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refus mêmes ne purent rebuter, mérita par sa persévérance d'obtenir ce qu'elle souhaitait : Fiat tibi sicut vis (1).
Vous mettrez comme la dernière main à l'ouvrage par la fréquentation des sacremens. Quant à la confession , qu'on se présente assez souvent à vous pour y venir, s'il est possible, avant que d'être retombé. C'est un grand avantage que des remèdes qui guérissaient seulement le mal, en soient désormais les préservatifs ; et lorsqu'on est parvenu à ce point, on touche de près au terme d'une santé parfaite. Il faut en second lieu qu'on participe souvent à la sainte table, si on ne commet que des fautes légères, auxquelles on n'a point d'affection : car si les viandes dont nous faisons notre nourriture ordinaire ont la vertu d'entretenir la bonté et la vigueur de notre tempérament, qui peut douter que le pain céleste n'ait la même venu, quand nous nous en nourrissons avec les dispositions que les saints ont sagement exigées?
Ne demandez point de votre pénitent , comme une disposition essentielle pour communier , ce qui est justement le fruit de la fréquente communion, c'est-à-dire la plus parfaite innocence de mœurs. Le fruit de l'arbre de vie , dans le paradis terrestre, c'était l'exemption de la mort pour quiconque en mangerait souvent. Pourquoi changeriez-vous cet ordre de choses ? Pourquoi exigeriez-vous de l'homme aujourd'hui qu'il soit exempt de toute faiblesse pour avoir part au sacré banquet, pour se nourrir de ce nouvel arbre de vie qui nous communique enfin une sorte d'immortalité?
Mais avec ces remèdes réussit-on à préserver l'homme des rechutes? Oui, pour l'ordinaire, quoiqu'après tout cela n'arrive pas toujours. Quelques uns retombent malgré leur retraite et leur confession générale faites dans toutes les règles ; malgré la participation des sacremens , l'exercice de la prière , les saintes lectures , la mortification des sens ; malgré l'éloignement de toute occasion extérieure de rechute. Voilà ce qui afllige extrêmement un confesseur. Cependant à ce mal opiniâtre il y a deux ressources, dont la première est d'augmenter la mesure des remèdes. La quantité de baume qui suffirait pour préserver de la corruption un corps nouvellement mort, ne suftira pas pour en préserver un autre qui commencerait déjà à se corrompre.
Observez donc jusqu'où va l'ascendant de la mauvaise habitude,, afin de déterminer tout ce qui est nécessaire pour la vaincre. Jésus- Ci) Matth.%'6. 2S, / ...
Christ, avanfquc de chasser le démon du corps d'un jeune homme, demanda au père depuis quel temps son fils était tourmenté ? « Dès son enfance, répondit le père, et cet esprit muet Va souvent jeté dans le feu et dan; Teau pour le faire péiir. » Aussi les disciples du Sauveur ne purent ils délivrer le jeune homme , et il fallut que leuv maître le fît lui-même ; c'est-à-dire que des moyens ordinaires 'ne suffisent point contre des maux invétérés et de fréquentes rechutes. Alors c'est une nécessité de redoubler les remèdes , de donner plus de temps à la prière , de se mortifier en des choses plus considérables, et de s'exercer davantage à toutes les œuvres de piété. Ceci doit encore plus s'entendre de ceux qui se trouvent dans roccasion prochaine qu'ils ne sont pas maîtres de quitter ; des jeunes gens, par exemple, à qui il n'est point permis d'abandonner la maison paternelle , ou bien des personnes oblijïées de vivre ensemble , retournent souvent à des désordres que le monde appelle des fragilités, et que l'Evangile nomme des abominations. Que faire en ces rencontres? Premièrement, si ces personnes ne peuvent pas se sauver tout-à-fait du péril , elles peuvent au moins le diminuer , en évitant tout entretien particulier et toute sorte de familiarité. Secondement, la nécessité morale où ils sont de marcher toujours sur le bord du précipice les oblige à beaucoup plus qu'on ne leur demanderait , s'il leur était libre de se mettre à couvert du danger. Ainsi , des pratiques de piété qui nô seraient que de conseil pour d'autres, se changent en préceptes à leur égard. Ce sera à vous de régler ces pratiques sur la nature du péril.
L'autre ressource aux fréquentes rechutes , ce serait d'embrasser un genre de vie où l'on fût obligé par état de tendre à la perfection. On en a vu souvent, de ces pécheurs infortunés, trouver enfin dans le cloître un remède à leur faiblesse , qu'ils avaient inutilement cherché partout ailleurs. En effet , lorsque Dieu souffre que l'homme retombe ainsi dans des fautes grièves , quelque attentif qu'il soit à s'en éloigner, on peut dire que cette permission divine lui est une sorte de vocation , un avertissement de quitter le siècle , cette région de scandale pour lui. Je suppose toutefois qu'il n'ait point encore d'engagement qui le fixe. Que si c'est un prêtre , la longue suite de ses rechutes est comme une voix qui lui crie au fond du cœur de mener une vie pénitente et plus retirée , de renoncer à toutes les occupations mondaines , et de se détacher de tout intérêt temporel ; de se donner sans réserve à l'affaire de son salut , et de ne point s'ingérer
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dans ce qui regarde Taffuire du salut du prochain , qu'après s'être bien assuré de la sincère conversion de son cœur. Il ne doit pas même songer à s'y rengager jamais, s'il prévoit que cette sorte d'application puisse être pour lui une occasion de rechute. Si c'est un père de famille , l'alternative continuelle du bien et du mal où il vit , est une marque sensible que Dieu attend de lui un renoncement éternel à mille choses ;, même permises , que vous lui détaillerez , conformément à sa condition : Dieu veut encore qu'il substitue à ses fri'^ voles amusemens des œuvres de miséricorde , et qu'il se consacre à cet exercice , afin d'obtenir de lui-même miséricorde : Beati miseri^ cordes, qiioniam ipsi misericordiam consoqueiitur (1).
C'est la doctrine de saint Grégoire , qu'il y a un grand nombre de chrétiens qui ne se sauveront point , s'ils n'entreprennent quelque chose d'extraordinaire et d'héroïque : Plerique sunt , qui nisi omnick reliquerint, salvari apud Deum niilla tenus possunt. Mettez donc tOUt en usage , employez le fer et le feu pour le salut de votre pénitent , si ses blessures sont au dessus des remèdes ordinaires ; [et ; qu'il veuille lui-même son salut , quoi qu'il en puisse coûter. S'il est au contraire de ces lâches chrétiens qui frémissent à la seule proposition de ces remèdes violens , mais nécessaires , n'oubliez rien pour leur faire comprendre qu'il leur sera bien plus dur d'entendre un jour de la bouche de Jésus-Christ cette formidable sentence : Allez , maudits , au feu élernel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges (^2).