‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 231 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

Christ et à sa sainte Mère ; de faire quelques aumônes ou d'autres œuvres de charité. Recommandez-lui par dessus tout de se fixer à un confesseur , de le choisir habile , zélé , capable de l'aider ; et si son choix tombait sur vous, ne rejetez pas ce fardeau : c'est une âme rachetée du sang de Jésus-Christ , qui veut en assurer le salut par vôtre zèle , et qui en mettra la perte sur votre compte si vous la rebutez.

Après avoir engagé le pécheur à se servir des moyens dont je viens de parler, vous lui direz de revenir à vous de temps à auire , afin de lui déterminer le moment propre pour l'absoudre. Ce moment heureux pour lui sera venu lorsque vous pourrez prudemment vous répondre de la sincérité de sa contrition , et que 1 absolution qu'il recevra doit devenir en lui le principe d'une vie nouvelle. Mais en attendant le jour de grâce et de résurrection pour lui , ne soyez point oisif de votre côté sur ce qui le regarde. Vous vous adonnerez plus pai liculièrement à la mortiticalion pour lui obtenir une ample mesure de miséricorde ; vous demanderez au Seigneur avec instance de donner la perfection à un édifice dont il a bien voulu poser déjà la première pierre ; vous lui représenterez souvent avec humilité et avec confiance , que , sans le secours puissant de sa grâce tous vos efforts seraient inutiles : JSisi Do minus adificaverit domum , iio vanum Ictr' boraverunt qui œdificant eaw (1).

Suivez ce plan de conduite , tout opposé qu'il est à la méthode de tant de ministres , qui n'hésitent point pour absoudre sur-le-champ toutes sortes de pécheurs. Les pères du second concile de Latran semblent ne pas séparer ces deux choses; savoir : la trop grande facilité d'absoudre dans les prêtres , et en même temps la l^usse pénitence dans les laïques (2). Les prêtres qui absolvent inconsidérément ont un juste sujet d'a;>préhender que Jésus-Christ ne leur dise un jour en colère ce qui lui dit à l'imprudent Achab : Parce que TOUS avez laissé échappe/' de vos mains un homme diyne de mort votre âme répondra pour la sienne (3).

Pour éviter ce malheur , si le pécheur paraît insensible et rebelle

(1) Ps. 126.

(2) In ter caetera unum est , quod sanctam maxime pertmbat Ecclesiam, falsa scilicet pœnitentia. Idcirco , confiatres nostros et presbyteros adinonemus ne falsis pœnitentiis iaicorum ^animas decipiant , et in infernum[pertralii patiantur, {Cun. 22. )

(3) 3 iîe^', 20, 4?.

à toute r industrie de votre charité ; s'il ne vous promet de changer de vie que pour tirer de vous une vaine absolution , puisqu'il rejette les moyens d'en recevoir une véritable, vous n'avez point alors d'autre parti à prendre que celui-ci ; c'est de le renvoyer avec les marques de la compassion la plus tendre , et de lui annoncer en même temps avec véhémence la perle comme assurée de son salut éternel. Ses mauvaises habitudes se fortifiant chaque jour, la dureté de son cœur augmentant de plus en plus , les ténèbres redoublant toujours dans son esprit, il serait bien difficile que la mort ne le surprît pas enfin dans l'état criminel où il est.

Vous aurez moins sujet de gémir, mais plus à travailler s'il vient à vous une autre sorte de pécheurs : ce sont ceux qui d'un côté veulent sortir de leurs désordres , et qui d'ailleurs y retombent souvent par la force de l'habitude , par l'attrait de l'occasion et par la fragilité de la nature. Il vous faut ici un grand courage et une grande sagesse ; un grand courage pour ne vous rebuter point , quoique le succès ne réponde que lentement à votre travail; une grande sagesse pour chercher tous les moyens d'enlever au démon une âme qu'il a déjà comme ravie à ■Jésus-Christ. Oui, ces pécheurs sont dans un danger où toute l'ardeur et toute la lumière de votre zèle leur sont nécessaires. De tons les enfans d'Israël qui rivent à Samarie dans les délices et dans la mollesse de Damas js' il en échappe quelques uns, ce sera comme lorsque le berger arrache une hrehis de la gueule du lion (1).

Pour venir à la pratique , vous témoignerez à ces personnes-là combien vous êtes touché de leur état , et combien vous désirez de contribuer à les en retirer. Ce procédé aura deux bons effets : le premier, de vous gagner leur confiance, par conséquent de les porter à vous écouter volontiers et à vous obéir : sans quoi vous vous fatiguerez vainement pour eux ; le second, c'est que le désir que vous marquez pour leur salut leur fera plus aisément concevoir à eux-mêmes un vrai désir de se sauver. Ce désir est la première disposition requise dans un malade pour être guéri , comme nous le voyons dans l'Évangile , où le Sauveur fait d'abord cette demande au malade qui languissait depuis trente-huit ans : Kis sanus ficri (2) ?

Ensuite, si vous pouviez obtenir de votre pénitent qu'il fît une retraite, ce serait la voie la plus courte pour le remettre dans le bien,

(1) Amos , 3. 12.

(2) Juù , 3. C.

Page 1