sainte que celle dqnt il est chargé.

IL Le prêtre devant qui les pécheurs viennent se présenter pour en être jugés , doit se regarder comme le ministre de Jésus-Christ , dont il tient la place dans le sacré tribunal. En cette qualité il a des devoirs à remplir, avant d'y entrer, pendant qu'il y est et quand il en est sorti.

Avant d'y entrer, il doit i° prendre un peu de temps pour se recueillir et considérer l'imporlance d'une action , par laquelle il ne s'agit de rien moins que de détruire le péché dans les âmes , faire l'office du Sauveur à leur égard , et accomplir en elles ce qui manque à sa passion, dont il le-ir applique les mérites et les fruits. Il doit 2^ s'humilier à la vue de son indignité , entrer dans une sainte défiance de soi-même , et dans une grande crainte de ressembler au

IIVRE V, CHAPITRE I. 377

flambeau qui se consume en éclairant les autres. 11 doit' 3 "mettre sa confiance en Notre Seigneur, lui demander les lumières et les secours dont il a besoin pour bien faire cette action , et pour ses pénitens la docilité et les dispositions où ils doivent être , afin de ne rien perdre de tout ce que Dieu a dessein de leur communiquer de grâces par son ministère , dans une circonstance si importante à leur salut; invoquant à cet effet l'assistance de la sainte Vierge et de toute la cour céleste. Saint Charles Borromée , dans ses instructions de la pénitence , conseille à tous les confesseurs , au moment où ils sont prêts d'exercer leur fonction , les prières suivantes.

tI-. Cor ranndum créa in me, Deus ;

qf . Et spiritum rectum innova in visceribus meis.

f. Ne projicias me a facie tua ;

qf. Et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.

■^. Redde niihi laelitiam salutaris luij

v[. Et spiritu principal! confirma me.

"f. Docebo iniquos vias tuas;

^. Et impii ad te convertentur.

^. Libéra me de sanguinibus, Deus , Deus salulis meac ;

qT. Et exsuKabit lingua mea justitiara tuam.

Page 1