LIVRE V, CHAPITRE ï
Ce ne serait pas assez pour le confesseur d'avoir connu les péchés de ses pénitens , s'il ne leur prescrivait des moyens sûrs et efficaces pour s'en détacher et s'en délivrer. Il ne doit pas se regarder dans le sacré tribunal seulement comme docteur, pour instruire ceux qui s'y présentent, ou seulement comme leur médiateur pour les réconcilier avec Dieu ; il doit se souvenir qu'il y fait la fonction de juge] qui doit décerner des peines contre les coupables , et de médecin qui doit donner aux malades des remèdes pour la guérison de leurs infirmités spirituelles, et c'est ce qu'il fera en leur imposant des pénitences. Or, pour l'imposition de ces pénitences, voici la règle pleine de sagesse prescrite par le saint concile de Trente : « Que les prêtres » du Seigneur, disent les pères de cette sainte assemblée , aient soin » selon que l'esprit de Dieu et la prudence le leur suggéreront , » d'imposer des pénitences proportionnées à la qualité des crimes et » à la faculté des pénitens , de peur que , s'ils traitent les pécheurs » avec trop d'indulgence , ils ne paraissent favoriser leurs vices et ne M se rendent complices de leurs péchés , en n'imposant que de légè- » res pénitences pour des fautes très-grièves (1) » . Selon ces paroles , la pénitence doit donc être proportionnée , premièrement à la qualité des péchés : Pro qualitate criminum (2). Pour des péchés légers , on peut se contenter de pénitences légères, dit saint Augustin; mais pour des péchés griefs , il faut des larmes et des gémissemens, des austérités , des jeiines , des aumônes. Y aurait-il de la justice à prétendre borner à quelques heures , à quelques jours , à quelques mois la pénitence de ces vieux pécheurs dont toute la vie ne fut qu'une suite de crimes et de désordres ? Selon les saints Pères , elle ne doit finir qu'avec la vie. Que nos gémissemens et nos pleurs égalent la grandeur de nos péchés , dit saint Cyprien ; appliquons de salutaires et de longs remèdes à de profondes plaies ; que la pénitence ne soit pas moindre que le crime (3).
Selon les principes du concile de Trente , la pénitence doit encore être proportionnée aux forces , à l'état et à la condition des pénitens : Pro pœnitentium facultate {^). Ainsi, à de jeunes personnes, on ne doit pas imposer des austérités dont leur âge n'est pas capable , ni
(1) Sess. 14. de pœnit. c. 8.
(2) Ibid.
(3J Quam magna deliquimus , ■ tam granditer defleamus. Alto vuliieri diligens et longa medicina non desit ; pœnilenUa ciiniine rainor non sit, {Scrm. de lapsis.) (4) Sess. 14, de pœnit. c. 8.
des jeûnes et des macérations à des personnes infirmes ou obligées à un travail rude et pénible. Par la même raison, on ne doit pas imposer aux personnes mariées, des pénitences incompatibles avec les devoirs de leur état , ou qui pourraient manifester les péchés qu'elles auraient déclarés : prescrire des méditations ou de longues prières à des gens de métier, à des artisans, à des pauvres obligés de gagner leur vie à la sueur de leur front , ce serait une chose aussi déraisonnable qu'indiscrète. On doit les faire suppléer par la pénitence intérieure à ce qui manque à leur pénitence extérieure, leur recommandant surtout de s'accoutumer à accepter de la main de Dieu les peines attachées à leur état et les croix que la Providence leur envoie, comme la meilleure et la plus salutaire de toutes les satisfactions qu'ils puissent offiir à la justice de Dieu.
Enfin le confesseur, comme médecin spirituel, doit imposer à ceux qui se présentent à lui des pénitences non seulement satiï^factoires, mais encore médicinales, également propres à guérir leurs infirmités spirituelles et à en prévenir de nouvelles pour la suite. Ainsi, selon l'avis de saint Charles , il faut punir les péchés de la chair par des jeûnes , des veilles , des morlifications et des macérations ; les péchés d'avarice et d'injustice, par des aumônes et des œuvres de miséricorde; les péchés d'orgueil , par la prière et par des humiliations ; le luxe et la vanité , par la retraite , par une grande modestie dans les habits et dans tout ce qui regarde la vie extérieure , où l'on aura soin de retrancher tout superflu. La colère et la médisance doivent être réprimées par une attention sérieuse à se modérer et à retenir sa langue; la paresse et l'oisiveté, par l'occupation et le travail; la tiédeur et la lâcheté dans le service de Dieu , par de bonnes lectures, par des œuvres de piété , et surtout par la fréquentation des sacremens. Kien ne sera plus propre à assurer le succès de ces dillérens remèdes , qu'un bon règlement de vie proportionné à l'état des pénitens , pourvu qu'ils soient fidèles à l'observer.
Communément parlant , le confesseur doit imposer la pénitence avant de donner l'absolution. Il s'assurera par là de la docilité et des dispositions de son pénitent; s'il doutait que ce pénitent fût bien disposé à la recevoir, il ne devrait pas la lui donner, mais la lui différer jusqu'à ce qu'il vît en lui les dispositions requises ; conformément à cetle règle du Rituel romain , approuvé par Paul V, que le prêtre considère soigneusement quelles sont les personnes et quels sont les cas où il doit accorder, refuser ou différer f absolution , de peur de Iq,