‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 23 sur 331 · LIVRE H, CHAPITRE XXXVf · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE XXXVf

vient à son honnête enlielion , il consacrera le reste en œuvres de piété, conformément à l'intention de l'Eglise, soit qu'il s'agisse de le répandre pendant sa vie , soit qu'il soit question d'en di.sposer à l'heure de sa mort.

Mais comment persuader cette vériîé dans un siècle où l'on ne juge de la bonté d'un titre , que par le nombre et la bonté de ses revenus; où il semble qu'on ne lasse plus un crime aux ecclésiastiques de vouloir être riches, encore moins de ti^availler à le devenir; où l'on prétend même qu'ils dotent , qu'ils enrichissent leurs familles? autrement , où on les fait passer pour des avares , oîi on les regarde comme des gens qui ne sont bons à rien ? Ne vaudrait-il pas mieux se taire sur cette matière , qu'entreprendre de la traiter sans apparence d'y réussir?

La réponse à tout cela est*aisée. Ce n'est point la possession des biens d'Eglise qu'on dispute ici aux ecclésiastiques, mais l'attachement qu'ils pourraient y avoir, et l'énorme abus qu'ils doivent craindre d'en faire. Que les prêtres aient de l'or, de l'argent, ou telle autre espèce de bien qu'il leur plaira, pour l'employer, conformément à leur état, en de bonnes œuvres-, rien de mieux à sa place : mais y attacher leur cœur, jusqu'à en faire le principal objet de leurs fondions , mais travailler pour s'enrichir comme des séculiers , mais amasser comme eux avec avidité , posséder comme eux avec inquiétude ; donner dans cet esprit d'avarice dont le siècle taxe si souvent, et à si juste titre, quantité de gens d'Eglise, c'est le piège que nous leur découvrons, et dont ils ne sauraient trop se garantir. Pourquoi? parce que cet esprit d'intérêt les rend tôt ou tard criminels dans toutes leurs fonctions ; qu'il leur fait mettre en œuvre des moyens de s'enrichir, indignes de la sainteté de leur profession , et les engage dans tous les vices qui marchent presque toujours à la suite des richesses : parce que cet esprit d'intérêt tarit en eux la source des aumônes, et qu'il leur fait grossir leur abondance de la misère des pauvres, sans égard ni aux cris de tant de malheureux dont ils retiennent le patrimoine , ni à la dureté qu'ils inspirent aux laïques , en donnant moins libéralement et moins souvent l'aumône qu'eux. Parce qu'enfin cet esprit d'intérêt, tout coloré qu'il est de mille vains prétextes , ne tend qu'à enrichir les familles des ecclésiastiques du patrimoine de l'Eglise ; et qu'un pareil usage de ses biens est , pour eux et pour leurs familles, une source abondante de malédictions,

Pour combattre , et s'il est possible , pour détruire cet altachejnenl déréglé dans le cœur des ministres sacrés , j'entreprends ici de peindre Tavarice sous les traits odieux qui la caractérisent dans un prêtre ; j'exposerai ensuite les ravages élonnans que fait cette criminelle passion dans un ecclésiastique qui s'en est malheureusement laissé posséder.

I, (1) Pour inspirer aux premiers fidèles l'horreur qu'ils doivent avoir de l'avarice , saint Paul leur faisait envisager cette passion comme une véritable idolâtrie (2). Il disait, en instruisant Timolhée , que l'avarice jette ses malheureux esclaves dans mille tentations, qu'elle les fait tomber dans l."s pièges du démon , qu'elle les précipite dans mille désirs frivoles et nuisibles , dont le terme est la mort dans le péché et une réprobation inévitable (3). Mais ce vice si honteux en soi , a quelque chose de plus criminel encore dans les prêtres et dans les ministres de l'Eglise. Une opposition particulière avec le sacerdoce évangélique , la multitude des crimes qu'il leur fait commettre dans l'exercice de leurs fonctions, les moyens indignes qu'il leur suggère pour s'enrichir, enfin les prétextes frivoles par lesquels quelques uns d'entre eux prétendent justifier leurs sordides épargnes; voilà les traits odieux qui caractérisent l'avarice dans un ministre de la religion.

Je dis premièrement, opposition marquée de ce vice avec le sacerdoce de la loi nouvelle : dès l'ancienne , les lévites et les prêtres enfans d'Aaron ne devaient point partager avec les autres tribus , la terre abondante et délicieuse que Dieu avait abandonnée à son peuple , le Seigneur voulant être lui-même le seul partage et Tunique héritage de cette tribu chérie (4). C'était là une figure, mais une figure bien propre à faire sentir aux prêtres de la loi nouvelle quel doit être leur éloignement d'un vice qui dégrade si fort le sacerdoce de Jésus- Christ. La nature de leur état , les engagemens saints qu'ils ont pris avec le Seigneur en l'embrassant, les maximes et les exemples, tant de l'Homme-Dieu , fondateur du sacerdoce nouveau , que des hommes

(d) Sevoy.

(2) Avarilia, quod est idoloriim servitus. (^d Ephes. c. 5. v. 5.)

(3) Qui voliint divites fieii, incidunt in tenlationem et laqtieiim diaboli , et desideria mulla iiuitilia et nociva, quœ niergunt honiines in inteiilnm etperditionem. (1 ad Tim. c. 6. v, 2.)

(4) Non habebmit saccidotes et levitœ parteni et haereditalem cum reliquo Israël.., Doniinus enim ipse est hseieditas eorum. {Deuter, c. 18. v. 1 et 2.) j

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