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CHAPITRE III

De quelle manière le directeur se doit comporter à Tégard des pécheurs.

(2) Le Seigneur envoie par une providence spéciale trois sortes de personnes à un directeur ; savoir : des pécheurs , des hommes péni-

(1) Can. 33.

(2) Le P, Priamonti.

tens , des âmes innocentes. Comme ces personnes diffèrent entre elles par la disposition du cœur, elles demandent aussi d'êlre différemment conduites par celui qui doit être leur .jjuidc.

Il faut en premier lieu parler ici des pécheurs , et de ceux mêmes qui sont le moins sensibles à leur propre misère. Si quelqu'un d'eux venait enfin se jeter à vos pieds, persuadez-vous qu'il le fait attiré secrètement par le Seigneur, qui veut mettre votre charité à l'épreuve- Préparez-vous donc à l'exercice de celte vertu avec tout le soin dont vous êtes capable. Faites réflexion que les premières paroles qui sortent de la bouche de ce pécheur sont pour vous donner le nom de père à son égard. Ainsi montrez-vous un père plein de tendresse pour lui par la manière dont vous le recevrez , dont vous le traiterez et dont vous le congédierez.

Vous recevrez en père le pécheur , si vous ne lui donnez aucune marque de chagrin ou de répugnance pour le temps considérable que vous devez employer à l'entendre. Ce serait être bien différent du bon Pasteur, si, loin de chercher la brebis égarée lorsqu'elle fuit, vous la mettiez en fuite lorsqu'elle revient au bercail. Vous ne sauriez offrir au pécheur un accès trop facile , afin qu'il vous découvre ses faiblesses. Il est déjà assez agité, sans que vous augmentiez encore son trouble par un abord qui le déconcerte. Encouragez-le au contraire , aidez-le de tout votre pouvoir , interrogez-le avec douceur et avec discrétion , si vous voyez qu'il manque de s'expliquer suflîsamment. Vous-même , en ces momens , recommandez-vous au Seigneur par une ardente élévation de cœur vers lui : conjurez-le de vous inspirer l'amour et la compassion qui sont propres de votre ministère.

Le devoir d'un digne ministre de Jésus-Christ , surtout en ces occasions délicates et importantes , c'est d'exercer envers le pécheur toutes les œuvres spirituelles de la miséricorde ; c'est de l'instruire , de lui donner des conseils convenables , de lever ses doutes , de le consoler dans ses peines , de le supporter , tout coupable qu'il est ; de le recommander instamment au Père des miséricordes : mais , pour vous comporter de la sorte , il faut que votre miséricorde soit celle d'un père , et que vous ne vous regardiez point comme un étranger par rapport au pécheur. Un étranger ne compatit guère au malheur d'autrui , et encore moins lorsqu'on se l'est attiré avec réflexion , et qu'il s'imagine , lui , n'avoir rien de pareil à craindre. Mais un père a d'autres scntimens. Il s'intéresse au malheur de son fds , il s'en

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