‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 24 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXXVI

apostoliques qu'il substitua à sa place, pour perpétuer dans son Eglise la doctrine céleste qu'il était venu enseigner au monde ; tout leur dit le détachement où ils doivent vivre. Qu'un homme du monde pense à s'enrichir; qu'un père de famille se donne mille mouvemens pour laisser à ses enfans un ample héritage; qu'il sacrifie pour cela son i-epos , sa santé , sa vie même , c'est une i'aiblesse bien digne de compassion ; c'est une folie dans un chrétien qui ne doit se regarder sur la terre que comme dans un lieu de passage et d'exil : faiblesse et folie , après tout , moins condamnables dans un père de famille , qui a , pour amasser, des raisons, sinon solides, du moins apparentes , fondées sur l'exemple et les préjugés de la multitude. Il est père, et la tendresse paternelle l'avertit qu'il doit à ses enfans les moyens de subsister et de soutenir honorablement leur état. Mais un prêtre , un ministre sacré qui devient toujours plus avide, à mesure qu'il devient plus riche , quelles raisons a-t-il , quels prétextes même peut-il avoir pour amasser, qui ne soient réfutés par la nature même de son état?

Il est seul ; il n'a ni seconds , ni enfans , pas même peut-être de frères auxquels il soit obligé de rien laisser; et cependant il s'épuise pour acquérir, comme si , par ses travaux , il était obligé de fournir aux besoins d'une famille nombreuse ; ses yeux et encore plus son cœur, sont insatiables de richesses (1). Fut-il jamais folie comme celle-là?

Son infidélité aux saints engagemens qu'il avait pris avec le Seigneur, n'est pas moins criante. Dès son entrée dans l'état ecclésiastique , il avait pris le Seigneur pour son partage ; il avait prolesté solennellement à la face des autels de n'avoir jamais d'autre portion, d'autre héritage que lui (2). Le prêtre avare, au contraire, ne veut avoir d'autre héritage que ses richesses et son argent; c'est là tout son trésor, parce que c'est là où est son cœur (3). Dans les principes de notre sainte religion , le prêtre est un homme de foi qui , s'élevant au dessus des sens, compte pour rien tout ce qui passe, ou tout ce qui ne peut pas le conduire au souverain bonheur ; foulant aux pieds toutes les richesses de la terre , qu'il regarde comme de la

(1) Hnus est, et secundum non habet , non filiuni , non fiatrem; et tamen laboraie non cessât, nec satiantur oculi ejus diviliis. {Eccl. c. 4. ».S.)

(2) Doniimis pars hœiedilatis meœ et calicis mei j tu es qui restitues haereditatem nieani niihi. (Psal. 15.)

(3) Matth. c. 6. v. 21.

bouc , il ne soupire Viiie pour le ciel, où il voit et oîi il attend toute sa récompense. Le prêtre avare, au contraire, laissant son cœur et ses atï'eclions ramper sur la terre , met toute sa confiance dans ses richesses ; il dit avec l'impie dont parle un prophèle : Je suis devenu riche, et, dans mes richesses , j'ai trouvé le Dieu que j'adore , et auquel seul je sacrifie (1); mais le Dieu de la crèche qu'on propose à mes adorations , je ne le connais point pour mon Dieu ; il me faut une divinité plus conforme à mes penchans, et je l'ai trouvée dans les richesses, qui seules emportent toutes les affections de mon cœur.

Aussi, pour nous persuader de la vanité des richesses, ne fallut-il rien moins que l'exemple d'un Dieu qui voulut consacrer la pauvreté dans sa personne. Maître absolu de toutes les richesses du monde, il pouvait naître dans le sein de l'abondance, et il naît dans le sein de la misère, n'ayant pour palais qu'une pauvre étable, pour trône qu'une vile crèche , pour lit qu'un peu de paille , pour tous vêtemens que de chétifs lanj^es. Dans le cours de ses prédications évang[éliques , il vit des aumônes qu'on apporte à ses disciples , sans savoir même où reposer sa tête (2). Il meurt dans un dépouillement universel , entre les bras de la croix. Veut-il s'attacher des disciples pour perpétuer dans les générations à venir les fruits de grâce et de salut qu'il est venu apporter au monde ? Pour l'exécution d'un si grand projet, il ne choisit ni les riches ni les puissans de la terre : douze pauvres pêcheurs qui , pour le suivre , n'avaient à quitter que des barques et des filets , voilà ceux qu'il établit les docteurs de l'univers , et qu'il charge de communiquer aux sages du monde les trésors de science et de sagesse qui doivent l'éclairer et le sanctifier. Et quelles maximes leur enseigne-t-il , quels moyens leur fournit-il pour réussir dans une telle entreprise? Gardez-vous de tonte avarice, leur dit-il; car quelque biens qu'uu homme possède , ce n'est pas dans leur abondance que sa vie consiste. Ne vous mettez point en peine de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez (3), ajoute-t-il. Ce divin maître pouvait-il mieux nous faire sentir que le désintéressement doit faire le caractère propre et pariiculicr de tous ceux qui sont destinés à conduire les âmes dans les sentiers de la perfection et du salut?

En suivant ces maximes , l'apôlre voulait qu'on regardât les minis-

(1) Dives effecliis snm; itiveiii idolum milii. {Osée. c. 12. v. 8.)

(2) Luc. c. 9. V. 58.

(3) Ibid. c. 40. V. 45 et 2U.

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