‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 242 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

l" Si ce pécheur n'a jamais été repris ni averti de son mauvais état par aucun confesseur, et si , actuellement éclairé par des avis efficaces, il promet e.v corde de se corriger et accepte très-volontiers toute espèce de pénitence préservative et satisfactoire , témoignant une ferme résolution de se corriger ; 2° s'il manifeste une douleur spéciale ; s'il se confesse avec larmes , pourvu que ces larmes soient excitées par quelque motif surnaturel et ne soient ni l'effet d'un cœur efféminé , ni d'affliction , ni d'autres motifs temporels ; mais qu'on voie que c'est vraiment Dieu qui le touche et lui fait détester ses péchés ; 3*' s'il se confesse dans un temps de mission ou de retraite pour avoir entendu un sermon ou une méditation qui l'a touché , rempli de crainte des jugemens de Dieu et déterminé sérieusement à changer de vie. Il faudrait porter un jugement différent si, malgré tous les sermons et toutes les méditations , il ne donnait aucun signe de componction ; à plus forte raison si , durant ces saints jours , il continuait de pécher sans s'être corrigé de rien ; 4° si , averti précédemment par d'autres confesseurs , il a fait usage de remèdes prescrits , et s'il s'est corrigé , je ne dis pas absolument, mais en partie, en diminuant le nombre de ses chutes ; 5° s'il vient se confesser à la suite de quelque événement fâcheux , ou parce qu'il a appris la mort subite de quelque pécheur obstiné , surtout s'il était son complice ; ou parce qu'il arrive à lui-même ou à d'autres quelque grand malheur qu'il regarde comme un véritable châtiment de Dieu à cause de ses péchés , et autres motifs semblables; si, étant inspiré intérieurement d'aller trouver un bon confesseur, il vient volontairement se jeter à ses pieds , non parce que c'est le temps pascal , ou que son père , sa mère, ses maîtres ou d'autres personnes le lui commandent, ou parce qu'il est dans l'usage de se confesser aux veilles des fêtes de la sainte Vierge , ou tous les huit jours , etc.; mais uniquement parce qu'il se sent animé d'un vif désir de changer de vie et de se mettre en grâce avec Dieu ; 6° à l'article de la mort ou dans un danger probable de mort, parce qu'alors on présume que chacun a soin de son salut et se propose sincèrement de se corriger. Il n'est pas douteux, que dans les cas précédens le confesseur n'ait un motif suffisant pour juger prudemment de la bonne disposition intérieure du pénitent et ne puisse l'absoudre , parce que adest spes cmcndationis. Ainsi , nous n'adhérons pas à la mauvaise doctrine de la proposition condamnée , qui veut qu'on donne l'absolulion , ntiamsi non adsit spes emendatio-

nis. Néapmoins il y u des doctçurs eu réputation qui soutiennent

avec raison que , même dans les cas précités , on peut licitement différer l'absolution en vue du plus grand bien du pénitent ; mais d'ordinaire cela ne convient pas dans la pratique, surtout si Ton craint que le pauvre pénitent irrité et effrayé ne tombe dans le désespoir ou ne s'éloigne des sacremens. Voyez ce que nous avons dit au n° 338.

Tels sont les indices d'un cœur vraiment touché de componction ; il reste à examiner ceux qui dénotent le faux pénitent , que nul ne peut absoudre sans désobéir à l'Eglise , qui défend de mettre en pratique lu proposition citée : 1° si, après avoir été repris deux ou trois fois par un zélé confesseur et averti de son mauvais état , le pénitent revient toujours avec le même nombre , peut-être avec un nombre plus grand de rechutes dans le même péché , et si on ne voit , si on n'espère aucun amendement ; 2° s'il ne témoigne pas plus d'horreur pour le péché que par le passé , et qu'on connaisse clairement que c'est sa bouche et non pas son cœur qui déleste le mal ; 3° s'il a tenu peu de compte des remèdes que le même confesseur ou plusieurs lui ont donnés , sans se mettre en peine de les avoir négligés ; 4° si par le passé il a toujours vécu avec la même négligence , et si , tout occupé à satisfaire ses passions , il n'a jamais rien fait pour se corriger ; si même, fortifiant toujours de plus en plus ses mauvaises habitudes, il a fait voir qu'il se met peu en peine de son salut éternel ; 6° s'il vient se confesser par nécessité , ou parce que c'est le temps pascal , ou qu'il est envoyé par son maître , son père , sa mère , ou d'autres personnes ; ou bien encore parce qu il est dans l'usage de fréquenter les sacremens tous les huit jours , ou par d'autres motifs semblables , fondés sur le respect humain , avec peu ou point d'intention de changer de vie et de remplir ses devoirs comme un bon chrétien ; 6° s'il excuse ses fautes, dispute avec le confesseur, ne veut point accepter la pénitence préservative ou satisfactoire , ne témoigne aucune docilité , ou même se montre incorrigible et obstiné dans ses habitudes criminelles ; 1° enfin si l'on remarque en lui une grande propension au péché , et une mauvaise inclination si violente qu'on voit bien qu'il y est fortement attaché , en sorte qu'on ne peut prudemment ajouter foi à ses protestations de repentir, mais plutôt qu'un attachement aussi marqué fait juger qu'il n'est pas réellement contrit. Or, vous conviendrez que ces indices clairement exposés me donnent une libre carrière pour décider hardiment que si le confesseur, dans les cas cités^plus haut (pesez bien toutes ces circonstances) , ne peut

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