‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 230 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

afflige , il le déplore : quelque éloigné qu'il se puisse Croire d'un sort semblable, il s'attendrit à la vue d'un malheureux qu'il aime, et partage même avec lui les biens dont il jouit. C'est ce modèle qu'imitera le directeur. Ne se fùt-il jamais trouvé, ou ne dût-il se trouver jamais dans le funeste état du péché , qu'il ait une compassion sincère pour celui qu'il y voit; qu'au milieu de son bonheur il étende sa main secourable pour l'en retirer ; qu'il ouvre ses entrailles de miséricorde pour le salut d'une âme qui la demande tout entière : Cum sederem quasi rex...^ eram tamen mcerentium consolator (1).

Afin d'en venirlà, tâchez d'allumer envous une grande charité envers les pécheurs ; je veux dire une charité mêlée de tendresse et d'estime pour eux. La tendresse vous rendra très-sensible à leur souverain mal, qui est le péché : l'estnne vous les fera considérer, non pour ce qu'ils sont actuellement , mais pour ce qu'ils peuvent devenir. Sans doute qu'une âme en péché mortel est un objet d'horreur , un monstre , une vile esclavede Satan; mais cette âme peut devenir semblable aux angesdu ciel, et leur être associée : elle peut participer encore à la nature divine , être l'épouse de Jésus-Cliiist , et ressembler à Dieu en quelque sorte : J'ai dit , TOUS êtes des dieux , et vous êtes tous en fans du Très-Haut {"HJ^ Ah ! quel bonheur pour vous si cette conversion s'opérait par votre ministère ! si vous changiez en enfant de Dieu un esclave du démon ! en héritier du royaume céleste un misérable digne des flammes éternelles ! Ce changement arrivera quand votre charité saura s'insinuer dans l'âme pécheresse pour y préparer les voies à la grâce , pour y mettre une haute idée des mérites d'un Dieu sauveur, et pour lui faire comprendre qu'il ne tiendra qu'à elle , étant prévenue par la grâce, d'être lavée dans le sang de l'Agneau.

C'est dans ces vues que le Seigneur amène un pécheur à vos pieds : il prétend que vous le disposiez à recevoir la grâce , ce don si précieux , ce bien ineffable , ce rayon de la divinité , ce gage assuré de son amour ; il veut que vous soyez dans sa main comme l'instrument d'un aussi merveilleux ouvrage que l'est la conversion du cœur de l'homme. Refusez-vous donc sans peine à toute autre occupation dès qu'il s'agira de vaquer à celle-là. Un saint religieux avait coutume de dire que , s'il se voyait près d'entrer dans le séjour de la gloire , et qu'un pécheur souhaitât de se confesser à lui , il s'arrêterait aussitôt

(1) Job. 29. 23.

(2) Ps. 81. 6.

pour l'entendre. Et vous , ne regrettez jamais le temps qu'exige une semblable fonction , fallût-il y donner les journées entières : une seule perle d'un grand. prix paie assez les peines de plusieurs jours employés à la trouver. Mais Dieu réserve bien une autre récompense à votre charité persévérante , vu qu'en considération du zèle patient de ses ministres , il répand d'ordinaire une plus abondante miséricorde sur les âmes qu'il leur confie.

D'une autre part , quel reproche ne mériteriez-vous point si l'œuvre commencée par le Saint-Esprit demeurait interrompue par votre faute ? C'est à quoi ion s'expose en se hâtant d'absoudre et de congédier le pécheur ; par cette précipitation on ne fait , pour ainsi parler, que dégrossir l'ouvrage de Dieu, et il n'en reste qu'une ébauche très -imparfaite. Au lieu de transformer le pécheur en un homme nouveau , ce n'est qu'un enfant , un avorton même , comme s'exprime l'apôtre saint Paul.

Lors donc que le pécheur aura fini la confession de ses fautes , vous lui en représenterez doucement et vivement toute l'énormité , la misère où elles l'ont réduit, le danger où elles l'ont mis de se perdre à jamais, son ingratitude extrême envers le Dieu de bonté , l'abus étrange qu'il a fait d'une patience inlinie qui ne s'est point lassée de l'attendre ; vous lui apporterez d'autres semblables motifs de terreur ou d'atiendrissemeat , selon que vous apercevrez qu'ils font en lui des impressions plus profondes et plus salutaires. Après cela vous lui ferez entendre que ses maux ne peuvent être guéris par un remède d'un instant, tel que serait celui d'une absolution subite; que sa guérison, en l'état où il est, demande un certain temps, pendant lequel il se dispose encore mieux à la recevoir du souveraia médecin des âmes ; qu'il doit commencer à pratiquer durant ce délai nécessaire des œuvres chrétiennes en satisfaction de ses infidélités ; que son vrai bien, le respect dû au sacrement de la rémission et votre propre conscience ne vous permettent pas d'en user autrement; que les ministres de Jésus-Ghrit sont les dispensateurs , et non les maîtres de son sang, dont ils répondront un jour en toute rigueur.

Peut-être que le pécheur ne sera pas sourd à de si justes remontrances ; peut-être qu'il ouvrira plus les yeux sur ses plaies , et qu'il en désirera davantage une guérison qui lui paraît sûre et durable. Si cela est, vous lui ordonnerez de Ure tous les jours quelque livre de piété qui le porte à la componction , et principaleiiient le Kouveauïestamcnt; de recourir un ccrtciia nombre de fois le jouv à Jésus-'

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