LIVRE V , CHAPITRE IV
tudinaire et au récidif , lorsque quelque signe extraordinaire témoigne de sa disposition ; mais je ne vous ai pas dit qu'il y lïit obligé. En effet, il peut la lui différer lorsqu'il le juge utile. Tel est l'enseignement commun (1). Sans doute le pénitent a droit à l'absolution lorsqu'il a confessé ses péchés, mais il n'a pas droit d'être absous sur-le-champ ; car le confesseur , en qualité de médecin , peut trèsbien , quelquefois même doit , lui différer l'absolution : c'est lorsqu'il juge qu'un tel remède sera nécessairement utile au pénitent. Maintenant est-il expédient d'user ordinairement d'un tel remède ou de n'en pas user sans le consentement du pénitent ? 11 est certain que non , lorsque le délai peut être plus nuisible qu'utile. Il en est de même , disent les docteurs , lorsque du délai il devrait résulter pour le pénitent quelque note ou danger d'infamie (2). Ces cas exceptés, quelques uns veulent qu'il soit mieux de différer l'absolution à de semblables récidifs. D'autres , plus communément , soutiennent que cela est rarement utile. C'est le sentiment du grand missionnaire de notre époque , le père Léonard de Port-Maurice , dans son savant ouvrage imprimé à Rome (3). Toutefois le plus sage est de dire qu'on ne peut établir de règle générale sur ce point. C'est au confesseur à se conduire d'après les circonstances. Qu'il se recommande à Dieu et qu'il agisse comme il se sentira inspiré. Pour moi , voici mon avis : Je dis, conformément au sentiment le plus commun , commimissima , des docteurs (4) , que si le pénitent est retombé par fragilité intrinsèque, comme il arrive dans les péchés de colère, de haine , de blasphème , de pollution, ou de déleclaiion morose , qu'il est rarement utile de différer l'absolution au récidif quand il est disposé ; car on doit espérer que la grâce du sacrement lui profitera plus que le délaide l'absolution.
Je dis par fragilité intrinsèque ; car il faut se conduire autrement avec celui qui est retombé par cause d'une occasion extrinsèque même nécessaire. La raison en est que l'occasion excite des pensées beaucoup plus vives et que la présence de l'objet émeut bien plus fortement les sens , par conséquent rend plus intense l'affection au péché que ne le fait la mauvaise habitude intrinsèque. Aussi le péni-
(1) S. Thom. 2. 2, q. 489. a. 1 et 33.
(2) Sujipl., q. 35. a. 4. ad 3.
(3) Avertissemens aux confesseurs.
tent a-t-il besoin de se faire une grande violence , non seulement pour vaincre la tentation , mais encore pour s'élo'gner de la familiarité et de la présence de l'objet , afin de rendre éloigné le danger prochain. Cela est d'autant plus vrai , si l'occasion est volontaire et doit être absolument ôlée ; car alors celui qui reçoit l'absolution avant d'avoir ôté l'occasion , est dans un grand danger de manquer à sa résolution de l'éloigner. Nous lavons prouvé aun" 29G. Il n'en est pas de même de l'habitudinaire par cause intrinsèque ; pour lui , le danger de manquer à sa résolution est plus éloigné. En effet, d'une part , l'objet extérieur qui pousse si violemment au péché n'existe pas ; d'autre part , il ne dépend pas de lui de conserver la mauvaise habitude, comme il en dépend de ne pas ôter l'occasion. Ainsi, Dieu accorde des secours plus puissans à l'habitudinaire qui se trouve dans un pareil besoin. On peut donc espérer son amendement plutôt de la grâce du sacrement que du délai de l'absolution. Le sacrement lui donnera plus de forces et plus d'efficacité aux moyens qu'il emploiera pour extirper sa mauvaise habitude. Pourquoi , demandent avec beaucoup de justesse les docteurs de Salamanque (1), devrait-on plutôt espérer que le délai de l'absolution sera utile à un pécheur qui n'a pas la grâce , qu'à un ami de Dieu l'absolution qui lui donne la grâce ? Et le cardinal Tolet (2) , parlant précisément du péché de pollution , estime qu'il n'y a pas de remède plus efficace pour un tel vice que de se fortifier souvent par le sacrement de pénitence ; il ajoute que ce sacrement est le frein le plus fort pour celui qui tombe dans ce péché, et qu'à moins d'un miracle, celui qui n'en fait pas usage ne doit pas espérer de se corriger. En effet , nous lisons dans la Vie de saint Philippe de Néri (3) , qu'il se servait surtout de la fréquente confession pour guérir les récidifs en pareille faute. A cela revient encore très-bien ce que dit le Rituel romain, au sujet de la pénitence : In peccata, facile recidentihus utilissimum fuerit consulere , ut sœpe confiteantur ; et si expédiât communicent . Or , par ces mots facile recidentihus , il entend certainement ceux qui n'ont point encore extirpé l'habitude. Certains auteurs , qui semblent ne vouloir sauver les âmes que par le rigorisme, disent que tous les récidifs deviennent pires lorsqu'on les absout avant d'être corrigés. Mais je
(1) 3 p. q. 86. a. a. adl.
(2) Lib. 6. îi. 57 oi /ifil.
(3) Part. 1. c. 15. n. 360.