LIVRE V, CHAPITRE I
claires sur les péchés dans lesquels on a sujet de croire que le pénitent peut être tombé , eu égard à son âge , à sa condition et à son sexe (1). Si le confesseur s'aperçoit qu'une mauvaise honte ou une timidité naturelle ferme la bouche à son pénitent et rempêche de s'ouvrir sur certains péchés plus honteux , et par là même plus difficiles à déclarer^ il doit redoubler de zèle , mettre en œuvre tout ce qu'il a de talens , dintelligence et d'adresse , pour arracher à une âme timide l'aveu de ses plus humiliantes faiblesses , lui représentant , tantôt l'énormité du sacrilège que l'on commet par la dissimulation et le déguisement , tantôt l'extrême folie d'un malade qui , ayant en main un remède sûr pour sa guérison, y mêlerait exprès du poison pour le gâter ; tantôt le péril qu'il y aurait de mourir dans l'état du péché mortel , pour avoir caché ou déguisé une seule faiblesse. Il ne faut point se lasser d'inculquer aux pénitens ces grandes maximes, que la seule chose dont on doit rougir, c'est de commettre le péché ; mais , que le péché étant une fois commis , il n'y a que de la gloire à le déclarer et à s'en avouer coupable ; que , pour porter les pécheurs à s'ouvrir avec candeur et liberté dans la confession , Dieu a voulu que le ministre de la confession fût un homme plutôt qu'un ange , alîn qu'il sût compatir aux faiblesses et aux misères humaines dont il se trouve environné lui-même; enlin , que les confesseurs sont obligés à un secret inviolable. C'est ainsi que , par des insinuations douces , par des manières pleines de bonté , de charité et d' affabilité , on arrachera au pénitent ce que peut-être il était résolu de ne pas découvrir au confesseur. Toutes ces maximes sont fondées sur la doctrine de saint Thomas , qui nous apprend que le prêtre doit rechercher la conscience du pénitent dans la confession , comme le médecin sonde la plaie qu'il veut guérir, et comme le juge ai^pro fondit la cause qu'il doit juger ; parce qu'il arrive souvent, ajoute ce saint docteur (2) , que le pénitent étant interrogé déclare ce qu'autrement il aurait tu par une mativaise honte. Elles portent encore sur le canon Qui vult , qui prescrit au confesseur de faire une enquête exacte et diligente des péchés^ interrogeant le j>énitent avec prudence et adresse ^ pour tirer de lui ce que peut-être il ignore être péché , ou ce que la honte l'empêche de découvrir (3).
(1) Bccles. Mediol. act. part. 4. instiuct. pœnit. j
(2) In quart. Sent., dist. 19.
(3) De pœnit. dist. 6.
Si l'on demande maintenant quel est le sujet des interro^^ations que le confesseur doit faire , je réponds, i° qu'il nen doit faire d'abord que sur des péchés connus à tous , de peur que le pénitent n'apprenne par là des choses mauvaises ou dangereuses ; 2° que dans celles qu'il est obligé de faire sur la pureté , il doit bien prendre garde de ne pas s'exposer à instruire de jeunes personnes de ce qu'elles ignorent et de ce qu'elles devraient éternellement ignorer en celte matière (1). En faisant les demancles non nécessaires , dit saint Thomas , le confesseur s'expose à pécher et à faire pécher son pénitent : ceux qui recherchent trop curieusement les iniquités , tombent souvent eux-mêmes dans la recherche qu'ils en font (2). 3° La prudence veut encore qu'on demande peu de chose aux personnes notablement malades ; pour suppléer à ce qui pourrait manquer à leur déclaration, il faut leur enjoindre de faire leur confession plus exacte , s'ils reviennent en santé. Enfin , la meilleure manière d'aider les pénilens à trouver leurs péchés , est de les examiner selon l'ordre du décalogue , parce que tous les péchés se rapportent et se réduisent aux infractions des préceptes qu'il renferme. On peut étendre cet examen sur les commandemens de l'Eglise , sur les obUgations propres de l'état , sur les occasions particulières que chacun peut avoir d'offenser Dieu. Comme on trouve partout ces examens détaillés , nous n'en disons rien de plus.
Après avoir entendu les péchés de ses pénitens et s'être assuré moralement par là de l'intégrité de leur confession , le confesseur leur fera une petite récapitulation do leurs fautes principales, afin de leur en faire sentir l'énormité , de leur en inspirer de l'horreur et de les préparer à accepter la pénitence qu'il jugera à propos de leur prescrire. Pour réussir en ce points le confesseur doit avoir à la main sur chaque péché de puissans motifs , de fortes raisons, des sentences vives , des exemples frappans tirés des écritures ou des pères , qui soient capables de faire impression et de pénétrer les pénitens des plus vifs sentimens de douleur et de repentir. Il insistera particulièrement sur les péchés d'habitude , parce qu'ils sont plus dangereux pour le salut, l'habitude devenant comme une seconde nature, et jetant dans l'esprit un tel dérèglement que les péchés les plus griefs ne semblent plus que des fautes légères , dont bien souvent on n'est pas touché , même à l" heure de la mort.
(1) Act. Eccles. 'Mediol. paît. 4. instruct. pœnit.
(2) In 4. Sent. dist. 19.