‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 25 sur 331 · LIVRE II , CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XXXVI

très de i'Evaugile comme des pauvres par état, mais destinés à enrichir leurs frères des dons et des trésors de la grâce ; paraissant dénués de tout , mais dans leur indigence possédant en effet tous les biens (l).Que ces dispositions sont éloignées de celles du prêtre avare ! Loin de se faire un crime d'être riche , il s'en ferait un de ne pas travailler à le devenir , ou de ne pas penser à enrichir sa famille ; il se regarderait comme un homme inutile à la société , s'il n'entrait pas dans toutes les vues intéressées et profanes de ses parens.

A tous ces traits tirés de l'Ecriture , et qui caractérisent le bon prêtre , saint Bernard ajoute celui d'une compassion tendre pour tous les malheureux : dur à lui-même , il s'attendrit sur les misères des autres : regardant les maux de ses frères comme les siens propres il se prive du nécessaire pour subvenir à leurs besoins , il se dépouille avec joie pour revêtir les membres de Jésus-Christ : Pronus compati^ subvenire promptus. Prenant pour lui-même la maxime de l'apôtre qu'il vaut mieux donner que recevoir (2) , il regarde comme perdus tous les biens qu'il ne fait pas ; il compte au nombre de ses jours malheureux tous ceux qui ne lui offrent pas quelques misères à soulager ou quelques œuvres de charité à exercer. C'est à la lettre le beau portrait que nous fait le saint docteur d'un prêtre qui a l'esprit de son éiat. Mais le prêtre avare a d'autres maximes : absorbé pour ainsi dire dans lamour de l'argent , ses yeux et son cœur sont toujours fermés sur la misère du pauvre ; il aime son argent pour luimême , dit encore saint Bernard ; et tout le reste , le prochain , Dieu lui-même , il n'aime tout cela que pour son intérêt et son argent (3). Uniquement appliqué à se faire un patrimoine du bien des pauvres, il ne rougira pas de faire servir à sa cupidité le ministère le plus saint.

C'est un autre désordre qu'entraîne comme nécessairement avec elle l'avarice des prêtres ; elle leur fait commettre mille fautes dans l'exercice de leurs fonctions. Que celui qui sert à l'autel vive de l'autel , l'apôtre le permet et rien n'est plus juste (/i). Mais ce qui est abominable aux yeux de Dieu, c'est qu'un ministre de Jésus-Christ

(1) Siciit egentes , multos aiiteni locnplelante.s 5 tanquàm niliil habcnlcs, et 0111nia possidentes. (2 ad Cor. c. 6,v. 10.)

(2) Darequàiii accipere beatiiis judicans, et |per omnia proximorum œqiiè ut propiias respicicns nécessitâtes. (Ad. c. 20. v, 35.)

(3) Fruiturpecuniû, ulitui-Deo; nonnuninium piopter Dciim, scd Deuniproptcr numnium. ^

(4) Qui altavi deserviunt, cum altaii participant. (1 nd Cor. c 9. v. iB.)

fasse servir l'autel à sa cupidité et qu'il cherche à s'enrichir de ses dépouilles; c'est qu'en faisant un indigne trafic des choses spirituelles, de la pai'ole de Dieu et des sacremens , il les donne pour ainsi dire au plus odi'ant ; c'est qu'il ne récite le saint office qu'en vue des revenus du bénéfice ; c'est enfin que le tribunal de la pénitence soit toujours ouvert aux riches , tandis qu'il est toujours de difficile accès aux pauvres. Avilir ainsi le plus sublime des ministères , ne vouloir servir l'Eglise ou le prochain qu'autant que l'un et l'autre fourniront de quoi satisfaire l'avide cupidité du ministre; voilà ce qui fait l'opprobre de notre saint état , et ce qui dégrade le sacerdoce ; c'est ce qu'on peut appeler avec saint Bernard l'abomination de la désolation dans le lieu saint ; et voilà cependant ce qui n'est que trop commun et ce qu'on ne peut voir qu'avec la plus amère douleur en tant de prêtres sordidement intéressés , qui s'acquittent de leurs fonctions en vils mercenaires , qui , attachés au sacré ministère comme des artisans à leur métier , le regardent et le remplissent comme un travail mécanique. L'intérêt qui les domine est l'unique ressort qui les remue et le premier mobile qui les fait agir, dit saint Bernard (1). Ils fréquentent le lieu saint pour avoir de l'argent, ajoute ce père ; ils récitent les divins offices pour gagner de l'argent, ils offrent le saint sacrifice de la messe dans la vue d'une modique pièce d'argent , déterminés à ne monter jamais à l'autel , si jamais il n'y avait de rétribution à espérer du sacrifice qu'ils y viennent offrir (2). C'est ainsi , dit ailleurs le même père , qu'à l'exemple du perfide Judas, ils livrent de nouveau le sang d'un Dieu au démon de l'avarice , pour satisfaire leur insatiable cupidité (3) ; avec cette différence pourtant , ajoute saint Bernard , que le traître disciple se contenta du plus vil prix dans la vente qu'il fit du meilleur des maîtres qui était Dieu, et que ceux-ci, plus avides, voudraient tirer, s'ils le pouvaient , des sommes immenses du sacrilège qu'ils commettent en offrant le sacrifice d'un Dieu qui s immole si généreusement pour le salut de tous les hommes (4).

(1) Ipsa quoqiie ecclesiasticac dignitatis officia in turpem quœstuni... tiansierunt, nec in his salusanimanim, sed luxas quœiituidiviliariim. {Serm. 6. in Ps. 90.)

(2) Propter hoc frequenlant ecclesias, missas célébrant, psalmos décantant. {Rid.)

(3) Ut impleat sacciini suiim , tradit sanguineni justiini. {Sevt. inconcil. Rhein.)

(4) Hoc solo sane à Jud i Iscaiiotis dilTeienles , qiiôil ille lionini onine cmolumenttiin paiiconnn denarioniin niimcio cojiipensavit ; isti veraciori ingluvie iucrolum, iiiriiiitas exigunt pccunias. (6>rt^ Clej^\n^nGil. lihem.)

LI8RARYJ

Page 1