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LIVRE V, CHAPITRE II

capable de chercher dans les livres l'éclaircissement des points qu'on doit savoir j encore qu'on ne soit pas en état d'y répondre (1). Observons ici en passant que, pour clouter prudemment, il faut plus de science qu'on ne s'imagine d'ordinaire. Les ignorans ne doutent de rien, n'hésitent sur rien. Les plus savans veulent s'éclaircir sur les points les plus embarrassés ; les ignorans auraient honte de consulter.

IV. La troisième qualité du bon confesseur est la prudence, non cette prudence de la chair, condamnée par saint Paul et qui n'est propre qu'à donner la mort : PruJentia camis mors est (2) ; mais cette prudence de l'esprit qui porie un directeur des âmes à ne rien négliger pour détromper ses pénitens des fausses maximes du siècle et procurer leur salut : Prudentes (3). Elle est nécessaire au confesseur, cette prudence, pour le mettre en état de bien connaître ses pénitens, de leur donner des conseils salutaires , d'appliquer à leurs maux les remèdes convenables , de leur imposer des pénitences proportionnées à leurs péchés , et enfin de leur donner l'absolution ou de la leur refuser selon les circonstances : Qtte le confesseur soit discret et prudent , disent les pères du quatrième concile de Latran; qu'en habile médecin il verse du vin et de l'huile dans les plaies du pénitent, s'inform,ant soigneusement des circonstances de la personne et de son péché , afin de pouvoir juger prudemment quel conseil il doit lui donner ^ n omettant rien de ce qui peut contribuer ci sa guérison (4). C'est la prudence qui mettra le confesseur en état de sonder habilement les plaies des pécheurs; c'est elle qui lui dictera les conseils qu'il doit leur donner , qui lui enseignera les moyens de les retirer de leurs habitudes criminelles , qui le décidera sur le jugement qu'il doit porter sur eux, qui lui indiquera les remèdes qu'il doit appliquer aux maladies spirituelles dont ils sont atteints.

Sans cette prudence , que de fautes ne fera pas le confesseur dans l'exercice de son ministère ! son zèle sera faux ou indiscret , ses corrections trop douces ou trop sévères, les conseils qu'il donnera, déplacés 5 les remèdes qu'il appliquera , inutiles ou nuisibles ; les pénitences qu'il imposera , trop légères ou trop rudes ; les absolutions

(■1 ) Innoc. IV, cap. Cum in cunctis.

(2) yid Bom. c. 8. V. 6.

(3) Concil. Mediol, l.,t, depœii, administr,

(4) Can. 20.

394 AD:\riNlSTRATION DE LA PÉNITENCE.

qu'il dispensa, nulles ou accordées sans raison. Un confssseur que la prudence ne guide pas , jetera la terreur dans les âmes qu'il devait tranquilliser, il rassurera celles qu'il devait effrayer; il traitera avec rigueur celles qui demandent à être ménagées , il usera de condescendance à l'égard de celles pour lesquelles il ne faut que de la fermeté ; il rendra scrupuleuses les âmes timorées , il troublera celles qui sont en paix , il donnera de la contiauce à des pécheurs endurcis. En un mot , il entretiendra dans ses pénitens , par une conduite opposée aux règles de la sagesse , tous les désordres qu'il devait y détruire.

Cependant , autant que la prudence est nécessaire au confesseur dans l'exercice de son ministère , autant est-il difficile d'expliquer en détail les règles de cette prudence évangélique.

En voici quelques unes qui nous ont paru plus essentielles et plus importantes pour la pratique. Nous les tirons de saint Thomas , de saint Charles Borromée et de saint François de Sales. Prudence éclairée : nous avons déjà observé ailleurs , d'après le Docteur angélique , l'obligation oij est le confesseur de rechercher la conscience des pénitens, comme le médecin recherche la plaie qu'il veut guérir, et le juge la cause qu'il doit juger (1). Nous ajoutons ici avec le même saint docteur : « Que le confesseur dans les interrogations qu'il fait , » doit avoir ces attentions : 1° de n'interroger que sur les péchés que » les personnes de tel état et de telle condition ont coutume de com- V mettre ; 2° de ne faire d'interrogations ouvertes que sur les péchés » qui sont connus de tout le monde , mesurant tellanient les ques- » lions en interrogeant sur les autres, que le pénitent puisse s'en ac- « cuser s'il en est coupable, et qu'il ne puisse les apprendre par des » questions indiscrètes, s'il les a ignorés jusqu'ici ; 3° ne point trop i> s'appesantir sur les péchés de la chair, encore moins entrer dans un » détail trop circonstancié sur des matières si critiques qui ne peuw vent que réveiller les passions. Il en résulterait les plus grands in- » convenions pour le confesseur dans la recherche trop exacte qu'il » voudrait faire des iniquités d'autrui (2). » Il doit bien prendre garde qu'une curiosité profane n'ait plus de part aux demandes qu'il est obligé de faire , qu'un saint désir de guérir. Saint Charles Borromée prescrivait la même chose aux confesseurs de son diocèse, et ne leur

(1) Foyez le chapitre précédent.

(2) In quart. Sont., dist, 19.

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