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voie du tribunal : PU , bene morati , cto. C'est ce que nous entreprenons d'exposer ici avec le plus d'ordre et le plus de netteté qu'il nous sera possible.
I. Première qualité du bon confesseur , la piété : PU. Ce n'est pas sans raison que saint Paul, en formant Timothée aux fonctions apostoliques , lui recommande de s'exercer dans la piété : Exerce autem te ipsmn ad pietatem. C'est un grand trésor que la piété, ajoute-til ; elle est utile à tout , quand elle est solide et sincère (1) : plus Utile encore dans un ministre de la religion que dans un simple fidèle, un prêtre qu'elle anime et qu'elle dirige , est , entre les mains de Dieu , un instrument bien propre à procurer sa gloire et à lui gagner des âmes; il excellera surtout dans le ministère de la réconciliation des pécheurs ; il y fera des prodiges pour leur conversion. Une fois bien établie dans lui , celte piété passera comme naturellement à ceux qu'il est chargé de conduire; à force de leur parier le langage de la piété, il leur en inspire le goût, il fait naître en eux lessentimens d'une dévotion tendre ; il excite en eux le désir de s'exercer dans la pratique de toutes les vertus qui font les saints ; à proportion qu'ils croissent en piétés ils croissent en amour de Dieu et en sainteté. C'est ainsi qu'en retirant les âmes de l'égarement , un prêtre pieux les fait marchera grands pas dans les voies de la perfection et du salut. Ne soyons plus surpris après cela de voir dans cette foule de pénilcns qui assiègent nos tribunaux tant d'âmes qui croupissent dans la langueur et peut-être dans les désodrcs les plus aflVeux; c'est que leurs guides sont eux-mêmes dépourvus de cet esprit de piété nécessaire pour la conduite spiiituelle des peuples. Des hommes d'une vie si peu chrétienne ne sont pas propres à former des chrétiens. En montrant si peu de zèle pour détruire le péché dans leur cœur, comment le banniraient-ils du cœur des antres? Loin d'avancer la conversion du pécheur , il ne font ordinairement que fomenter ses vices , ou l'endormir dans une fausse paix; ils perdent lésâmes par les mêmes moyens et dans le même tribunal qui devait servir à les sauver.
II. Cependant avec la piété les pères de Milan demandent dans le confesseur une vie sainte et des mœurs sans reproche : PU et bene morati. Etant par état le juge et le censeur de ses frères , il doit être irréprochable dans toute sa conduite , dit le pape Hormidas (2);
(1) 1 ad Tini. c. 4. v. 7; c. 6. v. G:, c. 4. v. 8.
(2) lnepveliensii)iles esse convenit, quos prœesse necesse est conigendis.(£'2^i«^. 25. itd Episc. Hisp.)
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nuciine vertu ne doit nianqiier à celui qui , établi de Dieu même comme le dépositaire de tout ce que la relijjion a de plus saint, est obligé de veiller sur les autres et de leur faire observer les lois d'une discipline exacte (1). Quel jii{;p oserait punir dans un particulier un crime dont il se sentirait et dont il serait visiblement coupable ? Un confesseur sujet à lancer des traits satiriques contre ses frères^ ou bien à prendre du vin par excès, aura-t-il bien le courage de réprimander, et surtout d'éprouver, comme iî le doit, ses pénitens qu'il trouvera taché des mêmes vices qu'il reconnaît en lui ? Osera-t-il leur interdire les compagnies et les sociétés , qui sont pour eux les occasions prochaines et la cause de leur mauvaises habitudes? Comment fera-t-il pour les déterminer à prendre les préservatifs nécessaires pour n'y plus tomber?* Comment seulement les leur proposer? S'il arrive , ce qui n'est que trop fréquent , qu'il n'aperçoive en eux ni amendement , ni changement , ni dii^positions requises pour recevoir l'absolution, quel tour prendra t-il pour leur annoncer l'obligation où il est de la leur refuser, ou du moins de la leur différer? Ah ! qu'une telle position est critique ! Et pour faire un tel personnage, qu'il en doit coûter à un homme qui n'a pas renoncé à tous sentimens de droiture, de foi, de religion, et à qui cependant la conscience reproche les mêmes vices et les mêmes faiblesses qu'il est obligé de censurer dans les autres ! Comme médecin des âmes , l'embarras du confesseur ne sera pas moins grand, s'il n'a des vertus solides et une sainteté éclatante. Comment oserait-il sans cela entreprendre de traiter des maladies spirituelles dont lui-même se trouve atteint , et contre lesquelles il n'aurait d'autres lemèdes que ceux qu'il a vainement employés pour lui-même? Il ne sent que trop bien le reproche insultant et amer qu'on est en droit de lui faire : médecin , guérissez - vous vous-même, lui dirait-on ; c'est décrier vos remèdes que de n'en pas user dans les mêmes circonstances où vous les appliquez aux autres : Medice , cura te ipsum (2). Enfin comme ministre d'un sacrement de la loi nouvelle, le confesseur doit être recommandable par une vie pure et des mœurs innocentes , les choses saintes devant être traitées saintement. Sans cette sainteté, il ne serait le ministre d'un sacrement qui confère la grâce que pour lepro-
(1) Nec quicqiiam illi déesse peisonœ débet , pênes qnam est religionis surama et substantia. (Ibid.)
(2) Luc. c. 4. V. 23.
faner; il iic purifierait les autres que pour se souiller davautajje luimême.
Si vous me demandez quelle doit être cette sainteté dans le confesseur, je répondrai d'abord qu'elle doit exclure tout péché mortel. Il est vrai que le sacrement de la réconciliation par lui -même est saint; sa vertu ne dépend ni de la sainteté ni des mérites de celui qui l'administre; donné par un mauvais prêtre, il a les mêmes effets de sanctification que s'il l'était par le confesseur le plus irréprochable : je conviens de tout cela; mais il faut convenir aussi que c'est une grande indignité, un horrible sacrilège à un homme qui a rejeté Dieu et sa grâce , d'entreprendre de conférer celle-ci aux autres. Rien de plus odieux que de voir l'ennemi de Dieu faire, auprès de la majesté suprême qu'il a outragée, la fonction de médiateur pour la réconciliation de ses frères. Rien qui révolte davantage que de voir un ministre du démon servir d'inslrumentà Jésus-Christ et recevoir de lui une impression surnaturelle pour produire dans les âmes le chef-d'œuvre de son amour et de sa puissance. On est saisi d'indignation en voyant un criminel ajjir comme député de la plus sainte des religions, et disposer en son nom, malgré elle, de ce qu'elle a de plus auguste et de plus sacré. Si l'exercice d'une fonction légale était un crime puni de mort dans les prêtres de la synagogue, quand ils s'y ingéraient sans la pureté et les dispositions requises, quel châtiment assez grand pour le prêtre évangélique qui, faute de s'être purifié, n'exerce la puissance de remettre les péchés dans le sacré tribunal, que pour fouler aux pieds le Fils de Dieu et pour profaner le sang même de l'alliance par lequel il avait été sanctifié {])?
Un autre caractère de la sainteté du confesseur , c'est une vive horreur de tout ce qui s'appelle péché véniel. Ces sortes de fautes empêchent les communications avec Dieu et l'union qu'il doit y avoir entre la cause principale de la grâce qui est Dieu , et le ministre qui en est l'instrument. Les péchés légers n'éteignent pas à la vérité la charité habituelle, mais ils la rendent faible et languissante; ils refroidissent une âme dans l'amour de Dieu, ils lui donnent du dégoût pour la prière et pour les exercices de piété , et par là diminuent en elle les lumières et l'ardeur nécessaires pour gouverner les consciences. Enfin, la sainteté du confesseur doit être une sainteté bien solide , à cause des grandes tentations auxquelles il se trouve
[ (i) Ad Hclr. c. 10. v. 10.
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exposé dans l'exercice de son ministère. Pour mettre l'appareil sur des plaies purulentes etinfectes, il faut une main bien pure; il faut un cœur extrêmement chaste pour n'être point souillé de toutes les saletés qu'on entend dans le tribunal de la pénitence. L'exemple est pernicieux ; il séduit quelquefois les plus saints et les plus affermis dans le bien. Tel qui repoussait une tentation avec horreur , ne la craint plus tant lorsqu'il voit que le mal auquel elle le porte n'est pas sans exemple. Mais de tous les péchés, il n'en est pas de plus contagieux , ni qui se communique plus aisément que celui qui est contraire à la chasteté. Si l'on ne peut entendre des discours déshonnêtes, même lorsqu'on les déteste, sans être importuné de mille pensées sales, que sera-ce d'un confesseur appliqué, malgré qu'il en ait, à examiner les actions les plus honteuses? Ne court-il pas un grand risque de se souiller en purifiant les autres , s'il n'a soin de se tenir bien uni à Dieu? Eh ! pour combien de prêtres le sacré tribunal n'a-t-il point été et n'est-il point encore tous les jours un écueil funeste à l'innocence?
Nous ne prétendons pas au reste que les confesseurs soient impeccables. Nous connaissons assez notre faiblesse. En rentrant dans notre propre cœur, nous ne pouvons nous empêcher d'y voir un fonds inépuisable de corruption et de malice, qui nous porte sans cesse au mal et nous détourne du bien. Ce qu'on exige donc d'un confesseur et ce qu'on a droit d'en exiger, c'est qu'il s'efforce de se conserver toujours dans la grâce de Dieu et de croître en son amour; de s'avancer chaque jour dans la pratique des vertus chrétiennes et ecclésiastiques, s'étudiant à être partout, pour tous et toujours la bonne odeur de Jésus-Christ, honorant son ministère par une conduite et des mœurs sans reproche. Nous avons déjà remarqué, et il est certain qu'une des principales causes du dérèglement des pénilens est la vie peu réglée des prêtres chargés de la conduite des âmes. Tandis qu'ils auront de l'attachement pour le péché , il n'est pas possible qu'ils en détournent les autres avec succès. Mais , sans nous appesantir sur cette matière que nous avons déjà traitée ailleurs (1), venons à la troisième qualité du confesseur, c'est la science.
Une science éminenle, ou au moins une science compétente et convenable : Bocti. Un confesseur (jui manque de la science alisoluQient nécessaire est hors de la voie du salut et incapable d'absolu -
(1) Voyez ce qui a été dit ci-dessus sur la sainteté des prêlies.
tion, jusqu'à ce qu'il l'ait acquise ou qu'il ait renoncé à la fonction d'entendre les confessions. La nécessité de la science pour lui est fondée surtout dans les titres de juge, de médecin et de guide dans le chemin du ciel, dont il est honoré. Comme juge, il doit savoir ce qui est permis ou défendu à ceux qui sont justiciables de son tribunal. Eh ! quel juge que celui qui ignorerait les lois et les coutumes du lieu où il doit rendre la justice! Mais quelles personnes et en quelles matières le prêtre doit-il juger? Il doit juger toutes sortes de personnes et dans toutes les matières, puisque tous les fidèles, de quelque condition qu'ils soient, sont obligés de se confesser. Il faut donc qu'il ait une connaissance exacte des lois divines et humaines , ecclésiastiques et civiles ; qu'il soit en état de décider ce qu'elles permettent ou ce qu'elles défendent dans chaque profession. Dans la république, un juge s'exposerait à commettre mille injustices, si, ne prononçant qu'au hasard, il condamnait les uns et justifiait les autres sans connaissance de cause. La loi est la balance avec laquelle il doit peser les actions portées à son tribunal, et la règle selon laquelle il doit en juger. Que de lumières ne sont donc pas nécessaires à celui qui, en qualité de juge, doit prononcer sur les obligations de tous les états, éclaircir tous les doutes, débrouiller les consciences les plus embarrassées , convaincre les esprits les plus rebelles , percer les mystères d'iniquité les plus cachés, et enfin déclarer à chacun ce qui lui est permis ou défendu par la loi de Dieu ou de l'Eglise, par les ordonnances des supérieurs ecclésiastiques ou séculiers. La tête d'un seul homme pourra-t-elle renfermer tant de connaissances ?
Ce n'est pas tout cependant. Comme juge, le confesseur doit savoir encore l'étendue de sa juridiction; il faut qu'il connaisse les péchés dont l'absolution est réservée aux supérieurs ecclésiastiques, ceux qui sont accompagnés de censures ou d'irrégulurités, afin de ne pas passer les bornes de sa puissance ; ceux qui empêchent de contracter validement le mariage , ou qui en rendraient l'usage illicite. Absoudre un pénitent sur lequel on n'a point de juridiction, l'absoudre des péchés que le pape ou l'évêque se sont réservés, c'est, en rendant le sacrement nul, commettre un horrible sacrilège. Vouloir rompre les chaînes sur lesquelles on n'a point de droit, c'est se lier soi-même et laisser le criminel dans les fers. Point de plus grand défaut que celui de la juridiction.
Comme minisire du sacrement de la pénitence , le confesseur doit