‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 245 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

confesseurs à former une sainte ligue pour abolir ce criminel désordre , qui , gagnant de jour en jour, menaçait de gagner tout le pays. Ils convinrent que si quelqu'un de ces blasphémateurs venait se confesser sans donner des signes particuliers de repentir, on lui diilérerait l'absolution pendant huit jours en lui assignant une pénitence salutaire et préservative , accompagnée d'une chaleureuse exhortation sur la gravité de son péché. Arrive une léte de la sainte \ ierge; voilà ces blasphémateurs qui viennent accuser leurs blasphèmes et demandent l'absolution. « Eh bien ! mon fils , disait le confesseur, pour l'amour de la très-sainte V ierge , abstenez-vous de blasphémer pendant huit ou dix jours , faites telle pénitence et revenez , je vous donnerai l'absolution; n'en doutez pas , mon (ils, je vous consolerai, je ne vous gronderai pas, je vous recevrai avec la plus grande charité, etc. — Comment , mon père, vous ne me donnez pas l'absolution ? — Non , mon fils , je ne puis vous l'accorder en ce moment. — ■ Mais , mon père , c'est aujourd bui une fête de la sainte Vierge^ je veux communier. — J'entends, mais prenez patience, dans huit jours je vous donnerai l'absolution, et vous communierez. — Vous m'étonnez , mon père; j'irai à un autre. » 11 y va, et s'entend porter la même antienne. La même chose arrivant aux autres, on les voyait contrits et déconcertés se dire entre eux : « Oh ! quel grand péché ! personne ne veut nous absoudre ; oh ! quel grand péché ! » Ce peuple conçut tant d'horreur du blasphème , qu'un mois après on ne blasphémait plus dans ce pays-là. Pour un {;rand nombre de pécheurs le mal est plutôt dans l'entendement que dans la v(;lonté , car ils ne connaissent pas lénormité du péché mortel. Or il n'est rien qui les réveille et les fasse mieux rentrer en eux-mêmes que le délai de l'absolution pendant (juelques jours ; croyez bien que c'est un des moyens les plus efficaces pour remettre dans le bon chemin un pécheur égaré. Bien que de courte durée, ce délai de l'absolution produit d'ordinaire le même effet qu'un bouton de feu qui , appliqué à propos , secoue merveilleusement le malade et dissipe sa léthargie , qui était près de se changer en sommeil de mort. Le pénitent confus apprend par là à connaître son mauvais état, il y pense, il prend ses précautions pour en sortir. Ce délai le touche de componction, et s'il est déjà contrit , il augmente singulièrement la contrition. Ainsi son repentir, qui jusque-là faible et languis.sant l'aurait facilement laissé succomber aux simples attraits de l'objet présent , se fortifie , et sait résister aux plus redoutables assauts. Enfin , il remporte l^

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vicloire/obtient un parfait amendement, et rend le pécheur plus difficile à retomber , car il est très-vrai que non esset hodic tanta facilitas peccandi, si non esset etiani tanta facilitas ahsolvendi.

Toutefois il ne faudrait pas établir en règle générale qu'on doit refuser l'absolution à tous les liabitudinaires. Dans tous les cas , la prudence du confesseur doit exercer son action, et voir si le pénitent offre quelque signe de disposition intérieure suffisant pour lui donner Tabsolulion , conformément à ce que nous avons dit plus haut ; mais si on n'aperçoit pas ces indices , la prudence fait une règle de différer. Cette pratique ne transforme point nos confessionnaux en lieux de torture , mais bien en tribunaux de miséricorde ; car peuton exercer une plus grande miséricorde à l'égard du pénitent , que de prendre le moyen le plus propre à introduire la grâce dans son cœur ? Telle a été la conduite constante des confesseurs les plus zélés et les plus vertueux, et même des plus grands saints. Saint Bernard refusa l'absolution à un personnage livré à l'habitude du vice impur ; il ne voulut l'absoudre qu'après l'épreuve de quelques semaines^ et lorsqu'il vit en lui des signes d'un véritable amendement (1). Saint François-Xavier n'absolvait ordinairement ces sortes d'habiludinaires qu'après quelques jours, afin qu'ils rentrassent en eux-mêmes, et conçussent une forte horreur de leurs fautes. Saint François de Sales, dont le cœur était si rempli de douceur, dit en soupirant à un pécheur obstiné qui ne donnait pas de signes de componction ; Mon fils , je pleure parce que vous ne pleurez pas , et je juge à propos que vous preniez un peu de temps pour mieux vous préparer. La même méthode fut constamment suivie par différons autres serviteurs de Dieu. Elle est de plus conforme à l'esprit de l'Eglise : en fulminant des censures contre celui qui ose enseigner qu'on ne doit jamais différer Tabsoluiion à de semblables habitudinaires , c'est un signe évident que dans certains cas elle veut qu'on la diffère. D'ailleurs faites attention que partiale confesseur se sauve lui-même , et se rend utile au pénitent. Il se sauve ^ lui-même -, car s'il peut, pour le plus grand bien du pénitent , lui différer l'absolution dans le cas même où il donne des indices d'une véritable disposition , suivant l'opinion de divers auteurs (1) , à plus forte raison lorsqu'ils man-

(1) In nta, lih. 6. c. 17.

(2) Card. d'Jjuîrro, t. 2; Concil. Ilisp. ^ dissert, S ; Concil, l^olet., n. ICI ad 167.

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