‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 233 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

y avoir quelque égard dans lescommencemens. Néanmoins, vous réduirez toujours peu à psu votre pénitent à un plus petit nombre d'amusemeus, de visites, de conversations inutiles ; à diminuer quelque chose de ses commodités , à se refuser par degré tout le frivole et le superflu. Le cœur n'est point attaché à ces vanités, sans qu'elles lui deviennent enfin une pierre de scandale. Dum amantur vana , perpetrantur mala (d).

Les restes du péché étant ôtés, vous fournirez les alimens propres à rétablir et à soutenir les forces de l'àme. Ces alimens sont les bonnes œuvres; l'exercice de la mortification, les saintes lectures, l'oraison , la fréquentation des sacremens ; mais tout cela doit être proportionné à la faiblesse d'un commençant. Que la mortification cependant soit à la tête de tout, afin de guérir le mal dans sa racine ; car nos désordres ne viennent que de ce que nous ne savons point mortifier nos appétits déréglés (2). On lâche la bride à un cheval fougueux, et l'on veut qu'il obéisse. Pour le rendre obéissant, il faut le tenir en bride ; le piquer s'il veut arrêter, et le retenir s'il veut courir. La partie animale de l'homme, laquelle est l'appétit, se dompte à peu près de cette manière. Mais, parce que la seule idée de se mortifier efl'raie quelquefois des commençans , vous ne demanderez d'abord que le sacrifice des répugnances plus aisées à surmonter ; tantôt ce sera une légère abstinence de quelques mets , tantôt on ne regardera point quelque objet même permis , tantôt on se privera d'une parure peu nécessiiire. Ces petites victoires qu'on remporte sur soi ne sont pas d'un prix médiocre , pourvu qu'elles soient fréquentes, et elles préparent insensiblement à de grandes choses.

Vous prescrivez ensuite la lecture des livres de piété, vu qu'il est difficile de se remplir de saintes pensées, si on ne lit les vérités qui les produisent. Les bonnes herbes ne viennent guère qu'on ne les plante, au lieu que les mauvaises viennent toujours assez d'ellesmêmes. Au reste , pour empêcher que la curiosité ne se glisse dans ces lectures, ou que l'inattention ne les rende infructueuses, vous avertirez d'appliquer à ses besoins ce qu'on lit ; de n'y chercher que les instructions qui y sont renfermées, et d'y insister assez pour donner à l'esprit et au cœur le loisir de s'en pénétrer.

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