‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 253 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE VJ · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VJ

changer de vie ; 3° de recevoir fréquemment les sacremens de pénitence et d'eucharistie du même confesseur , acceptant volontiers tous les remèdes qu'il proposera, comme de recourir aux saints , ou faire des visites à l'église , ou tels autres exercices de piété qu'il jugera plus utiles; défaire quelque petite pénitence, en se mortifiant dans la nourriture , ou en s'imposant d'autres peines proportionnées à ses forces et toujours suivant les avis du père spirituel. Je ne veux pas dire que tous ces moyens doivent être employés à la fois , mais tour à tour, jusqu'à ce qu'on ait obtenu, avec la grâce de Dieu, l'eUbt qu'où désirait. S'ils obéissent et qu'ils se corrigent à l'aide de ces pratiques de dévotion , on doit les absoudre en observant ce que nous dirons plus lard au sujet des récidifs , ïi°' 320 et 325 ; mais si, malgré tous ces préservatifs , on ne remarque aucun signe d'amendement, on doit les juger incapables d'absolution , et leur dire ouvertement : Perditio tua ex te. En effet , dans ce cas , remarquez-le bien , l'occasion de nécessaire devient volontaire. Il est vrai, le plus difficile est de distinguer quand cette impossibilité morale est réelle, et quand elle est fausse ou seulement apparente ; tout cela est laissé à la prudence du confesseur. Je n'ai là-dessus qu'une réflexion à vous communiquer : quand , dans la pratique , il est plus difficile d'ôter l'occasion qu'il n'est difficile, supposé l'occasion, d'éviter le péché, alors il est évident qu'il y a une vraie impossibilité ; autrement vous augmenteriez le danger de multiplier le péché par les mêmes moyens qui sont prescrits pour le détruire. Ainsi, si le renvoi de la servante , du serviteur , de l'amant doit occasioner de graves scandales , il ne faut pas l'exiger , mais mettre en œuvre les moyens déjà indiqués pour diminuer le danger prochain. Lors donc que vous vous trouvez dans de pareils embarras^ élevez votre cœur à Dieu, demandez-lui une vraie prudence , afin de ne pas vous tromper^ et soyez sûr qu'il ne vous manquera pas. Si vous doutez, prenez , en pareil cas, le parti le plus sûr, qui est toujours le plus favorable au pénitent, puisqu'il l'éloigné du péché. L'expérience vous apprendra qu'en coupant la tête du seul Holopherne vous remporterez une victoire complète ; je veux dire que vous retrancherez d'un seul coup une multitude de péchés.

Venons à l'occasion prochaine volontaire , c'est-à-dire qu'on peut mais qu'on ne veut pas quitter. C'est ici le cas le plus difficile qu'on puisse rencontrer dans le ministère de la confession. Ah! c'est ici qu'il faut tirer l'épée d'un saint zèle , afin de couper entièrement ce

nœud fatal, source de tant de péchés. Il est incroyable combien les occasionaires apportent d'excuses , inventent de détours afin de parer le coup qui doit les séparer de l'occasion. Il est donc nécessaire que le confesseur soit sur ses gardes , afin de ne pas croire facilement tout ce qu'on lui dira ; il doit être prêt à réfuter et à pulvériser les objections ; fertile à trouver et indiquer des expédiens , afin que le pénitent reste convaincu que les difficultés ne viennent que de son manque de bonne volonté. En effet, si le confesseur ne trouve pas en lui une volonté bien résolue, il ne doit pas l'absoudre. Or , pour procéder avec ordre , il faut distinguer les occasions in esse , suivant la distinction même de saint Charles dans ses Avis aux confesseurs , et celles qui ne sont pas i7i esse. Pour détruire les premières , qui sont les plus dangereuses , il faut employer le fer et le feu. Le saint archevêque ne veut pas qu'on leur accorde aucune trêve. Il entend par occasions in esse , les fréquentations qui ont lieu dans sa propre maison ou autres choses que i'occasionaire conserve auprès de lui; tel un concubinaire qui retient, dans sa propre maison , une femme avec laquelle il pèche fréquemment, et qu'il peut renvoyer aussitôt s'il le veut ; tel un libertin qui a placé le portrait d'une personne aimée dans une chambre où il se trouve souvent, et qu'il peut enlever sur-le-champ ; telle une servante qui , sollicitée par son maître , consent toujours ou presque toujours , bien qu'elle ne fasse aucune avance, et même n'aime pas à être solicitée, et qui peut aussitôt quitter la maison, etc. A coup sûr, en pareil cas, on doit refuser l'absolution jusqu'à ce qu'on ait absolument ôté l'occasion ; gardez-vous d'admettre leurs excuses. Us vous diront que, privés de cette servante ils ne peuvent manger aucun mets préparé par d'autres mains; qu'ils auront la plus grande difficulté à trouver une autre domestique ; qu'en la renvoyant ils perdraient une somme notable qu'ils lui ont avancée ; que la maison souffrira un grand dommage , cette femme ayant de l'ordre et procurant un gain considérable. Us ajouteront qu'il en résulterait des scandales ou des préjudices qu'ils savent merveilleusement colorer ; Que dira le monde P le public se confirmera dans ses soupçons; la réputation sera ternie : cette pauvre créature mise à la rue restera abandonnée. Ils promettent, ils jurent qu'ils ne pécheront plus; qu'ils reviendront se confesser au même confesseur. Raisons frivoles, vaines résolutions que tout cela , si on y regarde de près. Si le public a déjà des soupçons, donc ils sont obligés de faire cesser le sctmdale. La vérité est qu'ils ne sont point touchés de la

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